Cinéma

Redemption Day (2021) : le thriller de sauvetage de Gary Dourdan et son pari marocain

Martha Lucas
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Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Hicham Hajji envoie dans le désert un Marine américain, incarné par Gary Dourdan, à la recherche de sa femme enlevée. Derrière cette intrigue de sauvetage familière se cache une histoire moins connue : un film d’action à la manière hollywoodienne conçu, en grande partie tourné et majoritairement financé au Maroc.

Redemption Day suit le capitaine Brad Paxton, un Marine américain décoré qui vit à New York avec sa femme Kate, archéologue, et leur fille encore enfant, Clair. Brad est revenu d’une mission en Syrie qui le réveille encore la nuit, et son entourage, à commencer par son père Ed, s’inquiète de le voir refuser d’en parler. Kate, de son côté, prépare une campagne de fouilles au Maroc, où son équipe espère localiser une cité antique enfouie sous le désert. Les recherches entraînent l’équipe de l’autre côté de la frontière, en Algérie, sans qu’elle s’en rende compte, et c’est là qu’un groupe armé dirigé par Jaafar El Hadi, un militant recherché par Interpol, enlève Kate ainsi que l’archéologue franco-algérien Jean Rashidi et leur collègue marocain Amir Jadid.

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Les ravisseurs fixent une rançon de dix millions de dollars et un ultimatum. Brad s’envole pour Rabat, où il fait équipe avec Younes Laalej, un officier des enquêteurs antiterroristes marocains, et se heurte à une ambassade américaine qui préférerait ne pas voir un Marine éploré mener sa propre opération. L’ambassadeur des États-Unis, Williams, rechigne à l’aider, et un haut responsable, Tom Fitzgerald, plaide contre toute intervention. S’ensuit une course pour localiser le repaire d’El Hadi avant l’expiration du délai, et une question qui se dessine plus lentement : qui, du côté américain, souhaite réellement que Kate rentre chez elle ? La manière dont tout cela se dénoue appartient au dernier acte, et cet article ne le dévoile pas.

Un Marine, une archéologue et une rançon de dix millions de dollars

Les ingrédients sembleront familiers à quiconque a suivi le thriller de sauvetage au cours des deux dernières décennies : un vétéran au passé abîmé, un proche en danger à l’étranger, un gouvernement qui refuse d’agir et un héros qui décide d’agir malgré tout. Redemption Day y ajoute deux détails qui le distinguent légèrement. Le premier tient au fait que l’épouse menacée est la professionnelle au cœur de l’histoire plutôt qu’une simple spectatrice : Kate est présentée à travers son travail, une conférence publique consacrée à la découverte au Maroc de restes humains vieux d’environ 300 000 ans.

Ce détail est emprunté à la science réelle. En juin 2017, une équipe de chercheurs a publié dans la revue Nature son analyse de fossiles provenant de Jebel Irhoud, un site de l’ouest du Maroc, en les datant d’environ 300 000 à 315 000 ans et en les présentant comme les plus anciens restes connus d’Homo sapiens. L’archéologue fictive du film s’inscrit dans ce contexte, ce qui donne au décor marocain une raison d’exister au-delà du paysage. Le second détail concerne l’homme avec lequel Brad travaille une fois sur place : Younes Laalej est présenté comme un agent du Bureau central d’investigations judiciaires, le BCIJ, l’unité marocaine chargée des affaires de terrorisme.

La production marocaine de Hicham Hajji

Redemption Day est le premier long métrage réalisé par Hicham Hajji, un producteur marocain qui avait passé plus d’une décennie à travailler sur des productions venues tourner dans son pays. Il a été assistant réalisateur sur Casanegra (2008), le drame criminel casablancais de Nour-Eddine Lakhmari, directeur de production sur Queen of the Desert (2015) de Werner Herzog et sur Jagga Jasoos (2017), aventure musicale en hindi d’Anurag Basu, ainsi que producteur de Hostile, le thriller post-apocalyptique de Mathieu Turi. Sur Redemption Day, il signe l’histoire originale, coécrit le scénario avec Lemore Syvan et Samy Chouia, produit le film avec David Zilberberg et le réalise.

Hajji a présenté le projet comme un film marocain conçu selon les standards hollywoodiens. Il en a montré des images au Festival de Cannes le 22 mai 2019 et, un an plus tard, a projeté des extraits pour les acheteurs au marché du 70e Festival international du film de Berlin. Selon la presse marocaine de l’époque, le tournage s’est partagé entre New York, Los Angeles, Merzouga aux portes du Sahara, Marrakech, Rabat et Casablanca. Les sociétés de production créditées sont Voltage Pictures, la structure indépendante à l’origine de Démineurs, ainsi que H Films, Buffalo 8 Productions et Redemption Films.

Brice El Glaoui Bexter, l’acteur né en Suisse et élevé à Rabat qui incarne Younes, a décrit l’ampleur de la participation locale dans un entretien accordé en août 2019, alors que le film était en postproduction. Il a expliqué qu’environ 80 % du film avait été tourné au Maroc et qu’environ 80 % de l’argent provenait d’investisseurs privés marocains, avec une équipe technique en grande partie issue de Ouarzazate, la ville du désert qui accueille des tournages étrangers depuis des décennies. Il a également rattaché le projet à une loi de finances marocaine de 2016 qui offre aux productions étrangères un remboursement de 20 % en numéraire lorsqu’elles dépensent au moins 10 millions de dirhams et tournent au moins 18 jours dans le pays.

