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Bill Skarsgård, l’acteur que les auteurs du cinéma d’horreur s’arrachent

Penelope H. Fritz
Bill Skarsgård
Bill Skarsgård
Photo: Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America / CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Naissance9 août 1990
Vällingby, Stockholm, Sweden
ProfessionActeur
Connu pourDeadpool 2, Ça, John Wick : Chapitre 4
RécompensesShooting Stars Award, Berlin International Film Festival (2012) · Fright Meter Award Best Supporting Actor · Fright Meter Award Best Ensemble Cast · Satellite Award Best Cast

Il y a quelque chose de symptomatique dans le fait que deux des cinéastes les plus singuliers de leur génération — Robert Eggers et Gus Van Sant — aient tous deux choisi Bill Skarsgård pour leurs projets les plus ambitieux de ces dernières années. Ce n’est pas le hasard des plannings qui a conduit l’acteur suédois du Nosferatu d’Eggers à Dead Man’s Wire de Van Sant en l’espace de quelques mois. C’est une forme de reconnaissance du métier.

Skarsgård est né à Vällingby, en banlieue de Stockholm, dans une famille où le théâtre et le cinéma constituent le tissu même de l’existence. Son père, Stellan Skarsgård, a construit une carrière remarquable en Europe avant de s’imposer dans les productions américaines; ses frères Alexander, Gustaf et Valter ont chacun développé des trajectoires significatives. Il fait ses débuts à l’écran à neuf ans aux côtés d’Alexander, mais l’héritage qui semble l’intéresser n’est pas dynastique — c’est artisanal. Ses premiers films suédois, dont Simple Simon pour lequel il fut nommé au Guldbagge, révèlent une prédilection pour l’intériorité psychologique.

La porte vers le marché américain s’ouvre par Hemlock Grove, la série Netflix dans laquelle il campe Roman Godfrey de 2013 à 2015. Roman n’est pas un monstre au sens littéral du genre; il est monstrueux à la manière dont le privilège s’exprime sans conséquences. La série pose les bases de ce qui deviendra son registre distinctif: la capacité à faire de l’inconfort le principe organisateur d’une performance.

Ce que It révèle en 2017, c’est l’étendue de ce que Skarsgård est prêt à sacrifier pour un rôle. La construction physique de Pennywise — mâchoire décrochée, yeux divergents, démarche désarticulée — résulte de mois de travail corporel. Le film devient l’un des plus grands succès commerciaux de l’histoire du cinéma d’horreur. La suite arrive en 2019. Et Pennywise s’inscrit dans la culture populaire comme une figure à part entière.

Les années suivantes décrivent une volonté de diversification méthodique. Dans John Wick: Chapitre 4, le Marquis de Gramont incarne un pouvoir exercé à distance, par le truchement des systèmes. Dans Clark, la minisérie Netflix, il interprète Clark Olofsson, le criminel suédois réel dont la prise d’otages de 1973 a forgé le terme «syndrome de Stockholm».

The Crow, le remake de Rupert Sanders sorti en 2024, constitue l’exception notable à cette trajectoire. Le film reçoit un accueil critique sévère. La performance de Skarsgård est jugée compétente dans un matériau incohérent. Il faut y voir la limite structurelle que le cinéma de franchise impose à ses interprètes.

Nosferatu représente la démonstration inverse. Pour l’adaptation gothique d’Eggers, Skarsgård travaille avec un chanteur d’opéra pour reconstruire la voix du Comte Orlok depuis un registre pré-humain, perd du poids de façon substantielle, passe des mois sous des prothèses si complètes que les spectateurs ayant vu It ne retrouvent aucun point commun. Le film recueille quatre nominations aux Oscars et engrange 179 millions de dollars.

Dead Man’s Wire, que Gus Van Sant tire du cas réel de Tony Kiritsis — lequel avait, en 1977 à Indianapolis, fixé un fusil à pompe au cou d’un directeur d’agence hypothécaire pour exiger l’annulation d’une dette —, est l’épreuve de vérité. Pas de prothèses, pas de mythologie de créature: seulement un homme dont le rapport à la rationalité se délite en temps réel. Le Hollywood Reporter qualifie la performance de «brillante». Trois jours après la fin du tournage, Skarsgård entame The Death of Robin Hood, une production A24 face à Hugh Jackman.

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Sa vie personnelle — une relation avec l’actrice suédoise Alida Morberg, deux enfants — est confirmée et laissée à l’écart de l’exposition publique.

The Death of Robin Hood sort en 2026. Lords of War et Emperor suivent. La trajectoire pointe désormais vers un visage, sans filtre.

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