Affaires et finances

L3Harris licencie Kubasik pour avoir reproduit la faute qui lui a coûté Lockheed Martin

Victor Maslow

L’industrie de la défense produit rarement une histoire de ce genre. L3Harris Technologies, l’une des plus grandes entreprises américaines de l’aérospatiale et de la défense, a mis fin aux fonctions de son président-directeur général Chris Kubasik après qu’une enquête indépendante menée par le cabinet d’avocats externe de l’entreprise a confirmé qu’il avait entretenu une relation inappropriée avec une employée placée sous son autorité. Sam Mehta a été nommé pour lui succéder le même jour.

Cette défaillance de gouvernance survient dans un secteur où la stabilité des dirigeants pèse sur les contrats. L3Harris détient des accords gouvernementaux sensibles et des contrats liés à l’OTAN, notamment la livraison à la Maison-Blanche d’un Boeing 747 modifié, destiné à servir d’Air Force One intérimaire. Un changement forcé de directeur général, exécuté du jour au lendemain sans période de transition, met discrètement sous tension les relations institutionnelles, même lorsque l’entreprise assure que ses activités ne sont pas affectées.

Selon l’accord de séparation, Kubasik quitte l’entreprise sans indemnité de départ ni prime. Il renonce à des attributions en actions d’une valeur d’environ 45 millions de dollars, dont deux lots d’options ainsi que d’autres attributions non acquises. Ce qu’il conserve est plus frappant : environ 23 millions de dollars d’options sur actions acquises et plus de 200 000 actions d’une valeur de près de 57 millions de dollars — soit approximativement 80 millions de dollars de rémunération déjà acquis avant l’intervention du conseil d’administration. L’écart entre ce qu’un directeur général abandonne et ce qui demeure acquis suscite des interrogations dans les milieux de la gouvernance, où les critiques estiment que les clauses de récupération liées au comportement dans les rémunérations du secteur de la défense restent mal structurées.

Sam Mehta, 53 ans, accède au poste après avoir dirigé les divisions systèmes spatiaux et de mission, ainsi que communications, de L3Harris — des fonctions opérationnelles au sein des principaux programmes de défense du groupe. Le conseil d’administration a choisi un candidat interne plutôt que d’ouvrir une recherche externe, privilégiant la continuité des contrats au détriment de l’image en matière de gouvernance. Mehta affiche un bilan d’exécution stable des programmes dans la division spatiale, mais n’avait encore jamais dirigé l’ensemble de l’organisation et hérite de contrats gouvernementaux pluriannuels pour lesquels les transitions de direction comportent un risque programmatique. Les marchés n’ont pas été convaincus : l’action L3Harris a chuté de plus de 4 % en début de séance lundi.

Ce qui définit ce départ, c’est sa répétition. La carrière de Kubasik comprend une précédente enquête chez un autre grand sous-traitant de la défense — la même catégorie de manquement, le même secteur, le même départ rapide. Il a ensuite rejoint L3 Corporation, contribué à orchestrer la fusion avec Harris Corporation qui a créé L3Harris, puis bâti une seconde grande carrière de dirigeant dans le même secteur. Pendant plus d’une décennie, les conseils d’administration des grands groupes de défense ont semblé soit ignorer cet antécédent, soit vouloir le considérer comme réglé. La question plus large que la brève déclaration du conseil d’administration de L3Harris laisse sans réponse est la suivante : avec quelle rigueur les sous-traitants de la défense examinent-ils les antécédents de conduite des dirigeants qu’ils recrutent pour le poste le plus élevé ?

L’accord de séparation a été signé dimanche. Le précédent départ de Kubasik — de Lockheed Martin en 2012, après qu’une enquête éthique eut confirmé une relation personnelle étroite avec une subordonnée — s’était accompagné d’une indemnité de départ de 3,5 millions de dollars ; ce départ-ci ne prévoit aucune indemnité et entraîne la perte de 45 millions de dollars. Mehta fera face à son premier test public en tant que directeur général lors de la conférence téléphonique sur les résultats de L3Harris, prévue pour la fin octobre.

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