Cinéma

Élémentaire : une étincelle de la gloire passée de Pixar

Molly Se-kyung
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Le plan d’ouverture d’« Élémentaire » s’attarde sur les flammes vacillantes d’Ember, une métaphore visuelle qui promet davantage qu’elle ne tient. Réalisé par Peter Sohn, ce film Pixar se déroule à Element City, où cohabitent des êtres anthropomorphes incarnant le feu, l’eau, la terre et l’air. Ember (Leah Lewis), une jeune femme au tempérament de feu qui travaille dans l’établissement familial, rencontre Wade (Mamoudou Athie), un élément aquatique décontracté. Une romance s’amorce alors, au cœur du film.

À son meilleur, « Élémentaire » retrouve le charme des récits classiques de Pixar. La construction de son univers est inventive : chaque type d’élément est conçu pour refléter ses propriétés naturelles, les mouvements fluides de Wade contrastant avec les angles acérés d’Ember. Leah Lewis brille dans le rôle d’Ember, notamment lorsque son tempérament de feu se heurte aux attentes prosaïques de son travail ; cette tension donne à l’émotion du film un ancrage solide. Mamoudou Athie insuffle à Wade une chaleur nonchalante qui rend leur alchimie palpable.

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Mais « Élémentaire » trébuche dans sa mise en œuvre. Colorée, sa facture visuelle paraît moins novatrice que celle des précédents films de Pixar. La ville, foisonnante de détails, n’a pas le caractère singulier de décors comme ceux de « Coco » ou de « Soul ». Le récit, prévisible, s’appuie largement sur la vieille recette des contraires qui s’attirent. Cette impression de déjà-vu est renforcée par un scénario qui privilégie souvent l’humour appuyé à la subtilité : les pitreries étourdies de Gale (Wendi McLendon-Covey), par exemple, tombent à plat.

Le film tente d’aborder des thèmes plus profonds, comme le poids des attentes familiales, et l’intention est louable, mais le sujet reste peu développé. Le conflit d’Ember avec l’héritage de sa famille est posé sans être pleinement exploré, si bien que les moments d’émotion semblent précipités. Les seconds rôles, parmi lesquels Catherine O’Hara en Brook et Ronnie del Carmen en Bernie, apportent de la profondeur, mais passent au second plan derrière la romance centrale.

Au bout du compte, « Élémentaire » pâtit d’un manque d’originalité qui touche nombre des récents films de Pixar. C’est un ajout tout à fait correct, mais peu mémorable, au catalogue du studio. Le film a de bonnes intentions, mais ne parvient pas à faire jaillir l’étincelle d’innovation qui caractérise Pixar à son meilleur.

La prestation de Leah Lewis dans le rôle d’Ember est le point fort du film. Elle incarne avec nuance et justesse une jeune femme tiraillée entre sa passion ardente et les limites imposées par les attentes de sa famille. Son interprétation donne à Ember une profondeur qui la distingue des héroïnes habituelles de comédies romantiques animées. Mamoudou Athie livre lui aussi une prestation pleine de charme en Wade : son naturel décontracté contrebalance parfaitement l’intensité d’Ember.

La réalisation de Peter Sohn est solide, sans être remarquable. Connu pour son travail sur « The Good Dinosaur », Sohn tient fermement la barre et veille à la fluidité de l’animation comme à la régularité du rythme. Il lui manque toutefois la singularité visuelle qui distingue les meilleurs cinéastes de Pixar. Techniquement maîtrisée, l’animation paraît souvent générique et ne parvient pas à faire émerger l’esthétique unique des films les plus marquants du studio.

« Élémentaire » est une comédie romantique familiale qui séduira surtout le jeune public et les fans les plus fidèles de Pixar. Les thèmes de l’amour, de l’acceptation et des difficultés liées au passage à l’âge adulte sont universels, ce qui rend le film accessible à tous les âges. En revanche, les spectateurs en quête d’un film d’animation plus sophistiqué ou original risquent d’être déçus.

La bande originale composée par Thomas Newman compte parmi les grandes réussites du film. Sa musique accompagne efficacement les hauts et les bas émotionnels du récit et donne aux scènes romantiques une ampleur cinématographique. Elle soutient avec force l’action à l’écran et rehausse même les séquences les plus ordinaires.

« Élémentaire » n’est pas dépourvu de moments de grâce. La première rencontre entre Ember et Wade sort du lot : l’étincelle de leur attirance y prend vie avec une énergie espiègle qui donne le ton de leur relation. De même, le climax, où Ember doit affronter ses peurs et accepter qui elle est vraiment, se révèle émouvant et bien mené.

Ces temps forts sont toutefois amoindris par le recours du film à des procédés et des clichés familiers. L’histoire d’une jeune femme de feu qui tombe amoureuse d’un élément aquatique décontracté a été racontée maintes fois, et « Élémentaire » n’apporte rien de neuf. Ses rebondissements prévisibles et sa structure convenue donnent davantage l’impression d’une reprise de recettes qui ont fait leurs preuves que d’une proposition fraîche et novatrice dans le genre.

En définitive, « Élémentaire » est un ajout plaisant, mais vite oublié, à l’impressionnant catalogue de Pixar. Il lui manque l’originalité et l’éclat visuel qui caractérisent les meilleurs films du studio, mais de solides interprétations et un récit sincère compensent ces faiblesses.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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