Cinéma

Breathe (2024) : Jennifer Hudson sauve ce que le scénario abandonne

Camille Lefèvre
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Breathe s’impose comme l’un de ces cas malheureux où la prémisse dépasse largement son exécution. Réalisé par Stefon Bristol — dont le premier long métrage sur Netflix, See You Yesterday (2019), avait révélé un cinéaste aux instincts de genre réels et à la sensibilité culturelle affirmée —, ce thriller de science-fiction postule un monde où le taux d’oxygène sur Terre a chuté à 5 %, contraignant l’humanité à vivre sous terre. Le terrain est fertile. Ce qui en pousse est considérablement moins intéressant.

L’histoire suit Maya (Jennifer Hudson) et sa fille Zora (Quvenzhané Wallis), deux survivantes vivant dans un bunker souterrain construit par Darius, le mari de Maya, porté disparu depuis des années. Leur réserve d’oxygène est limitée, leur monde est restreint, et leur fragile équilibre s’effondre lorsqu’un couple — interprété par Milla Jovovich et Common — se présente à leur porte en prétendant connaître le sort de Darius. Cette configuration aurait dû engendrer une angoisse claustrophobe, une ambiguïté morale et au moins une vraie surprise. Elle produit, au lieu de cela, une succession de clichés de genre assemblés avec compétence mais sans conviction.

Jennifer Hudson est la première raison de s’intéresser au film. Son Maya porte le poids émotionnel d’un thriller qui ne sait pas trop ce qu’il veut dire sur la survie, la confiance ou le sacrifice maternel. Hudson joue comme si elle était dans un meilleur film — physiquement engagée, émotionnellement précise — ce qui ne fait qu’accentuer la frustration lorsque le scénario ne lui offre rien à la hauteur de ses efforts. Quvenzhané Wallis, dix ans après sa nomination aux Oscars pour Les Bêtes du sud sauvage, apporte une résistance silencieuse à Zora, mais le personnage est tellement sous-écrit qu’il finit par être un dispositif narratif plutôt qu’une personne.

Milla Jovovich, dans le rôle de la menace ambiguë, travaille avec ce que le scénario lui offre — de l’ambiguïté sans texture, de la menace sans motif. Le film retarde à plusieurs reprises la révélation de l’identité réelle des intrus, pariant sur un suspense qu’il n’a pas su instaurer. Quand l’acte final arrive avec ses réponses, les enjeux se sont dissipés plutôt qu’accumulés.

La mise en scène de Bristol est compétente dans le cadrage et la construction des scènes, mais le film utilise rarement son environnement claustrophobe pour créer la pression qu’il promet. Une histoire se déroulant presque entièrement sous terre, dans des couloirs étroits et des pièces sombres, devrait générer une architecture d’inquiétude ; Breathe traite le décor comme un arrière-plan plutôt que comme une grammaire. La photographie atteint une obscurité visuelle constante sans faire de cette obscurité quelque chose de signifiant. Le montage maintient un rythme à mi-vitesse — trop lent pour une tension pure, trop précipité pour le développement des personnages.

Ce qui reste après le générique de fin, c’est l’impression d’une occasion manquée. La prémisse de l’apocalypse par manque d’oxygène possède un vrai poids métaphorique — un monde qui manque d’air parle de l’angoisse écologique d’une manière que le film n’explore jamais —, et un ensemble d’acteurs aussi compétents, avec Hudson en tête, disposait d’un potentiel réel. Que le matériau ne se hisse pas à leur niveau constitue la déception centrale de Breathe : un film qui va à travers les étapes d’un thriller de survie sans trouver sa propre raison d’exister.

Réalisation

Stefon Bristol
Photo via The Movie Database (TMDB)

Stefon Bristol

Photos : The Movie Database (TMDB)

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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