Cinéma

Kirill Sokolov plonge Zazie Beetz et Patricia Arquette dans une horreur de secte à Manhattan

Kirill Sokolov, le réalisateur russe de Why Don't You Just Die! qui s'est fait un nom dans la comédie noire de huis clos, monte sa première horreur de studio autour de Zazie Beetz, Myha'la et Patricia Arquette dans un immeuble de Manhattan à la silhouette de Rosemary's Baby
Penelope H. Fritz

La gouvernante répond à une annonce. L’immeuble est un gratte-ciel new-yorkais doté d’un conseil syndical qui se prend pour une charte. Des locataires disparaissent depuis des années, et la femme qui vient de prendre le poste est la seule personne dans le hall à ne pas le savoir encore. They Will Kill You s’ouvre sur une situation d’horreur d’immeuble manhattanienne si rabâchée que le public l’a déjà rencontrée, et cette reconnaissance est le dispositif contre lequel le film est construit.

Kirill Sokolov n’est pas le réalisateur évident pour cette prémisse. Il est arrivé par une comédie noire russe de huis clos, Why Don’t You Just Die!, qui faisait d’un seul salon une routine de carnage à quatre, puis a tourné en circuit de festivals qui suit un premier film que personne ne pouvait refaire. They Will Kill You est le premier long métrage qu’il bâtit en dehors de ce registre et en dehors de la Russie. Le casting est la seconde partie de l’argument. Mettre Zazie Beetz, Myha’la et Patricia Arquette dans un cadre en forme de Rosemary’s Baby est le pari d’une production qui pense que le banc de la télévision de prestige peut entrer dans un thriller de secte satanique manhattanien sans se faire mâcher par le poids du titre. La bande-annonce est sortie. Le pari devient-il un film ou reste-t-il un logline porté par la campagne : c’est la question ouverte.

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Zazie Beetz incarne Asia Reaves, la gouvernante qui franchit le portail. Beetz a été le centre calme d’une longue série d’ensembles, la tête froide d’Atlanta, la gagnante du loto dans Bullet Train, l’amie dont les décisions tenaient debout dans Joker, et le casting commerce avec la fiabilité de ce registre. La prémisse dépend du public faisant confiance à Asia comme lectrice de la pièce avant que le film ne cesse de lui faire confiance. Myha’la joue Maria Reaves, sa sœur, et amène la seconde exportation de la télévision de prestige dans l’immeuble. Son travail dans Industry portait sur une jeune professionnelle qui survit à l’intérieur d’une institution hostile, et elle porte la même grammaire de scan-et-survie dans la secte, qui est, à sa façon, une institution. Patricia Arquette prend Lily Woodhouse, la matriarche de l’immeuble et le casting le plus chargé du film. Arquette a passé le dernier cycle de sa carrière à construire des personnages dont la menace est intérieure, le calme de qui sait ce qui va arriver et a choisi de ne pas l’arrêter. Paterson Joseph joue Ray Woodhouse et Heather Graham, Sharon ; tous deux ferment le bloc des acteurs principaux crédités.

Sokolov travaille une méthodologie, pas un genre. Le fil entre son film précédent et celui-ci est la conviction que l’horreur, l’action et la comédie sont des marques de registre et non des films séparés, et qu’une même scène peut glisser de l’une à l’autre dans un seul montage. TMDB liste They Will Kill You comme Action, Comédie, Horreur, dans cet ordre. La trichotomie n’est pas un compromis marketing. C’est ce que fait le réalisateur. La question que pose le film avant d’être vraiment sorti est de savoir si cette même trichotomie survit à la traduction de la cadence indé russe à une production de studio avec un titre de genre américain et un casting qui coûte du vrai argent. Le mécanisme qui faisait fonctionner son premier film, l’espace réduit, les plans longs, le dialogue qui basculait en violence dans un seul cut, devient plus dur à tenir à l’échelle.

Ce que They Will Kill You ne résout pas, sur la base de ce qui a été montré, est ce dont il hérite. La lignée du gratte-ciel manhattanien à secte satanique est l’une des veines les plus travaillées de l’horreur de studio. Rosemary’s Baby, The Sentinel, la récente Apartment 7A ont pris la même adresse et en ont sorti des films différents. Chacun se définissait en partie par ce qu’il faisait avec une structure que le public reconnaissait déjà. La bande-annonce de They Will Kill You ouvre sur des images de menace dans les couloirs plutôt que sur la façade de l’immeuble, choix qui suggère que le film s’intéresse plus aux habitants qu’à l’adresse. C’est une position cohérente. C’est aussi la plus dure. Le dispositif secte-comme-conseil-syndical ne fonctionne que si les habitants sont dessinés avec plus d’intériorité que l’horreur n’en accorde habituellement à ses seconds rôles. Que le scénario livre cela, ou que les habitants redeviennent des types reconnaissables, est la question que la campagne n’a pas encore tranchée.

Le mélange de genres est aussi le pari commercial. Les registres d’action et de comédie dans le travail antérieur de Sokolov tiraient un public croisé vers un film qui, en lecture stricte d’horreur, aurait pu rester dans le circuit des festivals. They Will Kill You arrive dans une économie de salle plus large qui, ces derniers cycles, a récompensé l’horreur dotée d’ossature comique. Talk to Me, Late Night with the Devil, la séquence Smile ont confirmé la voie. Que la voie reste ouverte pour un film qui prend la cadence de huis clos d’un cinéaste indé russe et essaie de la loger dans un budget de casting de studio : c’est le test. La liste d’acteurs dit que le studio pense que la cadence tient. Le film précédent du réalisateur dit qu’elle peut.

Les acteurs principaux crédités sont Zazie Beetz, Myha’la, Patricia Arquette, Paterson Joseph et Heather Graham. They Will Kill You dure quatre-vingt-quatorze minutes.

Le film sort en France et en Belgique le 25 mars 2026, s’étend dès le lendemain à l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas, le Brésil, le Mexique, l’Argentine et d’autres territoires latino-américains, et arrive aux États-Unis et au Royaume-Uni le 27 mars 2026. La sortie japonaise est fixée au 8 mai 2026.

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