Cinéma

Strange Way of Life : une romance western audacieuse, mais précipitée

Molly Se-kyung
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Le vent du désert hurle dans le canyon et soulève la poussière tandis que Silva (Pedro Pascal) chevauche en direction de la petite ville de Jake’s Crossing. Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis sa dernière rencontre avec Jake (Ethan Hawke), aujourd’hui shérif de cet avant-poste désolé. Avec Strange Way of Life, Pedro Almodóvar signe un western queer qui assume pleinement sa sensibilité, mais dont le récit peine aussi à trouver son rythme dans un format aussi court.

Connu pour ses drames hauts en couleur, souvent ancrés dans le Madrid contemporain, Almodóvar s’aventure en terrain inconnu avec ce court métrage. Il y apporte son sens visuel caractéristique et son attention minutieuse aux détails, mais le western se révèle difficile à apprivoiser. Le film séduit par ses interprétations et par sa manière audacieuse de détourner les codes du genre, mais ses ambitions narratives dépassent le temps dont il dispose.

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Ethan Hawke et Pedro Pascal sont le cœur et l’âme de Strange Way of Life. Leur alchimie est palpable : entre tension persistante et passé jamais évoqué, leurs retrouvailles crépitent d’électricité. Dans le rôle de Jake, Hawke compose un personnage d’une intensité bourrue, tandis que Silva, sous les traits de Pascal, incarne un désespoir contenu. La scène du dîner entre les deux hommes est particulièrement marquante, traversée par un désir inexprimé et des conflits restés en suspens. Si un regard ou un geste leur suffit pour faire passer autant de choses, c’est bien la preuve du talent des deux acteurs.

La mise en scène d’Almodóvar est assurée, même si elle ne trouve pas toujours parfaitement ses marques. Il exploite avec brio les paysages désertiques et compose ses plans de façon à souligner l’immensité vide qui entoure les deux hommes. Les costumes, conçus par Anthony Vaccarello pour Saint Laurent, comptent parmi les réussites du film : leur éclat tranche avec les tenues traditionnelles du western, tout en s’accordant parfaitement à l’univers d’Almodóvar.

Les flashbacks donnent de l’épaisseur aux personnages et à leur relation. Situées à l’époque de leur romance de jeunesse, ces scènes éclairent les tensions qui opposent Jake et Silva dans le présent. Elles rappellent aussi le thème central du film : le passage du temps et la manière dont il façonne nos relations.

Pourtant, Strange Way of Life trébuche dans la conduite de son récit. L’intrigue, qui mêle la quête de Jake pour arrêter le meurtrier de la veuve de son frère et la relation compliquée de Silva avec son fils Joe, donne une impression de précipitation. Les 32 minutes du film ne suffisent tout simplement pas à rendre justice à ces différentes histoires. Le dénouement, où Jake et Silva affrontent Joe, touche juste sur le plan émotionnel, mais laisse finalement insatisfait en raison de sa brusquerie.

La fin du film prête elle aussi à discussion. Almodóvar n’a jamais craint d’explorer des émotions complexes, mais, ici, Strange Way of Life ne va pas jusqu’au bout. Le film s’évanouit au moment même où la relation entre Jake et Silva atteint un tournant décisif. Le spectateur en voudrait davantage, non pas avec le plaisir que peut susciter un grand film, mais avec la frustration d’une histoire qui n’a pas eu le temps qu’elle méritait.

Il n’en reste pas moins que Strange Way of Life constitue une expérience fascinante. Le western queer d’Almodóvar est une curiosité qui brouille les frontières des genres et prend les attentes à rebours. Le film interroge l’amour, la masculinité et le passage du temps, même s’il n’apporte pas toujours de réponses. Et l’exploration de ces thèmes n’en est que plus remarquable au regard de sa brièveté.

Le film s’adresse sans doute avant tout à ceux qui connaissent déjà l’œuvre d’Almodóvar ou aux amateurs de cinéma queer en quête d’une proposition différente. Il ne séduira peut-être pas les inconditionnels du western classique, mais Strange Way of Life offre un regard neuf sur le genre, de quoi alimenter les discussions et les débats.

Par rapport à d’autres films récents, Strange Way of Life se situe quelque part entre deux eaux. Il n’a pas la profondeur narrative des longs métrages d’Almodóvar, mais compense cette limite par l’audace de son exploration thématique et la solidité de ses interprétations. Sans être un chef-d’œuvre, il constitue une étape notable dans la filmographie du réalisateur et témoigne de sa volonté de prendre des risques.

Au bout du compte, Strange Way of Life laisse le spectateur sur sa faim. Cette expérience audacieuse ne touche pas tout à fait sa cible, mais n’en demeure pas moins captivante.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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