Cinéma

Thriller claustrophobe : la paranoïa atteint son paroxysme dans la première moitié

Martin Cid
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La porte du bunker se referme dans un sifflement hydraulique, piégeant neuf inconnus à l’intérieur d’un écrin high-tech aux lignes épurées qui sera leur prison pendant une semaine. Les Traducteurs, de Régis Roinsard, s’ouvre en 2019 sur cette image qui installe d’emblée la tension centrale du film : l’enfermement. Inspiré par le secret bien réel qui a entouré les traductions d’Inferno de Dan Brown, ce thriller franco-belge enferme ses personnages dans une cocotte-minute, au propre comme au figuré, tandis qu’ils s’efforcent de traduire le dernier tome d’une trilogie à succès avant que des révélations ne filtrent. Le point de départ se prête à merveille à la paranoïa, et Roinsard s’en empare avec un huis clos à énigme qui maintient la tension — du moins pendant un temps.

La mise en scène de Roinsard fait merveille dans les premiers actes, à mesure que la paranoïa monte au fil des conversations murmurées et des regards en coin. Le bunker est habilement exploité : ses murs aseptisés semblent se resserrer autour des traducteurs tandis que l’éditeur Éric Angstrom (Lambert Wilson) leur met la pression. Wilson livre une prestation remarquable, incarnant avec délectation Angstrom, personnage retors et avide de pouvoir. Ses scènes crépitent de menace, en particulier lorsqu’il monte les membres du groupe les uns contre les autres ou les interroge sous couvert de sécurité. L’interprétation de Wilson a quelque chose de délicieusement machiavélique, qui rend son personnage aussi répugnant que fascinant.

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La distribution chorale est solide, même si certains personnages s’effacent davantage que d’autres. Екатерина Анисинова (Katerina Anisinova), la traductrice russe interprétée par Olga Kurylenko, apporte une véritable intensité émotionnelle au récit : sa discrète résilience contraste avec l’hystérie grandissante qui l’entoure. Alex Goodman, joué par Alex Lawther, détient la clé du rebondissement du film, et sa prestation compte parmi les réussites du long métrage — notamment dans les flashbacks où on le voit conspirer contre Angstrom. La dynamique entre Lawther et Kurylenko est convaincante, même si le film peine parfois à concilier leurs trajectoires avec l’intrigue générale.

L’un des principaux atouts des Traducteurs réside dans son exploration de la confiance et de la trahison. À mesure que de nouvelles pages du manuscrit sont divulguées en ligne, le groupe se fissure et chacun devient un suspect aux yeux d’Angstrom. La question centrale du film — qui divulgue les pages ? — fait avancer le récit, même si celui-ci verse parfois dans la prévisibilité. Le recours de Roinsard aux flashbacks pour dévoiler le plan de Goodman est un procédé narratif efficace, mais il atténue aussi une partie de la tension en donnant à l’issue un caractère inéluctable.

C’est dans son rythme et sa structure que Les Traducteurs montre ses limites. Le film s’empresse de dénouer les fils laissés en suspens dans son dernier acte, sacrifiant les nuances au profit d’une conclusion. Certains personnages secondaires, comme Chen Yao (陈瑶) de Frédéric Chau ou Ingrid Korbel d’Anna Maria Sturm, manquent de développement ; leurs trajectoires sont reléguées au second plan par le conflit central. Helene Tuxen, la traductrice danoise incarnée par Sidse Babett Knudsen, est une autre occasion manquée : son suicide constitue un tournant du film, mais le personnage manque de profondeur au-delà de son statut de victime.

Le film peine aussi à trouver le ton juste, oscillant entre thriller psychologique et farce. Le bunker se prête à merveille à une angoisse claustrophobe, mais Roinsard la désamorce parfois par des moments de légèreté qui semblent déplacés. L’humour fonctionne à petites doses — comme lorsque le traducteur grec (Μανώλης Μαυροματάκης [Manolis Mavromatakis]) ronchonne au sujet de son métier —, mais il détourne l’attention de l’énigme principale.

Il est toutefois impossible de nier la maîtrise de Roinsard dans la création d’une atmosphère. Le bunker devient un personnage à part entière, son espace exigu amplifiant chaque dispute et chaque trahison. Le travail sur le son est particulièrement soigné : le ronronnement des machines et les chuchotements lointains font monter la tension, même dans les moments de calme. Le jeu de lumière mérite également d’être souligné, les ombres s’étirant sur les murs aseptisés tandis que les traducteurs se retournent les uns contre les autres.

Les Traducteurs tire parti de son point de départ et de ses interprètes, mais trébuche lorsqu’il cherche à déjouer les attentes. L’identité du coupable ne fait guère de doute dès le départ, et les révélations — notamment celle de la véritable identité de Goodman, Oscar Brach — ne surprennent pas vraiment. Le film pâtit également de la comparaison avec d’autres énigmes en huis clos, comme À couteaux tirés ou Les Huit Salopards, qui savent bien mieux équilibrer tension et esprit.

Il y a pourtant quelque chose d’indéniablement satisfaisant à voir l’empire d’Angstrom s’effondrer autour de lui. La prestation de Wilson porte le film, tandis que la distribution chorale insuffle de l’énergie même aux rebondissements les plus alambiqués. L’exploration du monde de l’édition — sa cupidité, ses secrets, l’exploitation des artistes — apporte une profondeur qui élève le film au-dessus des classiques du genre où il s’agit de démasquer le coupable.

Au bout du compte, Les Traducteurs, sorti en 2019, propose une énigme soignée, quoique assez conventionnelle. Le film séduira les amateurs de thrillers en huis clos et de récits choraux, même s’il trébuche dans son dernier acte.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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