Cinéma

One Ranger : un thriller texan âpre aux enjeux internationaux

Martin Cid
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Le premier plan de One Ranger montre une route texane poussiéreuse, écrasée de soleil, où Alex Tyree, incarné par Thomas Jane, poursuit à cheval Declan McBride, joué par Dean S. Jagger. On se croirait dans un vieux western, à ceci près que le hors-la-loi n’est pas seulement un braqueur de banque : c’est un terroriste international. Le film repose sur cette idée centrale, qui mêle l’individualisme farouche d’un Texas Ranger à la tension d’un thriller aux enjeux mondiaux.

Réalisé par Jesse V. Johnson, One Ranger est un film d’action et de suspense sans prétention, qui assume pleinement les codes du genre. L’intrigue est simple : Tyree fait équipe avec Jennifer Smith (Dominique Tipper), agente des services de renseignement britanniques, et son énigmatique supérieur, Geddes (John Malkovich), pour empêcher McBride de faire exploser une bombe à Londres. Le film tire sa force de son rythme et de l’alchimie entre Jane et Tipper, qui partagent un sentiment d’urgence et une détermination palpables.

La mise en scène de Johnson est solide, avec quelques séquences d’action marquantes qui témoignent de son talent pour orchestrer des morceaux de bravoure intenses et viscéraux. La poursuite dans le désert, où Tyree traque McBride à cheval, est particulièrement réussie : elle saisit toute l’immensité d’un paysage sauvage et la détermination sans relâche qui anime cette chasse. De même, l’affrontement final à Londres est bien mené. Les combats au corps à corps et les scènes d’action spectaculaires entretiennent une tension constante.

C’est dans ses scènes d’action que One Ranger donne véritablement sa mesure. Johnson sait mettre en scène des séquences dynamiques et énergiques qui tiennent le public en haleine. La poursuite dans le désert est un moment fort : Tyree et McBride échangent des tirs en se faufilant dans les canyons et en traversant de vastes plaines. Filmée dans l’urgence et l’immédiateté, la scène recourt aux gros plans serrés et aux coupes rapides pour rendre toute l’intensité de la traque.

L’affrontement final à Londres constitue un autre temps fort. Mêlant combats au corps à corps et scènes d’action spectaculaires, il démontre la capacité de Johnson à orchestrer des séquences de grande ampleur. La scène se déroule dans une gare bondée, où Tyree et Smith se frayent un chemin parmi des voyageurs pris de panique pour empêcher McBride de faire exploser sa bombe. Le recours aux effets pratiques et aux cascades confère à la séquence une authenticité bienvenue : elle paraît plus ancrée dans le réel que nombre de scènes comparables reposant massivement sur les images de synthèse.

Mais One Ranger manque d’originalité et de profondeur. Ses personnages sont pour l’essentiel unidimensionnels, et laissent peu de place à l’évolution ou aux nuances. Alex Tyree, interprété par Thomas Jane, est un héros d’action classique : robuste et débrouillard, mais dépourvu d’épaisseur et de complexité. Jennifer Smith, sous les traits de Dominique Tipper, s’en sort un peu mieux, apportant intelligence et détermination à son rôle d’agente des services de renseignement britanniques. Elle finit toutefois, elle aussi, reléguée au rang de personnage secondaire dans l’histoire de Tyree.

Geddes, le personnage de John Malkovich, fait figure d’exception et apporte une certaine complexité à ce chef des services de renseignement énigmatique. Malkovich a le don d’incarner des personnages moralement ambigus, et Geddes ne fait pas exception. Sa prestation apporte une touche de distinction à un ensemble autrement peu mémorable. Même lui reste cependant sous-exploité : son arc narratif paraît écourté et peu satisfaisant.

Les dialogues sonnent souvent maladroitement et sont chargés d’explications. Des répliques comme « Il faut l’arrêter avant qu’il n’arrive à Londres » se substituent à des échanges plus nuancés entre les personnages. La tentative de mêler western et thriller crée également des ruptures de ton qui ne trouvent jamais vraiment leur équilibre. D’un instant à l’autre, on passe d’une poursuite à haut risque dans le désert à un bureau aseptisé des services de renseignement, sans véritable transition.

Le rythme constitue un autre point faible : la première moitié paraît précipitée et inégale. Le passage de la poursuite dans le désert, aux accents de western, aux scènes de thriller plus classiques à Londres est abrupt, et le film peine à trouver son rythme au début. Mais dès que l’action s’emballe, One Ranger trouve sa cadence et offre une virée haletante, satisfaisante, quoique assez familière.

Malgré ces défauts, One Ranger réserve de bons moments. Les scènes d’action sont bien chorégraphiées et le rythme soutenu maintient l’intérêt tout au long du film. L’alchimie crédible entre Jane et Tipper donne une autre dimension au matériau, tandis que la prestation de Malkovich apporte une touche de distinction à un ensemble autrement peu mémorable.

Le film profite aussi de ses décors : les vastes étendues sauvages du Texas contrastent avec les rues animées de Londres. Johnson exploite efficacement ces lieux et s’en sert pour donner au récit une ampleur et une grandeur qui rehaussent ses scènes les plus ordinaires.

Sur le plan thématique, One Ranger explore la tension entre individualisme et responsabilité collective. Tyree est un héros d’action classique, un solitaire qui agit en marge du système et ne fait confiance qu’à lui-même. Smith incarne, à l’inverse, la force collective des services de renseignement et l’importance de travailler ensemble pour atteindre un objectif commun. Le film finit par donner raison à son point de vue, suggérant que les menaces du monde moderne sont trop complexes et trop imbriquées pour qu’un individu puisse les affronter seul.

Cette thématique n’est toutefois jamais vraiment approfondie ni développée. Le film privilégie l’action et le spectacle, laissant peu de place aux moments intimistes ou à une véritable réflexion thématique. Résultat : One Ranger ressemble davantage à une succession de morceaux de bravoure qu’à un récit cohérent porté par un véritable propos.

Comparé aux autres thrillers d’action récents, One Ranger se situe dans la moyenne. Il n’a ni la patte stylistique ni la profondeur thématique de films comme John Wick ou Mission: Impossible, mais évite aussi les excès complaisants de franchises telles que Fast & Furious ou The Expendables. Il joue plutôt la sécurité et livre un thriller d’action efficace, mais finalement oubliable, qui ne parvient pas tout à fait à dépasser les conventions du genre.

Côté public, One Ranger devrait surtout séduire les amateurs inconditionnels de films d’action. Son rythme effréné et ses scènes à haute intensité combleront ceux qui cherchent une virée rapide et riche en adrénaline. En revanche, les spectateurs en quête de personnages plus nuancés ou d’une réflexion thématique plus poussée risquent d’être déçus par la simplicité du film et son manque de profondeur.

Au bout du compte, One Ranger est un thriller d’action efficace qui ne parvient pas tout à fait à dépasser les conventions du genre.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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