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Dani Arnold, le guide suisse qui gravit seul les faces nord de ses clients

Penelope H. Fritz
Dani Arnold
Dani Arnold
Photo: Bernhard Holub / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Naissance22 février 1984
Canton of Uri
ProfessionAlpiniste et guide de haute montagne
RécompensesPrix Paul Preuss

La question qui poursuit Dani Arnold sur chaque voie qu’il décrit publiquement — chaque record de vitesse, chaque première ascension résumée — n’est pas de savoir si le risque en valait la peine. C’est de comprendre pourquoi l’équation continue de fonctionner. Il enchaîne en solo intégral des itinéraires sur le Cervin, l’Eiger et l’éperon Walker des Grandes Jorasses qui ont tué des alpinistes expérimentés en cordée, équipés de tout leur matériel. Arnold les gravit seul, sans protection, plus vite que quiconque dans l’histoire. Puis il retourne sur ces mêmes parois en tant que guide pour ses clients. Soit c’est la contradiction la plus flagrante, soit la carrière la plus cohérente de l’alpinisme contemporain — tout dépend de la manière dont on lit les chiffres.

Il a grandi à Biel ob Bürglen, un village niché dans la vallée de Schächental, dans le canton d’Uri, à l’ombre du Klausenpass. Le paysage alpin n’y est pas un décor métaphorique — c’est la condition réelle du quotidien. Arnold a suivi une formation d’ingénieur mécanique, apprenant à lire les systèmes et les tolérances avant d’appliquer cette même rigueur à la roche et à la glace. Il a découvert l’escalade au début de la vingtaine, l’a pratiquée malgré le scepticisme initial de sa famille, et a obtenu son diplôme de guide de montagne suisse en 2009. En 2011, il a définitivement quitté l’ingénierie.

Son premier repère international est arrivé cette même année, lorsqu’il a parcouru la voie Heckmair sur la face nord de l’Eiger en solo en 2 heures et 28 minutes — évoluant sur un terrain où une vingtaine de cordées étaient à l’œuvre, dépassant des grimpeurs en plein milieu de longueur qui étaient sur la paroi depuis la veille. Cette ascension a effacé un record de vitesse détenu par Ueli Steck, l’autre Suisse qui avait redéfini les limites de ce qu’un homme pouvait parcourir dans les Alpes. Steck a repris le record de l’Eiger en 2015. Leurs carrières se sont déroulées en parallèle jusqu’à la mort de Steck lors d’une acclimatation à l’Everest en 2017. Arnold, lui, a continué à grimper.

Au cours de la décennie suivante, Arnold a travaillé les cinq autres grandes faces nord comme un projet de longue haleine, non comme une compétition : la face nord du Cervin en 1 heure 46 minutes (2015) ; l’éperon Walker des Grandes Jorasses en 2 heures 4 minutes (2018) ; la face nord de la Cima Grande di Lavaredo en 46 minutes et 30 secondes (2019) ; le Piz Badile en 52 minutes (2020) ; le Petit Dru en 1 heure 43 minutes (2021). Aucun autre grimpeur de l’histoire n’a détenu les six records simultanément. Personne d’autre n’a visé les six.

Sa formation d’ingénieur transparaît dans la manière dont il parle de sa méthode. Arnold a décrit son approche du solo en vitesse comme une question de réduction des risques par le mouvement — l’idée que sur un terrain technique, l’hésitation et la lenteur créent de l’exposition, tandis qu’une vitesse fluide propulse le grimpeur à travers la fenêtre de danger avant que les conditions ne se dégradent ou que la fatigue n’alourdisse la prise de décision. Le travail de guide fonctionne sur une fréquence différente : 60 à 90 sorties clients par an, adaptant les mêmes montagnes à des personnes qui mesurent les mêmes longueurs en jours plutôt qu’en minutes. La face est identique. Le cadre, lui, est totalement différent.

Tout le monde ne lit pas les records de vitesse comme Arnold les présente. Il existe une tendance persistante à cadrer sa carrière comme un concours de survie, comme si lui et Steck couraient une courbe de mortalité et qu’Arnold avait simplement gagné. Cette lecture passe à côté d’un aspect spécifique de sa méthode. Le prix Paul Preuss qui lui a été décerné en septembre 2024 — l’une des distinctions les plus sélectives de l’alpinisme, récompensant une pratique éthique et non invasive qui respecte la montagne pour ce qu’elle est — n’est pas un prix pour l’imprudence. Parmi les précédents lauréats figurent Reinhold Messner, Hansjörg Auer et Alexander Huber. Le jury est précis sur ce qu’il honore.

En juillet 2025, Arnold a rejoint Huber et Simon Gietl sur la face est du Jirishanca, un sommet de 6 094 mètres dans la Cordillère Huayhuash au Pérou. En trois jours, les trois alpinistes ont ouvert une nouvelle voie nommée Kolibri — 1 030 mètres répartis sur 31 longueurs, cotée UIAA 8 avec des sections A2. Ce fut l’une des premières ascensions les plus marquantes de la saison alpine. Le nom de la voie, qui signifie colibri en espagnol, évoque la précision et la légèreté de l’approche.

Arnold continue de guider, de donner des conférences professionnelles sur le risque et la résilience, et de maintenir le type d’emploi du temps qui fait de lui à la fois le soliste le plus rapide du monde sur les grandes faces nord et l’un des gardiens les plus fiables de la sécurité des clients dans les Alpes. Sa prochaine expédition reste à annoncer. Sur les six faces qu’il a déjà parcourues, les records tiennent.

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