Cinéma

Disparus dans la nuit : un thriller haletant plombé par des interprétations trop fades

Veronica Loop
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Dès le premier plan de Disparus dans la nuit, le ton est donné : Riccardo Scamarcio, dans le rôle de Pietro, un homme déjà à bout, regarde ses enfants endormis, leurs visages innocents baignés par la lueur inquiétante d’une lampe torche en train de s’éteindre. La scène promet une bonne dose d’angoisse et, dans l’ensemble, le réalisateur Renato De Maria est à la hauteur.

Le thriller de De Maria est un remake du film espagnol de Patxi Amezcua 7th Floor, mais il trace sa propre voie en ancrant son récit à Bari, en Italie. On y suit Pietro (Scamarcio), un père pris dans un divorce houleux, dont la vie bascule dans le chaos lorsque ses enfants disparaissent de leur maison de campagne isolée. Le point de départ est simple, mais c’est dans sa mise en œuvre que De Maria déploie son savoir-faire. Le rythme du film prend son temps, laissant la tension monter comme une mèche qui se consume lentement. La scène éprouvante où Pietro traverse la mer en bateau sous le couvert de la nuit, poursuivi par des silhouettes menaçantes en jet-ski, est particulièrement saisissante à l’écran et filmée avec une grande maîtrise.

C’est dans le jeu des acteurs que le film trébuche. Scamarcio porte le récit avec une intensité appréciable, mais Annabelle Wallis, dans le rôle d’Elena, est sous-employée. Son personnage oscille entre mère inquiète et ex-femme manipulatrice, sans jamais trouver un registre émotionnel cohérent. Le reste de la distribution ne fait guère mieux : Nicola, interprété par Massimiliano Gallo, tient davantage du ressort scénaristique que du personnage pleinement incarné. Le film original de Patxi Amezcua est sorti en 2013.

Le principal faux pas du film tient à son recours à des rebondissements artificiels et à des détails qui semblent gratuits, au point de demander au spectateur de faire preuve d’une trop grande indulgence. La fin, en particulier, paraît si bien ficelée qu’elle en devient absurde : elle règle les questions en suspens avec une efficacité qui ruine la tension installée jusque-là. On a l’impression que De Maria n’a pas pu s’empêcher de nouer chaque fil en un joli paquet, quitte à sacrifier la crédibilité du récit.

Malgré ces défauts, Disparus dans la nuit reste prenant. Les ressorts du thriller sont bien exploités et le mystère tient en haleine jusqu’au bout. Le film donne à sentir la peur des parents et le désespoir qui accompagne la perte d’un enfant, ce qui en fait un spectacle convaincant pour les amateurs du genre.

Les comparaisons avec d’autres thrillers comme Gone Baby Gone ou Prisoners sont inévitables, mais Disparus dans la nuit a aussi ses propres qualités. Il n’est ni aussi dévastateur sur le plan émotionnel que le premier, ni aussi spectaculaire visuellement que le second, mais il se distingue par son ancrage italien et ses nuances culturelles. Le désespoir de Pietro est particulièrement bien rendu, et le thème trouve un écho universel.

Le travail sur le son mérite une mention particulière. Le silence inquiétant qui règne dans les scènes à la maison de campagne accentue le sentiment d’isolement et d’angoisse. La musique, sans rien révolutionner, accompagne efficacement le récit et renforce l’atmosphère de suspense.

Le film s’alourdit toutefois de clichés : l’ami d’enfance fortuné qui vient à la rescousse, ou encore l’ex-femme qui cache ses véritables intentions. Ces ficelles paraissent usées et n’apportent pas grand-chose au récit, qu’elles ne parviennent pas à sortir des sentiers battus.

En matière d’originalité, Disparus dans la nuit peine à convaincre. Les ressorts de l’intrigue et les évolutions des personnages ont déjà été maintes fois explorés dans le thriller. De Maria apporte certes sa patte de réalisateur, mais l’histoire, elle, n’ouvre aucune voie nouvelle. Le résultat est un thriller efficace, qui coche toutes les cases sans parvenir à innover.

Le film devrait plaire aux amateurs de thrillers à suspense qui aiment les récits bien ficelés. Ceux qui recherchent une étude plus approfondie des personnages ou une narration novatrice risquent de rester sur leur faim. Son rythme et sa tension en font un choix convenable pour une séance tardive, mais il ne restera probablement pas longtemps en mémoire une fois le générique terminé.

Au bout du compte, Disparus dans la nuit est un thriller solide. Il connaît de beaux moments, notamment grâce à sa réalisation et à son travail sonore, mais pâtit d’interprétations décevantes et de son recours aux clichés.

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