Cinéma

Carry-On : un thriller sous tension, malgré ses défauts

Anna Green
Ajoutez-nous sur Google

La scène d’ouverture de Carry-On montre un double homicide d’une brutalité glaçante, dont la violence tranche avec l’atmosphère festive de la veille de Noël qui s’installe ensuite. Ce grand écart de ton donne le coup d’envoi au thriller implacable de Jaume Collet-Serra, qui ne perd pas de temps pour poser les enjeux : Ethan Kopek (Taron Egerton), agent de la TSA, est contraint par un maître chanteur de laisser embarquer un agent neurotoxique à bord d’un avion. Le principe du film est simple, mais efficace — un jeu du chat et de la souris à haut risque, dans l’enceinte d’un terminal d’aéroport. C’est toutefois dans sa mise en œuvre que Carry-On trouve sa force : celle d’un thriller d’action captivant, malgré ses défauts.

Connu pour The Commuter et Jungle Cruise, Collet-Serra insuffle au film la tension qui caractérise son cinéma. Ses meilleurs moments sont les scènes d’action : les tentatives désespérées d’Ethan pour prévenir les autorités alors que le redoutable Voyageur (Jason Bateman) le surveille, la fouille qui s’étend à tout le terminal et dégénère en chaos, puis l’affrontement final dans les toilettes de l’aéroport. Ces séquences débordent d’énergie, portées par le talent de Collet-Serra pour orchestrer l’action dans des espaces confinés. Le cadrage serré et le montage rapide accentuent la sensation de claustrophobie : chaque confrontation paraît immédiate et urgente.

YouTube video

Le rythme du film est posé, ce qui laisse à la tension le temps de monter à mesure qu’Ethan se fraye un chemin dans le labyrinthe bureaucratique de la sécurité aéroportuaire. La réalisation de Collet-Serra est précise et s’appuie sur un parti pris visuel affirmé, qui souligne l’isolement du protagoniste. La caméra s’attarde souvent sur le visage d’Ethan et capte le désespoir dans son regard, tandis qu’il se débat avec des choix impossibles. Cette narration visuelle se révèle particulièrement efficace lorsqu’il tente d’alerter les autorités, mais se heurte à la surveillance à distance exercée par l’Observateur. Les gros plans et la caméra à l’épaule plongent le spectateur dans le point de vue d’Ethan et donnent à son combat une force viscérale, bien réelle.

Egerton s’investit pleinement dans le rôle d’Ethan et exprime avec une intensité palpable le désespoir et le dilemme moral de son personnage. Son interprétation laisse affleurer une vulnérabilité à vif, notamment lorsqu’Ethan se confronte à sa propre part de responsabilité dans la catastrophe en train de se produire. L’alchimie entre Egerton et Carson est manifeste et donne davantage de poids émotionnel aux enjeux. Dans le rôle du Voyageur, Bateman affiche un calme glaçant ; sa voix suinte la menace, même lorsqu’il donne des instructions en apparence anodines. Les seconds rôles, parmi lesquels Danielle Deadwyler en détective Elena Cole et Sofia Carson en Nora, la petite amie d’Ethan, apportent de l’épaisseur au récit. Deadwyler, en particulier, prête à son personnage une détermination inflexible et impose Cole comme une présence marquante, malgré un temps de présence limité à l’écran.

Carry-On n’est toutefois pas exempt de défauts. Le rythme connaît quelques ratés, surtout dans le deuxième acte, lorsque la tension retombe tandis qu’Ethan se heurte aux obstacles administratifs de la sécurité aéroportuaire. Certains rebondissements semblent forcés, en particulier la révélation des complices du Voyageur et de leurs motivations. L’Observateur (Theo Rossi), par exemple, fait son entrée tardivement, sans véritable préparation, et son rôle paraît alors plaqué sur l’intrigue plutôt que naturellement intégré au récit.

Les scènes d’action sont viscérales et bien chorégraphiées, mais la conception sonore affaiblit parfois la tension : la musique, trop envahissante, couvre des dialogues essentiels. La photographie est fonctionnelle, sans être remarquable, et s’en remet à la caméra à l’épaule pour traduire le chaos, plutôt qu’à une mise en scène visuelle plus inventive. Les comparaisons avec les précédents films de Collet-Serra sont inévitables. Si Carry-On partage des points communs avec The Commuter, il n’en a pas la narration resserrée, portée par les rebondissements.

Sur le plan thématique, Carry-On explore le climat de pression permanente propre à la culture sécuritaire contemporaine, où chaque décision compte et où le moindre faux pas peut avoir des conséquences catastrophiques. Le parcours d’Ethan est celui d’une rédemption : il cherche à surmonter les erreurs de son passé et à protéger ceux qu’il aime. Le cadre de la veille de Noël ajoute une touche d’ironie, en soulignant le décalage entre l’esprit de bienveillance associé aux fêtes et le pragmatisme impitoyable qu’impose la situation.

Carry-On est un film solide dans le registre du thriller d’action, porté par des interprétations convaincantes et le talent de Collet-Serra pour faire monter la tension. Mais les problèmes de rythme et certains rebondissements tirés par les cheveux le desservent. Le film devrait séduire les amateurs d’action à haut risque et de thrillers étouffants, mais ceux qui attendent des personnages plus fouillés ou une narration plus nuancée pourraient rester sur leur faim.

Dans le paysage très fréquenté des thrillers de Noël, Carry-On tire son épingle du jeu sans toutefois atteindre les sommets de classiques comme Die Hard ou The Fugitive. C’est un film d’action efficace et divertissant, qui tient sa promesse malgré quelques faux pas dans l’exécution. En donnant de l’épaisseur à son récit d’action, l’exploration de thèmes comme la rédemption et les pressions exercées par la culture sécuritaire contemporaine en fait un film stimulant pour les spectateurs sensibles à ces questions.

Les amateurs des précédents films de Collet-Serra retrouveront dans Carry-On ce qu’ils apprécient chez le réalisateur : une action tendue et étroitement chorégraphiée, dans des lieux du quotidien. Un terminal d’aéroport offre un terrain de jeu singulier à son goût pour les thrillers claustrophobes, et sa mise en scène demeure aussi assurée que jamais. En revanche, ceux qui espèrent une exploration plus nuancée des thèmes ou des personnages plus développés pourraient trouver Carry-On insuffisant.

Au bout du compte, Carry-On est un thriller d’action solide, quoique imparfait, qui tient sa promesse grâce à des interprétations fortes et à des scènes sous haute tension.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.