Football

Coupe du Monde 2026, seizièmes de finale : la France, le Mexique et la Norvège passent, les favoris tiennent et la route vers la finale se resserre

Jack T. Taylor

Certains jours de Coupe du Monde basculent sur un exploit. Celui-ci a basculé sur son absence. Dans trois seizièmes de finale, les favoris ont tenu — la France a disséqué la Suède, le Mexique a écarté l’Équateur devant son public et la Norvège a trouvé le moyen de dominer la Côte d’Ivoire — et rien pourtant n’a eu le goût d’une formalité. Un tournoi éprouve les nerfs autant que le talent, et dans un après-midi où toutes les têtes de série ont survécu, chacune a quitté la pelouse en ayant répondu à une question différente sur elle-même.

La France a répondu le plus fort. Pendant deux semaines, cette équipe avait été celle de Kylian Mbappé et de lui seul, un ensemble qui gagnait parce que son meilleur joueur refusait de perdre et qui inquiétait dès qu’il s’éteignait. Face à la Suède, la machine a enfin tourné tout entière. Trois buts sans réponse ne se signent pas en s’appuyant sur un seul homme ; c’est le score d’un pressing coordonné, d’un milieu qui gagne ses duels et d’une finition assez froide pour qu’une bonne Suède — Alexander Isak et Viktor Gyökeres devant, habitués de ces rendez-vous — ne trouve jamais de prise. On avait répété à Didier Deschamps, tout au long des poules, que son équipe était un soliste avec un orchestre d’accompagnement. Pendant quatre-vingt-dix minutes, elle a sonné comme un orchestre, et c’est bien plus dangereux.

L’après-midi du Mexique portait un autre poids, celui que seul un pays hôte comprend. Battre l’Équateur — Moisés Caicedo au milieu, une équipe bâtie pour étouffer les matches — de deux buts nets sans jamais donner l’impression de lâcher l’avantage est, en soi, un résultat sérieux. L’Équateur ne concède pas les espaces à bon compte, et le Mexique a pris ce qu’on lui offrait avant de verrouiller la rencontre avec le sang-froid de qui a compris qu’il n’a pas besoin d’éblouir pour gagner. Javier Aguirre a bâti quelque chose de plus solide que les sélections qui l’ont précédé.

Et pourtant, chaque Mexicain dans le stade savait exactement ce que signifiait cette victoire, car il vit cette histoire en boucle. El Tri est désormais en huitièmes, le tour devenu son mur. Sept tournois d’affilée à atteindre ce stade sans le franchir ; une série assez longue pour cesser de ressembler à de la malchance et se mettre à ressembler à un trait de caractère. Le Mexique frappe à la porte en hôte, à domicile, porté par un pays qui a décidé que c’est l’année où le mur tombe. La foi et l’histoire vont s’asseoir dans le même stade, et une seule des deux peut gagner.

La victoire de la Norvège fut la moins tranchante et, à sa manière discrète, la plus lourde de sens. La Côte d’Ivoire n’est pas une équipe qu’on balaie — championne d’Afrique chez elle il n’y a pas si longtemps, physique, rusée, dangereuse en contre — et elle a poussé la Norvège jusqu’au bout. Deux fois la Norvège a trouvé la réponse, et deux fois cela a compté, parce qu’un pays qui n’a plus vu les tours avancés d’un Mondial depuis 1998 n’a pas à faire la fine bouche sur la manière de passer. La présence d’Erling Haaland déformait la défense ivoirienne, que le ballon lui parvienne ou non ; Martin Ødegaard a donné le rythme et le calme. Ståle Solbakken était un jeune homme dans la Norvège des huitièmes de France 98. Il est revenu diriger une génération qu’on disait trop douée pour continuer à manquer les grands rendez-vous et qui, des années durant, a continué à les manquer. Le talent et la scène se sont enfin rencontrés.

Ce qui relie les trois, c’est ce qu’une telle journée fait à un tableau. Les exploits amincissent le tirage et ouvrent des couloirs ; une journée de favoris fait l’inverse : elle durcit la route. La France, dans sa version la plus aboutie du tournoi, avance comme une équipe que personne ne veut croiser. Le Mexique emporte le vacarme d’un pays vers le rendez-vous précis qui l’a déjà brisé. La Norvège amène un buteur capable de trancher une double confrontation en un instant et un capitaine capable de la gouverner. Trois équipes, trois raisons très différentes d’y croire, toutes à une victoire des quarts et de la partie du tournoi où les réputations se bâtissent au lieu de se défendre.

Les tours à élimination directe mettent une équipe à nu, jusqu’à ce qu’elle est vraiment. Pas de match suivant pour réparer, pas de classement où se cacher : on est ce qu’on est pendant quatre-vingt-dix minutes, puis on rentre ou on continue. La France ressemble à une équipe qui vient de se rappeler de quoi elle est capable. Le Mexique ressemble à une équipe sur le point de découvrir si la foi suffit à déplacer le poids de l’histoire. La Norvège ressemble à une équipe qui a attendu près de trente ans exactement cela et ne compte pas le gâcher. Aucune n’a été flattée par la journée. Toutes en sont sorties aiguisées. La route vers la finale du New Jersey vient de se resserrer, et ceux qui y restent commencent à ressembler à ceux qui comptent y être au bout.

Étiquettes: , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.