Cinéma

Prisoner’s Daughter : des interprétations bouleversantes éclipsées par les clichés

Molly Se-kyung
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La scène d’ouverture de Prisoner’s Daughter est un véritable coup de poing : Brian Cox, amaigri et les cheveux gris, découvre son diagnostic de cancer, tandis que le poids de douze années perdues semble peser sur lui. Les mains tremblantes, il lit le verdict — un cancer du pancréas en phase terminale — et la caméra s’attarde sur son visage, où se mêlent peur, regrets et désespoir. La scène promet une émotion à vif, mais le film s’égare rapidement dans les clichés mélodramatiques.

Réalisé par Catherine Hardwicke (Thirteen, Twilight), Prisoner’s Daughter est un drame teinté de mystère et de suspense. On y suit Max (Cox), un ancien détenu atteint d’un cancer en phase terminale, qui tente de renouer avec sa fille dont il est éloigné, Maxine (Kate Beckinsale), et de faire la connaissance du petit-fils qu’il n’a jamais rencontré. Le point de départ se prête à une exploration des blessures familiales et du pardon, mais la réalisation de Hardwicke paraît souvent sincère dans l’intention plutôt que convaincante dans son aboutissement.

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Le film a été présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto en 2022, avant sa sortie en salles en juin 2023, et a reçu un accueil partagé de la part des critiques. Si certains ont salué les interprétations de Cox et Beckinsale, d’autres ont déploré les irrégularités du scénario et ses changements de ton. Le consensus de Rotten Tomatoes résume ainsi le film : « Prisoner’s Daughter bénéficie d’une distribution remarquable, mais celle-ci est noyée sous une intrigue laborieuse et convenue, qui réserve peu de surprises. » Le score de 48 sur 100 obtenu sur Metacritic reflète le même sentiment et correspond à des critiques « mitigées ou moyennes ».

Cox et Beckinsale livrent de solides interprétations, donnant au film, par moments, une véritable profondeur émotionnelle. Cox, en particulier, confère à Max une gravité lasse qui rend viscéral son désespoir de renouer avec sa famille. Son interprétation est nuancée : elle saisit à la fois la brutalité d’un homme qui a passé des années derrière les barreaux et la vulnérabilité de quelqu’un confronté à sa propre mortalité. Beckinsale, elle aussi, donne à Maxine une complexité à plusieurs facettes : son personnage n’est ni entièrement irréprochable ni véritablement condamnable, mais une femme tiraillée entre la peur et le pardon.

Le scénario de Mark Bacci peine toutefois à tenir ses promesses. Le premier acte esquisse une exploration touchante des liens familiaux, mais le deuxième bifurque brusquement vers le thriller lorsque l’ex-mari violent de Maxine (Tyson Ritter) refait surface. Cette nouvelle dimension d’action paraît déconnectée du cœur émotionnel du film. Le virage affaiblit les thèmes plus subtils du pardon et de la rédemption, auxquels se substituent des affrontements prévisibles et une tension artificielle.

Les seconds rôles, parmi lesquels Christopher Convery dans celui d’Ezra, le fils de Maxine, et Ernie Hudson en Hank, un voisin compatissant, donnent de l’épaisseur au récit, mais leurs personnages sont souvent relégués au second plan par le rythme erratique du film. Convery, notamment, insuffle une énergie juvénile à Ezra et apporte quelques respirations au milieu du drame. Son personnage manque toutefois de développement, et son évolution n’a guère l’occasion de s’affirmer ou de produire un véritable effet.

La réalisation de Hardwicke peine à harmoniser les changements de ton, et le récit en ressort inégal dans son rythme comme dans son atmosphère. Le premier acte, lent et posé, se concentre sur les tentatives de Max pour renouer avec sa famille et sur les conséquences émotionnelles de ses actes passés. Le deuxième enchaîne cependant les confrontations musclées, qui détonnent dans un récit par ailleurs introspectif.

Sur le plan visuel, Prisoner’s Daughter est réalisé avec sérieux, Hardwicke ayant recours aux gros plans pour souligner le tourment de ses personnages. Ces moments sont toutefois desservis par une musique mélodramatique et des dialogues appuyés, qui conviendraient davantage à un feuilleton télévisé qu’au cinéma. La photographie remplit sa fonction sans se distinguer et ne parvient pas à élever le matériau au-dessus de ses accents de soap opera.

Les thèmes du film — la famille, le pardon et la rédemption — sont indéniablement pertinents, mais ils se retrouvent enfouis sous une accumulation de clichés et de faux pas narratifs. Le récit explore la complexité des relations humaines, en particulier les liens tendus entre parents et enfants, mais il s’en remet souvent à des ficelles prévisibles au lieu d’en approfondir les nuances.

Prisoner’s Daughter voudrait avoir le beurre et l’argent du beurre. Le film aspire à être un drame émouvant sur la rédemption et la famille, tout en se rêvant thriller, avec son lot d’affrontements spectaculaires. Il en résulte un récit tiraillé entre deux genres, qui ne s’engage jamais pleinement dans l’un ou dans l’autre.

Au bout du compte, Prisoner’s Daughter devrait toucher les spectateurs qui apprécient les récits mélodramatiques de rédemption et de conflits familiaux. Le film ne parvient cependant pas à proposer une exploration véritablement prenante de ses thèmes, freiné par un scénario peu inspiré et une réalisation inégale.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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