Cinéma

Seasons : une vision rafraîchissante de l’amitié qui se transforme en amour

Veronica Loop
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Dès le premier plan de Seasons (2023), la caméra s’attarde sur Charlie, le personnage de Lovi Poe : nerveuse, elle fait glisser ses doigts le long du bord de sa tasse de café tout en observant Kurt, joué par Carlo Aquino, de l’autre côté du café. Un instant chargé de tension retenue, qui laisse présager une relation dépassant le cadre de l’amitié. Réalisé par Easy Ferrer, ce drame romantique reprend une trame familière — deux meilleurs amis qui avancent ensemble dans les méandres de l’amour et de la vie — et lui insuffle suffisamment de cœur et d’alchimie pour lui donner un souffle nouveau.

Le film suit Charlie et Kurt, deux meilleurs amis qui, après une série d’échecs amoureux, décident de tenter leur chance et de se remettre en quête de l’amour. Le pacte qu’ils concluent — se soutenir dans leurs aventures sentimentales — ouvre la voie à un récit tour à tour tendre et douloureux, tandis que leurs propres sentiments commencent à émerger. Poe et Aquino portent le film avec des interprétations à la fois justes et captivantes. Poe donne à Charlie une intensité discrète, équilibrant avec finesse la vulnérabilité et la force de son personnage. Aquino, de son côté, prête à Kurt un charme décontracté qui rend son parcours émotionnel d’autant plus prenant.

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La réalisation de Ferrer se distingue par sa maîtrise et sa sobriété, laissant toute leur place aux interprètes et au scénario. La scène du café, par exemple, est un modèle de jeu tout en retenue et de dialogues naturels. L’alchimie entre Poe et Aquino est palpable : leurs échanges, pleins de chaleur et d’authenticité, rendent crédible l’éclosion de leur romance. Les seconds rôles, parmi lesquels Sarah Edwards, Jolo Estrada et Casie Banks, enrichissent le récit, chacun apportant sa propre couleur.

Seasons n’est toutefois pas exempt de défauts. Le rythme manque parfois de régularité, et certaines intrigues secondaires — en particulier celles qui concernent les personnages secondaires — semblent précipitées ou insuffisamment développées. Le dénouement est satisfaisant, mais le film aurait pu explorer avec davantage de nuances les conséquences émotionnelles du choix de Charlie et Kurt de donner une chance à leur relation. Enfin, la bande originale remplit son office, sans éviter pour autant quelques accents génériques ; elle laisse parfois passer l’occasion de donner plus d’ampleur à des moments clés grâce à des choix musicaux plus évocateurs.

Cela dit, Seasons réussit là où l’essentiel se joue : dans sa manière de dépeindre l’amour, l’amitié et le courage de prendre des risques. Le film de Ferrer témoigne de la force d’interprétations solides et d’un scénario bien construit. Les thèmes de la découverte de soi et de la vulnérabilité émotionnelle sont abordés avec sensibilité, faisant de ce film un récit auquel pourra s’identifier quiconque s’est déjà interrogé sur la complexité des relations contemporaines.

La force du film tient à sa capacité à faire cohabiter humour et chagrin. Des scènes comme celle où Charlie et Kurt tentent maladroitement de s’en sortir lors d’un double rendez-vous sont à la fois drôles et touchantes, et mettent en lumière les nuances de leur amitié. Les personnages secondaires, même s’ils auraient mérité d’être davantage étoffés, servent de précieux miroirs au parcours des protagonistes. Le personnage d’Edwards, par exemple, offre un contraste marqué avec la prudence de Charlie en amour, tandis que Hans, incarné par Estrada, apporte un autre regard sur l’engagement et le sacrifice.

La réalisation de Ferrer se caractérise par sa retenue. Il laisse le récit respirer, sans précipiter les moments chargés d’émotion ni forcer la romance. La photographie, discrète mais efficace, s’appuie sur la lumière naturelle et des compositions simples pour souligner l’intimité des échanges entre les personnages. Le cadre du film — une ville animée, à la fois familière et nouvelle — ajoute une autre touche d’authenticité et ancre l’histoire dans un univers que le public peut aisément reconnaître.

Sans révolutionner le genre, la bande originale accompagne bien le ton du film. Elle évite l’écueil d’une musique trop sentimentale ou envahissante et privilégie plutôt des morceaux subtils et atmosphériques, qui renforcent l’émotion de certaines scènes clés. Il arrive cependant qu’un choix musical plus singulier aurait pu accentuer l’impact du film, notamment dans les scènes culminantes.

Seasons touchera surtout les spectateurs qui aiment les romances qui prennent leur temps et les récits portés par leurs personnages. Ici, pas de gestes grandioses ni de déclarations d’amour enflammées : le film s’attache plutôt aux petits moments du quotidien qui façonnent une relation. Les interprétations de Poe et Aquino sont au cœur du récit ; leur alchimie et leur profondeur émotionnelle rendent le film captivant du début à la fin.

Par rapport à d’autres drames romantiques récents, Seasons se démarque par son authenticité et sa retenue. Là où certains films du genre misent sur le mélodrame ou les rebondissements outranciers, Ferrer adopte une approche plus mesurée et réaliste. Seasons s’écarte ainsi avec fraîcheur des codes habituels de la comédie romantique et propose plutôt une exploration nuancée de l’amour et de l’amitié.

Les thèmes du film sont universels, ce qui le rend accessible à un large public. Que l’on soit jeune adulte et que l’on découvre sa première relation sérieuse, ou romantique aguerri en quête d’une histoire qui sonne juste, Seasons a quelque chose à offrir. C’est un film sur la prise de risque, les peurs à affronter et l’amour que l’on trouve là où on ne l’attend pas.

Au final, Seasons est un drame romantique charmant et sincère, porté par de solides interprétations et un scénario bien construit.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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