Ce contexte éclaire l’une des ambitions affichées du film. Selon Bexter, Hajji voulait montrer le Maroc tel qu’il est, et non comme une doublure de la Syrie ou de l’Afghanistan, rôle que les productions internationales ont souvent fait jouer à ses paysages, et placer une agence marocaine là où un film d’action mettrait habituellement le FBI ou Interpol. Que le public hors du Maroc ait perçu cette ambition est une autre affaire, mais il s’agit du témoignage le plus clair, venu de ceux qui ont fait le film, sur ce qu’il était censé être.

Gary Dourdan, Serinda Swan et une distribution de vétérans

Le rôle principal est revenu à Gary Dourdan, né à Philadelphie en 1966, venu au métier d’acteur par la comédie musicale et le théâtre off-Broadway à New York avant des films comme Alien, la résurrection (1997). Il est surtout connu pour avoir incarné pendant huit saisons l’enquêteur de la police scientifique Warrick Brown dans Les Experts, de 2000 à 2008. Redemption Day lui a offert la tête d’affiche d’un film d’action et, au moment de sa sortie, il y voyait l’occasion de jouer un héros d’action chargé d’un passé plutôt qu’un héros invincible.

Dourdan a expliqué dans des entretiens avoir construit Brad Paxton à partir de ses amitiés avec des hommes ayant servi chez les Navy SEAL, les Army Rangers et les Marines, que le stress post-traumatique du personnage était ce qui l’avait attiré vers le scénario, et qu’il voulait montrer combien le retour à la vie civile peut être difficile pour les vétérans. Il a aussi raconté s’être rendu une douzaine de fois au Maroc avant le tournage et avoir essayé d’apprendre autant d’arabe que possible pendant qu’il y travaillait.

Serinda Swan, l’actrice canadienne née à West Vancouver en 1984, joue Kate. À la télévision, on l’a vue en Medusa dans Inhumans de Marvel, dans le rôle-titre de la série canadienne Coroner et en Karla Dixon dans la première saison de Reacher, et elle a tenu de petits rôles au cinéma dans Tron : L’Héritage et Percy Jackson : Le Voleur de foudre. Andy Garcia, nommé à l’Oscar pour Le Parrain, 3e partie, incarne l’ambassadeur Williams, et Ernie Hudson, resté dans les mémoires comme le Winston Zeddemore de SOS Fantômes, joue Ed, le père de Brad, entraîneur de boxe.

La distribution secondaire puise dans plusieurs cinématographies nationales. Martin Donovan, habitué des films de Hal Hartley des années 1990 comme Trust et Simple Men, joue Tom Fitzgerald. Robert Knepper, connu pour avoir incarné Theodore Bagwell dans Prison Break, n’est crédité que comme un mystérieux lobbyiste du pétrole. Samy Naceri, vedette française de la saga Taxi de Luc Besson et membre de la distribution d’ensemble récompensée à Cannes pour Indigènes (2006), joue le ravisseur Jaafar El Hadi.

La sortie et la seconde vie du film

Saban Films a sorti Redemption Day aux États-Unis le 8 janvier 2021 dans un nombre limité de salles, à un moment où de nombreux cinémas étaient encore fermés à cause de la pandémie de COVID-19, puis sur les plateformes numériques quatre jours plus tard. Les autres marchés l’ont surtout découvert à domicile : le Royaume-Uni le 15 mars 2021, la France en vidéo à la demande le 13 avril, le Japon le 22 avril sous un titre local propre, et l’Allemagne en décembre. Le film achevé dure environ 100 minutes, avec une photographie de Philip Lozano, un montage de Karim Ouaret et une musique de Sacha Chaban.

À sa sortie, les critiques ont été majoritairement défavorables. Hajji, de son côté, a déclaré en 2020 avoir déjà terminé son scénario suivant, une comédie ancrée dans l’univers de la musique électronique. Redemption Day reste sa carte de visite de réalisateur : la preuve qu’un producteur marocain pouvait réunir une distribution américaine, un distributeur américain et une équipe en grande partie marocaine autour d’un même projet, et faire arriver le résultat en salles et sur les plateformes de streaming en pleine pandémie.

Vu aujourd’hui, Redemption Day est un modeste thriller d’action dont la genèse est plus intéressante que son étiquette de genre ne le laisse supposer. Son intrigue suit un modèle bien rodé, et ses auteurs n’ont pas caché qu’ils voulaient travailler à l’intérieur de ce modèle plutôt que de le briser. Ce qui le distingue, c’est l’origine de l’argent, de l’équipe et de l’ambition : la tentative d’un producteur marocain de réaliser un film d’action américain grand public selon ses propres conditions, en inscrivant son pays dans l’histoire comme bien davantage qu’un simple décor.

Réalisation

Hicham Hajji
Photo via The Movie Database (TMDB)

Hicham Hajji

Photos : The Movie Database (TMDB)

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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