Cinéma

The Boogeyman : un début atmosphérique qui s’essouffle dans un récit trop chargé

Molly Se-kyung
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Le couloir s’étire dans l’obscurité, tandis que la caméra le parcourt et que des ombres vacillent aux bords du cadre. Ce plan d’ouverture de The Boogeyman (2023), réalisé par Rob Savage, installe une atmosphère glaçante et annonce une plongée dans l’horreur surnaturelle, sur fond de deuil familial. Pourtant, malgré ces débuts prometteurs, le film peine à maintenir cette tension tout au long d’un récit qui s’étire en longueur.

Adapté de la nouvelle éponyme de 1973 de Stephen King, The Boogeyman suit les sœurs Harper, Sadie (Sophie Thatcher) et Sawyer (Vivien Lyra Blair), confrontées à la mort tragique de leur mère et à une entité malveillante qui rôde dans leur maison. Le film développe considérablement le matériau d’origine de King, étirant un récit concis jusqu’à en faire un long métrage d’horreur. Cette expansion paraît toutefois superflue : le rythme s’alourdit sous le poids de sous-intrigues et d’histoires personnelles qui contribuent peu à renforcer l’horreur au cœur du film.

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Sophie Thatcher livre une prestation remarquable dans le rôle de Sadie Harper. Son interprétation d’une adolescente endeuillée mêle une angoisse crédible à une peur palpable, faisant d’elle un point d’ancrage convaincant pour le récit. Thatcher excelle dans le rôle de l’adolescente renfrognée, qui pourrait facilement virer à la caricature, mais reste ici tout en nuances. Vivien Lyra Blair est tout aussi impressionnante en Sawyer : sa vulnérabilité enfantine intensifie les frayeurs et apporte une vraie profondeur émotionnelle au conflit central du film. Chris Messina incarne avec justesse leur père endeuillé, Will Harper, mais son personnage est sous-exploité. Il manque de relief et se réduit au cliché du parent distrait, incapable de voir le danger auquel ses enfants sont exposés avant qu’il ne soit presque trop tard.

La photographie et le montage sont les principaux atouts du film. Savage joue avec des angles de caméra inventifs et des coupes rapides pour faire monter la tension, en particulier dans les scènes où le croque-mitaine rôde juste hors champ. Le travail sur le son mérite aussi d’être souligné : de subtils craquements et des chuchotements composent une atmosphère inquiétante. Ces choix techniques se conjuguent pour créer de véritables moments d’effroi, mais ils sont trop rares et trop espacés.

L’une des scènes les plus efficaces du film montre Sadie qui explore le grenier. La caméra s’attarde sur les recoins poussiéreux et les cachettes dissimulées, tandis que la tension monte : elle entend de faibles chuchotements et voit des ombres bouger. Cette séquence témoigne du talent de Savage pour créer une atmosphère et du suspense sans recourir à des effets faciles. Mais ces éclairs de maîtrise sont affaiblis par un scénario qui s’appuie trop sur les sursauts et les rebondissements prévisibles.

The Boogeyman est en proie à une crise d’identité. Le film tente de conjuguer horreur psychologique et thriller surnaturel, sans jamais s’engager pleinement dans l’une ou l’autre voie. L’exploration du deuil et des traumatismes familiaux est intéressante, mais reste trop peu développée. Ni le nom de King ni la peur instinctive associée à la légende du croque-mitaine ne peuvent pallier les faiblesses de sa construction.

Le thème central de The Boogeyman — le deuil comme déclencheur d’une terreur surnaturelle — aurait mérité d’être creusé davantage. La tristesse des sœurs après la mort de leur mère constitue un ressort de l’intrigue, mais le film n’explore jamais vraiment la manière dont ce deuil se manifeste dans leur vie, au-delà de l’explication commode selon laquelle le croque-mitaine s’en prend à elles. Cette occasion manquée laisse le cœur émotionnel du récit à la surface.

Les problèmes de rythme du film sont particulièrement sensibles dans sa durée. Avec ses 108 minutes, The Boogeyman paraît trop long, et plusieurs scènes n’apportent presque rien au récit principal. La première demi-heure est ramassée et tendue, mais le film perd rapidement son élan en introduisant des sous-intrigues et des histoires personnelles qui semblent plaquées. Cet étirement de la nouvelle de King ne répond à aucun objectif évident, si ce n’est de remplir la durée, et donne au film une impression de dispersion et de manque de direction.

Malgré ses défauts, The Boogeyman connaît de véritables moments de grâce. La photographie est souvent superbe, Savage jouant sur la lumière et les ombres pour installer une angoisse sourde. Les interprétations de Thatcher et Blair sortent du lot et apportent une profondeur émotionnelle à ce qui aurait pu n’être qu’un film d’horreur sans ambition. Enfin, le travail sur le son est remarquable : de subtils indices sonores font monter la tension et maintiennent le public sur le qui-vive.

Au bout du compte, The Boogeyman est une occasion manquée. Le film réunit tous les ingrédients d’un grand film d’horreur — un point de départ captivant, des interprétations solides et une réalisation technique impressionnante —, mais ne parvient pas à les assembler de façon cohérente. Sa durée excessive et son recours aux sursauts faciles gâchent son potentiel : le récit ressemble davantage à un assemblage de morceaux disparates qu’à un tout harmonieux.

Les amateurs d’adaptations de Stephen King ou d’horreur surnaturelle pourront tout de même trouver quelques frissons dans The Boogeyman, mais le film est loin d’être incontournable.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

  • Vivien Lyra Blair — Sawyer Harper

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