Cinéma

Amour entre adultes : un duel conjugal venimeux, porté par deux acteurs et privé de grande image

Le thriller danois de Barbara Topsøe-Rothenborg, sorti en 2022, confond possession et amour.
Martha O'Hara
Ajoutez-nous sur Google

Un téléphone fracassé contre un mur, et « Amour entre adultes » change de nature. Christian le jette quand Leonora exige de voir un message arrivé à quatre heures du matin ; dès lors, chaque décision du couple se paie au prix fort. Dans ce film danois sorti en 2022, Barbara Topsøe-Rothenborg part d’une idée simple : deux êtres qui se sont aimés peuvent devenir dangereux l’un pour l’autre dès qu’une infidélité surgit. Christian (Dar Salim) et Leonora (Sonja Richter) poussent leur crise jusqu’au point de non-retour. Sus Wilkins joue Xenia, Mikael Birkkjær le commissaire de police, Lars Ranthe Kim.

Leonora n’a pas besoin de plus pour soupçonner. Quand elle surprend Christian avec Xenia, le film n’amortit rien : c’est Xenia qui la regarde droit dans les yeux pendant l’acte. L’image est sèche, sans commentaire, et elle dit assez que personne ne perdra ici avec dignité. Leonora exige que Christian rompe ; sinon, elle le dénoncera pour avoir détourné de l’argent de son entreprise, argent qui a servi à payer les soins de leur fils, Johan. Christian refuse d’obéir. Il cherche de quoi la faire plier et déterre la mort de Mike, un ancien petit ami de Leonora, tombé d’une falaise des années plus tôt. À partir de là, chacun se sert de ce qu’il sait de l’autre comme d’une arme, et le film devient un duel de menaces, d’alibis et de silences.

YouTube video

L’histoire nous parvient d’ailleurs racontée : c’est le commissaire qui la confie à sa fille. Ce cadre est efficace, puisqu’il annonce d’emblée que ce mariage ne finira pas en paix. On ne se demande plus si quelque chose de grave va arriver, mais comment, et de la main de qui. Sans la surprise pour moteur, le film doit tenir sur le détail de chaque manœuvre, et il y parvient presque toujours.

Le conflit ne se réduit pas au triangle amoureux, et c’est ce qui le rend plus riche. Johan est sur le point de passer son baccalauréat, enfin en rémission, et Leonora a mis de côté sa carrière de violoniste pour s’occuper de lui. La maison tout entière repose sur des sacrifices, ce qui donne du poids à chaque trahison. Christian n’est pas un simple salaud : il a volé pour sauver son fils, et le film ne nous le laisse pas oublier, sans pour autant l’absoudre. Leonora a de son côté de bonnes raisons d’être furieuse, et c’est précisément ce qui rend sa réponse si dérangeante.

Salim fait de Christian un homme coincé entre son désir pour Xenia et la peur de tout perdre. Il ne cherche pas à se rendre sympathique, et c’est tant mieux. Richter est ce que le film a de plus intéressant : sa Leonora passe de la blessure à la stratégie sans prévenir, et l’on ignore toujours s’il faut voir en elle une femme trahie ou quelqu’un qui avait déjà tout calculé. Wilkins a moins de place, mais sa Xenia est la pièce qui met tout en branle.

Le retournement le plus audacieux survient quand Christian attend Leonora sur son parcours habituel et renverse une femme avec la camionnette de l’entreprise. Ce n’est pas elle : Leonora rentre par un autre chemin. La scène a une ironie noire qui fonctionne, même si elle demande au spectateur d’avaler une énorme coïncidence. Plus loin, un séjour dans un spa sert de cadre à un alibi monté avec soin : pendant que Christian s’éclipse pour retrouver Xenia, une voix enregistrée s’élève de la salle de bains de la chambre et un message de rupture part de son téléphone. C’est là que le film est le plus sûr de lui, parce que la ruse repose sur des objets du quotidien plutôt que sur des artifices de scénario.

Tout n’est pas aussi réussi. Le dénouement, cohérent avec la défiance qui traverse l’histoire, paraît précipité. La façon dont la police en vient à comprendre ce qui est arrivé à Xenia est moins soignée que le reste du récit, et la révélation du passé de Leonora tombe avec une certaine maladresse, comme si le film hésitait entre thriller psychologique et polar d’école. Le point de départ, de plus, nous est familier ; Topsøe-Rothenborg maîtrise le genre, mais s’écarte rarement de ce qu’on attend.

« Amour entre adultes » est un thriller conjugal bien mené, qui ne cherche pas à surprendre par sa forme. Ce qui reste, c’est Leonora, le regard de Xenia dans la première grande scène et l’alibi du spa. Et l’impression que la dernière partie a été expédiée plus vite que tout ce qui précède.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.