Cinéma

Evil Dead Burn confie la franchise au Français Sébastien Vaniček

Martha O'Hara

Tout commence par l’orange. Avant qu’un seul Deadite ne prenne la parole, Evil Dead Burn baigne sa maison de famille isolée dans la lueur cuivrée d’une chose déjà embrasée, une lumière qui se répand sur des visages condamnés à ne pas rester humains longtemps. Sébastien Vaniček filme l’habituel intérieur lambrissé de la saga moins comme un chalet que comme une fournaise qui attend son allumette, chaque surface laquée de chaleur. Le regard du cinéaste se pose d’abord sur la matière; et cette matière, déjà, prévient.

Sous cet éclat, la situation est celle du deuil. Une femme arrive dans la demeure familiale de son mari disparu pour le pleurer, et se glisse parmi des beaux-parents qui l’ont connu avant elle. Puis la maison se retourne contre elle. L’un après l’autre, les proches sont refaçonnés en Deadites, le rassemblement tourne à la réunion de famille infernale, et les vœux qu’elle a prononcés pour son mariage révèlent un second sens, plus cruel: ce qu’elle a promis dans la vie ne la libère pas dans la mort. La prémisse est domestique avant d’être démoniaque.

YouTube video

Confier ce rôle de veuve, Alice, à Souheila Yacoub constitue l’indice le plus clair du projet. L’actrice s’est formée au cinéma d’auteur européen et a tenu un rôle dans la récente fresque désertique de Denis Villeneuve; c’est une comédienne entraînée à habiter un plan en silence plutôt qu’à le traverser en hurlant. Lui remettre le premier rôle signale que Vaniček veut que la perte soit lue comme un poids réel, et non comme un tremplin vers le gore. Autour d’elle, Tandi Wright incarne la matriarche Susan et Hunter Doohan le beau-frère Joseph, un ensemble bâti pour ressembler à une vraie famille avant d’être démembré en tant que telle.

Vaniček vient d’un unique long métrage français, claustrophobe, où une nuée d’araignées envahit un immeuble de logements modestes, un film qui tirait ses frayeurs de la texture et du confinement plutôt que du budget. Il s’agit ici de son passage à l’anglais et de sa première incursion dans une franchise de studio au nom aussi sonore. La série Evil Dead a toujours été un bac à sable de metteur en scène: Sam Raimi l’a fondée sur le burlesque et la violence de la caméra, et chaque successeur l’a infléchie vers un registre personnel. Le travail de Vaniček laisse entrevoir qu’il cherchera l’effroi et la crasse plutôt que le clin d’œil.

Ce que lui offre le cadre de la réunion familiale, c’est une horreur qui parle aussi d’héritage. La possession des Deadites, telle qu’elle est racontée ici, tient moins d’une malédiction aléatoire ramassée sur une bande ou dans un livre que d’une chose transmise par le sang, les morts refusant de mourir à l’intérieur de ceux qui les aimaient. Le deuil et la possession brûlent du même combustible: l’incapacité à laisser partir un être. Le feu qui donne son titre au film se lit à la fois comme menace et comme délivrance, la seule chose qui tranche enfin ce que les vœux voudraient garder noué.

Visuellement, la série a toujours vécu ou péri sur ses textures concrètes, le glissant du sang, l’aberration d’un visage possédé, la manière dont la lumière accroche une chose qui ne devrait pas bouger. Burn s’appuie sur une palette de braise et de cendre, troquant la tour de Los Angeles trempée de pluie du chapitre précédent contre la chaleur sèche et combustible d’une maison à la campagne. Si le titre est une promesse, elle porte sur les surfaces: peau, bois, papier, tout est inflammable, tout attend.

Rien de tout cela n’est encore prouvé à l’écran. Vaniček n’a jamais travaillé à cette échelle, et le saut d’un film indépendant resserré à un lancement large de studio a déjà aplati des cinéastes plus aguerris que lui. La franchise elle-même est un cas d’école d’inconstance, oscillant de la comédie à la brutalité nihiliste selon qui tient la tronçonneuse. Un fil narratif fondé sur le deuil s’annonce aisément et se tient difficilement sur quatre-vingt-dix minutes d’hémoglobine; reste à savoir si Burn métabolise vraiment le chagrin de sa veuve ou s’en sert seulement comme d’une porte vers le carnage. Le financement scindé, deux studios à la production et deux distributeurs distincts selon les territoires, laisse d’ailleurs deviner un film qu’aucune partie n’a pleinement assumé.

Souheila Yacoub as Alice in Evil Dead Burn, directed by Sebastien Vanicek (2026)
Souheila Yacoub in Evil Dead Burn (2026)

Au générique principal, on retrouve, autour de Yacoub, Wright et Doohan, Luciane Buchanan, Erroll Shand et George Pullar, un casting majoritairement australasien. New Line Cinema et Screen Gems ont coproduit, avec Ghost House Pictures, le label que Sam Raimi et le producteur Rob Tapert ont édifié autour de la saga, gardant la lignée dans la famille. Vaniček a coécrit le scénario avec Florent Bernard, à partir du monde que Raimi avait griffonné le premier avec trois fois rien.

«Evil Dead Burn» dure environ cent dix minutes et sort en France le 8 juillet par Sony Pictures, qui le distribue également en Italie, tandis que Warner Bros. l’exploite aux États-Unis avant un déploiement international au cœur du mois. C’est le sixième chapitre d’une série née comme un pari sans budget et qui a survécu à presque tous ceux qui ont tenté de l’enterrer. Les vœux, comme le film ne cesse de l’affirmer, survivent jusque dans la mort; et le Livre, semble-t-il, aussi.

Distribution

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.