Cinéma

Michael Pena brille dans un récit touchant d’ascension vers l’espace

Molly Se-kyung
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La scène d’ouverture de A Million Miles Away est inoubliable : le jeune José, recroquevillé devant un téléviseur qui grésille, regarde les astronautes faire leurs premiers pas sur la Lune. Les parasites à l’écran et l’émerveillement dans les yeux du garçon donnent le ton du film : un récit lumineux, porté par les rêves et la détermination.

Réalisé par Alejandra Márquez Abella, ce drame biographique retrace le parcours de José Hernández (Michael Peña), premier ouvrier agricole immigré à partir dans l’espace en tant qu’astronaute de la NASA. Le film couvre plusieurs décennies, de l’enfance de José dans le Michoacán à son travail dans les champs de Californie, avant de le mener jusqu’au cosmos. C’est une histoire de sacrifices, de résilience et de rêve américain, ancrée dans l’expérience réelle de Hernández.

La grande réussite du film tient à l’interprétation de Peña. Il donne à José chaleur et ténacité, et rend ses épreuves profondément personnelles. Son jeu est particulièrement convaincant dans les moments plus intimistes : José enfant, les yeux levés vers les étoiles ; le quotidien harassant de sa famille dans les champs ; ses études tard dans la nuit, à la lueur d’une lampe. Ces scènes s’appuient avec justesse sur la musique et les images, notamment grâce au motif récurrent de José contemplant le ciel, métaphore simple mais puissante de ses aspirations. Peña parvient à exprimer aussi bien l’émerveillement de l’enfant que la détermination de l’adulte : il est le cœur du film.

Mais A Million Miles Away trébuche lorsqu’il cherche à embrasser trop de thèmes à la fois. Le rythme manque de régularité : certains moments décisifs sont expédiés, tandis que d’autres, moins convaincants, s’éternisent. Le passage de l’enfance à l’âge adulte de José est particulièrement abrupt, plusieurs étapes émotionnelles clés étant survolées au profit d’un récit à grands traits. En outre, le film peine parfois à concilier le drame personnel et le spectacle de l’exploration spatiale, comme s’il hésitait entre une saga familiale émouvante et un thriller haletant autour de la NASA.

Les seconds rôles, notamment Rosa Salazar dans celui d’Adela, la femme de José, et Julio Cesar Cedillo dans celui de Salvador, son père, livrent des prestations solides, mais leurs personnages paraissent souvent manquer de relief. Salazar prête à Adela une force tranquille, mais le personnage reste peu développé et se limite davantage à un rôle de soutien qu’à une véritable individualité. Salvador, sous les traits de Cedillo, est tout aussi esquissé : réduit à quelques traits appuyés, il ne parvient pas à restituer la complexité d’un être humain réel.

Le contexte historique du film — l’immigration, les luttes ouvrières et la course à l’espace de la guerre froide — est passionnant, mais sous-exploité : il sert davantage de toile de fond que de matière à une exploration approfondie. La mise en scène de Márquez Abella est maîtrisée, sans toutefois afficher la vision singulière qui aurait pu donner une autre ampleur au récit. La photographie, efficace, offre quelques images marquantes, des vastes champs californiens aux vues saisissantes de l’espace, mais le film joue souvent la prudence.

A Million Miles Away peine également à trouver sa place sur le plan des genres. Il se veut à la fois drame biographique, fresque historique et récit inspirant d’un outsider, sans jamais s’engager pleinement dans une direction. Le résultat est un film tiraillé entre différentes tonalités et formes narratives, qui ne parvient jamais tout à fait à trouver son équilibre.

Les thèmes du sacrifice et de la persévérance ont déjà été maintes fois explorés, mais ils conservent leur force. Le parcours de José, d’ouvrier agricole migrant à astronaute, est une histoire inspirante, et le film met honorablement en lumière les difficultés et les épreuves qu’il a traversées. Toutefois, ces thèmes sont souvent abordés de manière assez superficielle, sans la profondeur ni les nuances qui leur permettraient de véritablement nous saisir.

Face à d’autres films biographiques, A Million Miles Away n’atteint pas le niveau de Hidden Figures ou de The Right Stuff. Ces films parvenaient à équilibrer le drame personnel et le contexte historique, en créant des univers riches et immersifs qui emportaient le spectateur. A Million Miles Away, lui, ressemble davantage à un récit linéaire de la vie de Hernández, sans la profondeur ni la complexité qui auraient pu le rendre véritablement mémorable.

Au bout du compte, A Million Miles Away est un biopic attachant, mais imparfait. Il touche juste dans ses moments les plus émouvants et bénéficie de l’interprétation engagée de Peña, mais s’essouffle dès qu’il tente de tout faire à la fois.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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