Cinéma

Avec « EPiC », Baz Luhrmann remet Elvis Presley en scène avec 59 heures d’archives inédites

Liv Altman

Baz Luhrmann a fait plus étrange qu’un nouveau biopic : il est retourné dans les archives pour remettre Elvis Presley sur scène, image par image. « EPiC: Elvis Presley in Concert » n’est ni une fiction ni un montage de tubes. C’est un documentaire-concert de long métrage qui assemble les propres prestations filmées du King en un seul spectacle continu et le projette à l’échelle IMAX, sans acteur ni narrateur entre le public et l’homme.

Les chiffres tiennent lieu d’argument. Luhrmann et son équipe ont passé deux ans dans les archives, examiné plus de 2 300 documents et exhumé près de 59 heures d’images rarement vues pour bâtir un programme de plus de 70 chansons. Restauré et réétalonné pour les plus grands écrans de la salle, le film repose sur une seule promesse, martelée par sa campagne : Elvis chante et raconte son histoire comme jamais auparavant, sa voix, son groupe et sa mise en scène prenant la parole.

YouTube video

Ce parti pris est à la fois l’accroche et le pari. Plutôt que d’expliquer Presley de l’extérieur, « EPiC » laisse les prestations porter le propos, en s’appuyant sur les musiciens qui ont défini son son de tournée des années soixante-dix. Le TCB Band traverse les images — le guitariste James Burton, le bassiste Jerry Scheff, le pianiste Glen D. Hardin et le guitariste rythmique John Wilkinson — aux côtés de Charlie Hodge, choriste et homme de scène qui quittait rarement Presley. Réunis à cette échelle, ils plaident que l’Elvis de scène, et non celui des tabloïds, est la version qui mérite d’être restaurée.

La matière vient de l’époque des combinaisons à strass, des résidences de Las Vegas et des tournées incessantes qui ont fait du concert un spectacle. C’est cet Elvis que le film veut sur le plus grand écran : un interprète à plein régime, sueur, soie et orchestre, capté par des caméras déjà braquées sur lui à son apogée commerciale. En montant ces images en un seul arc plutôt qu’en survol chronologique, « EPiC » traite une carrière comme une seule soirée.

Luhrmann est déjà venu ici, par l’autre versant. Son précédent film, « Elvis », mettait en scène le manager, l’argent et le lent déclin à travers le jeu d’un acteur et a séduit un large public de la saison des prix. « EPiC » inverse la démarche : il retire le scénario et rend l’écran à la source. Un cinéaste qui a un jour bâti une fiction autour de Presley s’efface désormais, ce qui se lit comme une marque de confiance ou comme l’aveu discret que le réel surpasse encore toute imitation.

Malgré tout le discours sur la restauration, « EPiC » est un travail de montage, pas une résurrection, et demande à être vu ainsi. Un concert continu assemblé à partir de dates éparses sur des années reste une construction, aussi invisibles soient les coutures ; la formule « de sa propre voix » désigne un choix de montage autant qu’un enregistrement. Le film s’écarte aussi de la biographie la plus rude — l’exploitation, la santé, l’isolement — que le drame de Luhrmann mettait en avant, troquant l’examen contre la célébration. Et son impact est conçu pour le plus grand écran : l’essentiel de la sidération tient à l’échelle, qu’un ordinateur portable ne rend pas.

La sortie a été pensée autour de cette échelle. « EPiC » est arrivé dans les salles d’une grande partie du monde dans une exploitation menée par l’IMAX — distribué par NEON aux États-Unis et par des partenaires régionaux ailleurs — avant de s’élargir aux écrans classiques et, sur ses premiers marchés, de passer au numérique. La stratégie traite chaque sortie territoriale comme un événement à part entière.

En France, « EPiC: Elvis Presley in Concert » est sorti en salles le 25 février.

Distribution

Étiquettes: , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.