Cinéma

The Devil Comes at Night : un décor âpre ne suffit pas à sauver les clichés éculés du culte cannibale

Susan Hill
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La serrure rouillée de la porte de la ferme dans The Devil Comes at Night ne suggère pas seulement l’enfermement : elle hurle que le récit est prisonnier de ses propres conventions. Dans son film d’horreur de 2023, le réalisateur Scott Leaver confie le rôle de Mason à Jason Martorino, boxeur sur le retour parti récupérer son héritage. Il tente de renouveler les frissons du sous-genre maintes fois exploité du culte cannibale, mais se prend souvent les pieds dans ses propres rouages rouillés.

Leaver installe sa maison hantée au milieu de nulle part. Mason arrive dans la ferme de son défunt père et se retrouve enfermé avec un culte cannibale local. Le point de départ est idéal pour faire monter la tension — un protagoniste isolé face à un groupe de détraqués —, mais le rythme trébuche dès le départ. Le premier acte s’étire en posant les bases du passé de Mason : il s’attarde trop sur sa carrière de boxeur et pas assez sur la menace immédiate. Martorino donne à Mason une présence physique rugueuse qui rappelle le jeune Robert De Niro dans Raging Bull, mais le scénario l’encombre de dialogues unidimensionnels qui ressemblent souvent à une pâle imitation de Se7en de David Fincher. L’idée du boxeur semble plaquée, comme si Leaver avait eu besoin de donner à Mason une compétence autre que celle du « type qui fuit les monstres ».

C’est dans le réalisme crasse de sa direction artistique que le film de 2023 trouve son meilleur équilibre. La ferme devient un personnage à part entière : ses lames de parquet qui grincent et son papier peint qui se décolle amplifient chaque souffle et chaque gémissement. Une séquence particulièrement marquante survient lorsque Mason découvre la cave de son père et y trouve un abattoir de fortune. Le plan s’attarde sur la table maculée de sang et les crochets à viande qui pendent comme des doigts squelettiques : un instant viscéral qui tient enfin la promesse horrifique du film. Le travail sur le son de Leaver se révèle particulièrement efficace : le silence s’étire jusqu’à créer une tension presque insoutenable, avant que le bruit soudain d’un couteau qui tombe ne fasse sursauter Mason — et le public avec lui.

Mais ces moments sont bien trop rares. Le rythme est erratique, passant d’une tension qui s’installe lentement à une action frénétique sans véritable fil conducteur. Leaver s’appuie excessivement sur des sursauts faciles — une porte qui claque ici, un cri lointain là — au lieu de faire naître une véritable angoisse. À côté de The Killer de Fincher, qui joue du silence et d’un cadrage précis pour créer le suspense, The Devil Comes at Night donne l’impression d’un amateur qui essaie d’imiter un maître.

Les interprétations sont inégales. La présence physique de Martorino est le principal atout du film, mais le dialogue pataud du scénario limite son registre émotionnel. Elias Zarou, dans le rôle de Jack, l’énigmatique chef du culte, oppose un calme dérangeant au chaos, mais son évolution est trop peu développée et ses motivations restent floues. Julie Cohn et Adrienne Kress, qui incarnent respectivement Ethel et Amy, apportent une profondeur bienvenue aux membres du culte, autrement unidimensionnels, mais leurs rôles sont trop réduits pour avoir un véritable impact.

La réalisation de Leaver laisse entrevoir du talent, notamment dans sa manière d’exploiter l’espace et le son, mais il peine à donner une cohérence au récit. Le premier acte s’attarde trop sur le passé de Mason et brise l’élan avant même que l’horreur ne devrait commencer. L’arrivée des membres du culte fait monter la tension, mais le rythme ne se rétablit jamais complètement. Leaver laisse également passer l’occasion d’explorer plus en profondeur les thèmes de l’héritage et de la filiation suggérés par le point de départ. La quête de Mason pour récupérer la propriété de son père ressemble davantage à un simple MacGuffin qu’à une véritable réflexion sur la famille ou la culpabilité.

C’est sur le terrain de l’originalité que The Devil Comes at Night trébuche le plus. Le motif du culte cannibale a été exploité jusqu’à l’épuisement, et Leaver ne propose pas un terreau assez neuf pour y faire germer des idées inédites. Le rythme est erratique, passant d’une tension qui s’installe lentement à une action frénétique sans véritable fil conducteur. Même le film semble mal trouver sa place dans le genre : il voudrait être The Texas Chain Saw Massacre, mais n’a ni l’énergie implacable ni le commentaire social qui ont assuré la pérennité du classique de Hooper.

The Devil Comes at Night a quelques moments réussis, mais ils sont enfouis sous un enchaînement confus de passages familiers et d’occasions manquées. Leaver laisse entrevoir du talent — notamment dans sa manière d’exploiter l’espace et le son —, mais il devrait davantage faire confiance à son instinct qu’aux recettes du genre.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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