Cinéma

97 Minutes : un compte à rebours sans véritable tension dramatique

Susan Hill
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Le premier plan de 97 Minutes donne à voir un compte à rebours implacable : il reste 97 minutes avant que le Boeing 767 détourné ne s’écrase. L’accroche fonctionne et le réalisateur Timo Vuorensola l’exploite avec un réel sentiment d’urgence. Mais c’est aussi le talon d’Achille du film : un compte à rebours ne suffit pas à créer un drame captivant si rien d’autre n’est en jeu.

Le point de départ est familier : un thriller à suspense à bord d’un avion transportant une bombe nucléaire, tandis que la NSA débat de l’opportunité de l’abattre — Hawkins, interprété par Alec Baldwin, y est favorable, contrairement à Toyin, incarnée par Jo Martin. Les meilleurs moments du film naissent de cette opposition : Baldwin, dans toute sa fougue, crève l’écran en responsable d’agence moralement douteux, tandis que MyAnna Buring donne une véritable assise émotionnelle au récit dans le rôle de Kim, médecin à bord de l’avion. Mais là où Non-Stop ou Plane parvenaient à approfondir le suspense grâce à leurs personnages, 97 Minutes peine à suivre. Le scénario, écrit par Pavan Grover, lance de fausses pistes — comme Alex, le personnage de Jonathan Rhys Meyers, agent infiltré aux motivations douteuses — avant de les laisser de côté. L’intrigue autour de la bombe nucléaire arrive trop tard pour prendre de l’ampleur, et le dénouement — Alex change d’avis à la dernière minute — ressemble davantage à une facilité scénaristique qu’à une résolution méritée.

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Les interprétations sont solides, mais dépassent rarement les attentes du genre. Meyers est convaincant dans le rôle principal, moralement ambigu, mais Baldwin vole la vedette dans chacune de ses scènes, même si l’évolution de son personnage est prévisible. Buring apporte chaleur et urgence à son rôle, mais reste longtemps reléguée au second plan. Les seconds rôles — notamment Jo Martin dans celui de Toyin et Davor Tomić dans celui de Marko — ont peu à faire, hormis exposer les éléments de l’intrigue.

Sur le plan visuel, le film est maîtrisé, sans rien de remarquable. Vuorensola et le directeur de la photographie Konstantin Freyer misent largement sur des gros plans étouffants et une caméra tremblante pendant les scènes d’action : de quoi accentuer la tension, sans apporter beaucoup d’originalité. Le travail du son est efficace — notamment le grondement constant des moteurs de l’avion —, mais la musique ne laisse pas de souvenir.

C’est dans son rythme que 97 Minutes trébuche le plus. Le film avance par à-coups, fait surgir des conflits pour les abandonner quelques minutes plus tard. Un missile tiré en plein vol manque sa cible, mais touche un autre avion : un événement qui devrait avoir un poids émotionnel, que le film évacue pourtant sans s’attarder sur ses conséquences. Cette incapacité du scénario à maintenir son élan revient régulièrement : des éléments essentiels de l’intrigue apparaissent, puis sont vite laissés de côté.

Sur le fond, 97 Minutes tente d’aborder le sacrifice, la confiance et l’ambiguïté morale, mais ne creuse jamais assez ces thèmes pour leur donner une véritable résonance. Le dilemme central — abattre l’avion ou tenter de le faire atterrir — est convaincant sur le papier, mais son traitement manque de nuances. Hawkins, le personnage de Baldwin, incarne la figure classique de l’autorité qui déraille, tandis que Toyin représente la voix de la raison ; leur débat manque toutefois de profondeur.

Le film est court — 97 minutes, comme il se doit —, mais ne laisse pas assez de place au développement des personnages ni à une véritable conclusion émotionnelle. Ses problèmes de rythme sont accentués par son recours aux ficelles du genre — avion détourné, compte à rebours, menace nucléaire — sans rien apporter de neuf. La réalisation de Vuorensola est fonctionnelle, mais elle n’a pas le panache d’un cinéaste comme Fincher, capable de sublimer un matériau comparable par des images saisissantes et un montage au cordeau.

L’histoire de la production apporte un éclairage supplémentaire. Alec Baldwin tournait à Alton, dans le Hampshire, le 9 février 2022, quelques mois seulement après la mort tragique de la directrice de la photographie Halyna Hutchins sur le tournage de son précédent film, Rust. Sa présence rappelle le poids qu’il porte en tant qu’acteur et, malgré une interprétation qui s’impose, le scénario ne semble pas exploiter pleinement toute l’étendue de son registre. Le film a été tourné en seulement 18 jours, ce qui peut expliquer son rythme parfois précipité et ses personnages insuffisamment développés.

97 Minutes se regarde avec plaisir si l’on apprécie les thrillers formatés, mais manque de profondeur et d’originalité pour se démarquer dans un genre déjà très fréquenté. Les interprétations sont solides, en particulier celle de Baldwin, qui crève l’écran dans le rôle de Hawkins, mais les faiblesses du scénario freinent le film. La réalisation de Vuorensola est maîtrisée, sans inspiration particulière, et son recours aux codes du genre sans rien leur apporter de neuf donne le sentiment d’une occasion manquée.

Sa stratégie de sortie — une exploitation limitée en salles, suivie d’une mise à disposition en streaming sur Hulu et Prime Video — laisse penser que ses créateurs ne s’attendaient pas à en faire un succès au box-office. Et, sans être un chef-d’œuvre de cinéma, 97 Minutes propose quelques moments palpitants et des interprétations solides qui valent le détour pour les amateurs du genre.

Au bout du compte, 97 Minutes veut en faire trop en trop peu de temps. Ce thriller convenable compte quelques interprétations marquantes, mais ses problèmes de rythme et son recours aux ficelles du genre l’empêchent d’exprimer tout son potentiel.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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