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Coupe du monde : le Maroc retrouve la France en quart, la revanche d’un plafond franchi

Quatre étés après être devenu la première nation africaine et arabe à atteindre une demi-finale de Coupe du monde, les Lions de l'Atlas retrouvent le même adversaire, et la même vieille blessure, un tour plus tôt.
Jack T. Taylor

Il existe une version de la frappe d’Azzedine Ounahi au Qatar où le ballon rentre. Il l’a prise pleine lucarne depuis la distance, le ballon montant et s’enroulant vers l’angle, et pendant toute sa trajectoire un continent entier s’est penché en avant. Puis Hugo Lloris a effleuré le cuir d’une main et l’a repoussé contre le poteau, et l’instant s’est refermé sur la nuit. Voilà ce qui définit la grande épopée du Maroc : elle se joue dans les centimètres. Un arrêt ici, un montant là, et l’histoire que tout le monde raconte devient une autre histoire.

Les revoici, dans un nouveau quart de finale de Coupe du monde, et le tirage possède une symétrie cruelle. De l’autre côté attend la France — la même France, le même bleu, l’équipe qui s’est dressée dans l’embrasure la dernière fois que ces deux-là se sont croisés avec une Coupe du monde en jeu. Les Lions de l’Atlas avaient grimpé jusqu’à une demi-finale pour trouver les Bleus barrant le passage. Cette fois la porte se présente un tour plus tôt, à Boston, et le Maroc s’y présente en équipe plus dure, plus étrange, plus instinctive que celle qui était tombée.

La nuit qui a déplacé un plafond

Pour comprendre pourquoi ce match dépasse le simple tableau, il faut s’attarder sur ce qu’a réellement été le parcours qatari. Le Maroc ne s’est pas contenté d’atteindre une demi-finale ; il est devenu la première nation africaine et la première nation arabe à aller aussi loin, et il l’a fait par le chemin le plus dur, en éliminant l’Espagne aux tirs au but et en battant le Portugal en route. Cela a déplacé un plafond resté intact pendant un siècle de Coupes du monde. Pour une génération de joueurs répartie de Casablanca aux banlieues de Bruxelles et aux ports des Pays-Bas, la carte du possible s’est redessinée en quinze jours. Et un tel parcours laisse toujours derrière lui la même question — celle-là même que ce quart de finale pose sur la table. Était-ce un sommet, l’alignement unique d’une génération dorée et d’un tirage clément ? Ou était-ce une fondation ?

Deux tours à élimination directe, deux façons de gagner

Tout, dans la manière dont le Maroc est revenu jusqu’ici, plaide pour la fondation. En seizièmes de finale, il a tiré les Pays-Bas, est allé au bout et l’a emporté aux tirs au but — Yassine Bounou refaisant ce dont il a pris l’habitude dans les plus grandes soirées, Achraf Hakimi s’avançant pour frapper, et loger au fond, le genre de penalty qui décide si une nation rentre chez elle ou reste. Puis, en huitièmes, il a saisi les co-organisateurs, le Canada, et les a démantelés 3-0 à Houston, Ounahi inscrivant un doublé, la foule venue pour une fête à domicile se taisant heure après heure. Deux tours, deux façons différentes de gagner : l’une par le sang-froid, l’autre par la maîtrise. Ce n’est pas une équipe portée par la chance. C’est une équipe qui a appris comment elle veut vous faire mal.

Ce qui a changé cette fois, c’est la main sur la barre. Walid Regragui, l’entraîneur qui avait mené le Maroc au bord d’une finale, a démissionné au printemps, et la fédération a fait un pari inhabituel pour le remplacer. Mohamed Ouahbi, né à Bruxelles, façonné pendant deux décennies au sein du centre de formation d’Anderlecht et fraîchement sacré comme le technicien qui a offert au Maroc la Coupe du monde des moins de 20 ans, s’est vu confier l’équipe première alors que le tournoi pointait déjà à l’horizon. Là où Regragui avait bâti une formation pragmatique jusqu’à en devenir mécanique, brillante dans la souffrance et dans la contre-attaque, Ouahbi a tiré sur le fil inverse. Il veut le ballon déplacé vite et le pressing haut ; il fait confiance à ses techniciens pour improviser ; il a tenté, en quelques mois, de rendre à cette équipe une part de l’audace que son efficacité européenne avait rabotée. C’est un risque. Face à la France, c’est peut-être le seul plan qui vaille la peine.

