Cinéma

Honor Society transforme la comédie lycéenne en fable impitoyable sur l’ambition

Oran Zegman signe une satire scolaire portée par une Angourie Rice éblouissante.
Martha O'Hara
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Honor Rose (Angourie Rice) n’a qu’une idée en tête : intégrer Harvard. Pour y parvenir, elle doit d’abord obtenir la recommandation de son conseiller d’orientation, Mr. Calvin (Christopher Mintz-Plasse), et elle est prête à tout pour l’obtenir. Honor Society (2022), réalisé par Oran Zegman, est une comédie adolescente qui prend un virage inattendu vers le noir avec son héroïne machiavélique.

L’intrigue suit Honor tandis qu’elle échafaude un plan pour éliminer méthodiquement ses trois principaux concurrents académiques : Michael Dipnicky (Gaten Matarazzo), Travis Biggins et Kennedy Park. Mais lorsqu’elle tombe amoureuse de Michael, celui qu’elle croyait être son adversaire le plus redoutable, ses plans soigneusement échafaudés se compliquent sérieusement.

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Le film joue habilement avec les codes de la comédie adolescente, mais y injecte une dose de cynisme qui le distingue. Les scènes où Honor manipule ses adversaires sont particulièrement efficaces : elle avance ses pions avec un aplomb froid qui tranche avec le ton généralement inoffensif du genre.

Cependant, le film vacille parfois sous le poids de sa propre ambition. Certains rebondissements sentimentaux manquent de crédibilité, et l’équilibre entre comédie et drame n’est pas toujours maîtrisé. La relation amoureuse entre Honor et Michael, bien que touchante, semble par moments un peu forcée, comme si le scénario avait besoin d’un ressort romantique pour adoucir une héroïne autrement impitoyable.

Les performances sont inégales mais globalement solides. Angourie Rice incarne avec justesse une adolescente ambitieuse et sans scrupules, tandis que Gaten Matarazzo apporte une vulnérabilité bienvenue face à elle. Christopher Mintz-Plasse, dans le rôle de Mr. Calvin, vole la vedette avec un humour sarcastique et des répliques cinglantes. Autour d’eux, des seconds rôles comme Kelcey Mawema ou Ben Jackson Walker étoffent la galerie de camarades d’Honor sans jamais voler la vedette au trio principal.

Oran Zegman montre un vrai talent pour les dialogues percutants et les situations absurdes, mais le film aurait gagné à être plus cohérent dans sa tonalité : certaines séquences sont hilarantes, d’autres, comme la résolution finale du plan d’Honor, tombent un peu à plat.

Honor Society est une comédie adolescente qui ose sortir des sentiers battus, même si elle peine parfois à trouver son équilibre. Le film, sorti sur Paramount+ le 29 juillet 2022, a été bien accueilli par la critique, avec des éloges particuliers pour les performances de Rice, Matarazzo et Mintz-Plasse. La réception critique a surtout retenu l’équilibre entre légèreté potache et noirceur assumée ; certains ont même parlé d’une comédie lycéenne étonnamment sombre sous ses airs de teen movie classique.

La bande originale, plutôt courte, s’articule surtout autour du morceau-titre, « Honor On A Mission », qui capture bien l’énergie et la détermination du personnage principal sans jamais écraser les scènes qu’il accompagne.

Le film explore également des thèmes intéressants, comme la pression académique et la compétition entre pairs. Il ne se contente pas de se moquer des étudiants ambitieux : il examine aussi les conséquences de leurs actions et les dilemmes moraux auxquels ils sont confrontés, notamment lorsque Honor doit choisir entre sa stratégie et ses sentiments naissants pour Michael. Ce basculement, plus que les mécaniques du complot lui-même, est ce qui donne au film sa vraie épaisseur émotionnelle.

Les objets qui décorent la chambre et le casier d’Honor, livres et affiches aux échos machiavéliques, fonctionnent comme un rappel constant de son obsession, un détail simple mais efficace que le film reprend sans jamais trop insister dessus.

Honor Society respecte largement son postulat de départ : elle montre que, dans certains lycées, la course aux grandes universités peut transformer l’ambition en jeu de pouvoir presque théâtral, porté par un trio d’acteurs qui rend cette bascule crédible.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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