Cinéma

Air : un tir manqué entre comédie et drame

Martin Cid
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Le logo Nike, d’un blanc éclatant sur fond noir, ouvre Air, la comédie dramatique biographique de Ben Affleck consacrée à la rencontre improbable entre Michael Jordan, alors débutant, et la jeune division basketball de Nike, en 1984. Cette entrée en matière visuelle et audacieuse donne le ton d’un film qui entend renouveler notre regard sur le marketing sportif et son influence culturelle, à l’image de ce que son sujet a accompli dans les années 1980.

La mise en scène d’Affleck est dans l’ensemble solide, avec quelques scènes marquantes qui restituent l’esprit du sport dans les années 1980. Le film s’appuie largement sur son époque, comme une capsule temporelle qui jette un pont entre hier et aujourd’hui. En choisissant de s’intéresser aux coulisses économiques du sport plutôt qu’aux matchs, Affleck propose un angle rafraîchissant et singulier. Mais Air peine à trouver le juste équilibre entre comédie et drame. Certaines blagues tombent à plat et le rythme manque parfois de régularité.

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Le scénario d’Alex Convery trouve un bel équilibre entre comédie légère et drame tout aussi léger, un exercice difficile à réussir. Le film fait rire, mais son ancrage géographique à Portland, dans l’Oregon, où Nike avait son siège, lui confère une authenticité qui parle aux amateurs d’histoire du sport. Plutôt que de s’attarder sur les scènes de basket habituelles, il plonge dans les négociations en salle de réunion et les relations personnelles qui ont abouti à la création de la marque Air Jordan.

La distribution est remarquable. Matt Damon livre une interprétation nuancée de Sonny Vaccaro, le dirigeant de Nike qui a su déceler le potentiel de Michael Jordan. À la fois charmeur et sincère, il devient le cœur du film. Viola Davis brille dans le rôle de Deloris Jordan, avec une présence puissante qui ancre le récit dans une vérité émotionnelle. Les scènes qu’ils partagent sont électrisantes : Davis y compose un personnage à la fois autoritaire et vulnérable.

Jason Bateman, dans le rôle de Rob Strasser, et Chris Messina, dans celui de David Falk, apportent de l’épaisseur et de l’humour au récit. Affleck endosse lui-même le rôle de Phil Knight, auquel il prête une intensité discrète. Les retrouvailles de Damon et Affleck, après leurs collaborations sur Good Will Hunting et The Last Duel, donnent lieu à une alchimie palpable, pour le plus grand plaisir des admirateurs de leurs précédents films.

La distribution secondaire compte également Chris Tucker dans le rôle de Howard White et Damian Young dans celui de Michael Jordan. Tucker se distingue particulièrement et apporte une dose bienvenue de comédie à des négociations autrement tendues. L’interprétation de Michael Jordan par Young est respectueuse et restitue l’essence de la légende du basket, sans chercher à reproduire ses gestes ni sa voix.

La photographie de Robert Richardson, collaborateur de longue date de Martin Scorsese et Quentin Tarantino, constitue l’un des points forts du film. Son travail sur la lumière et la composition donne de la profondeur au récit et immerge le spectateur dans l’univers du marketing sportif des années 1980. Le travail sonore et la bande originale contribuent eux aussi largement à l’atmosphère, tandis que les choix musicaux restituent parfaitement l’époque.

Sur le plan thématique, Air explore le croisement du sport, de la culture et des affaires. Le film s’intéresse aux dimensions psychologiques, sociales et émotionnelles des personnages qui ont participé à la création de la marque Air Jordan. Il célèbre le pouvoir de la conviction et l’importance de prendre des risques, même quand tout semble perdu d’avance.

Pour une grande partie du public, la distribution de stars suffira à justifier le visionnage d’Air, et notamment les retrouvailles entre Damon et Affleck. Leur alchimie évidente donne une nouvelle ampleur au récit. Le film est une déclaration d’amour à Michael Jordan et à Nike, qui saisit l’essence de leur partenariat avec une tonalité à la fois nostalgique et novatrice.

Mais Air trébuche lorsqu’il tente de jouer sur les deux tableaux, entre comédie et drame. Certaines blagues tombent à plat et le rythme manque parfois de régularité. Le film ne parvient pas toujours à harmoniser ses registres, ce qui donne à certaines scènes un côté décousu, ou l’impression d’être trop peu développées et expédiées. Malgré ces défauts, il reste une exploration prenante et divertissante de l’un des partenariats les plus importants de l’histoire du sport.

Air est un film bien construit, porté par des interprétations solides et une histoire captivante. Il propose un regard singulier sur le marketing sportif et son influence culturelle, et s’impose comme un incontournable pour les amateurs d’histoire du sport et de drames sur le monde des affaires.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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