Le capitaine qui tire le dernier penalty

Sous tout cela court Hakimi, et il est la raison pour laquelle la question du caractère se répond d’elle-même. C’est l’un des meilleurs latéraux du monde, un vainqueur de la Ligue des champions qui n’a pas besoin de ce tournoi pour valider une carrière, et il joue chaque match du Maroc comme s’il en avait besoin. C’est le capitaine qui tire le dernier penalty, le défenseur qui finit le plus haut sur le terrain, l’homme sur qui repose l’écusson. Il existe un type particulier de joueur qui porte le maillot national comme plus lourd que tout autre qu’il possède, et Hakimi est ce joueur-là. Regardez-le tirer le Maroc vers l’avant lorsqu’un match se bloque, et vous regardez le trait qui définit cette équipe : un refus de se faire petit, un refus d’être retenue comme un unique et bel accident.

Car c’est l’ombre sous laquelle toute équipe qui joue au-dessus de sa condition apprend à vivre. Le monde vous aime pendant un mois, puis attend, en silence, que vous prouviez que ce n’était pas un coup de chance. Depuis le Qatar, on a demandé au Maroc, de cent manières polies, s’il avait jamais vraiment été aussi bon. Ce quart de finale est l’endroit où il peut répondre dans la seule langue qui compte, et la cruauté du tirage est aussi son cadeau : l’examinateur est celui-là même qui l’avait recalé la dernière fois.

La France reste favorite — mais elle l’était déjà la dernière fois

Sur le papier, la France reste favorite, et de loin. Didier Deschamps, dans ce qu’il a annoncé comme son dernier tournoi à la tête des Bleus, dispose d’un effectif qui se lit comme un inventaire des plus beaux problèmes du jeu : Kylian Mbappé, désormais meilleur buteur de l’histoire de son pays, capitaine d’une ligne d’attaque garnie du trio parisien Ousmane Dembélé, Bradley Barcola et Désiré Doué. Les Bleus ont gagné chacun de leurs matchs ici, le plus récent en venant à bout du Paraguay sur un unique penalty de Mbappé, ce genre de victoire étroite et sans émoi dont les champions ont le secret. Ils n’ont pas besoin d’être beaux. Ils l’ont rarement été sous Deschamps. Ils continuent simplement d’arriver en quarts, en demies, en finale. C’est une troisième Coupe du monde consécutive où ils semblent taillés pour aller jusqu’au bout.

Et pourtant, la dernière fois que ces équipes se sont affrontées, la France n’a pas gagné confortablement ; elle a gagné cliniquement, un but précoce de Théo Hernández et un but tardif d’un remplaçant, tandis que le Maroc martelait une porte qui ne cédait pas. La marge, ce jour-là, tenait à deux buts et à environ six centimètres de l’enroulé d’Ounahi. Voilà le souvenir que le Maroc emporte à Boston : non pas celui d’avoir été dominé, mais celui d’avoir été devancé de peu, celui d’une demi-finale plus serrée que ne le laissait croire le score. Il existe une version de cette nuit, celle qui se joue dans les centimètres, où les livres d’histoire se lisent autrement.

Personne, dans le camp marocain, ne dira que le Maroc est favori, et il ne l’est pas. Mais un quart de finale n’est pas une œuvre ; c’est quatre-vingt-dix minutes, ou cent vingt, puis peut-être la marche vers le point que Bounou et Hakimi ont déjà transformé en terrain conquis une fois dans ce tournoi. Le Maroc d’Ouahbi ose plus tôt que celui de Regragui, et face à une France qui préfère contrôler et contrer, une équipe prête à prendre le risque la première est précisément le genre d’adversaire capable de mettre le favori mal à l’aise. Les Lions de l’Atlas n’ont pas à être meilleurs que la France sur une phase de poules ou sur une saison. Ils ont à l’être le temps d’une seule nuit, contre l’équipe qui les a déjà éconduits.

C’est tout l’attrait d’une revanche à cette altitude. Elle réduit une carrière à une unique chance neuve face à un vieux regret. Il y a quatre étés, le Maroc a prouvé qu’un continent pouvait atteindre le dernier carré d’une Coupe du monde. À présent, à Boston, il va découvrir si c’était le plafond ou le plancher, et la seule chose qui se dresse entre lui et la réponse est l’équipe même qui lui a posé la question.

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