Cinéma

White Men Can’t Jump : un triomphe visuel plombé par un scénario faible

Susan Hill
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Le premier plan de White Men Can’t Jump s’attarde sur un terrain de basket usé, dont le bitume fissuré et les lignes effacées tranchent avec les néons de la ville en arrière-plan. La métaphore visuelle annonce avec justesse le propos du film : deux anciens rois du streetball, Jeremy (Jack Harlow) et Kamal (Sinqua Walls), tentent de retrouver leur gloire dans un monde qui a avancé sans eux. Mais, à l’image du terrain, ce remake du classique de Ron Shelton sorti en 1992 peine à trouver son équilibre.

Calmatic, réalisateur connu pour ses clips et la série Euphoria, apporte au projet un véritable sens de l’image, notamment dans les séquences de basket. Les ralentis sur les dribbles, les passes et les dunks sont impeccablement exécutés ; le directeur de la photographie Tommy Maddox-Upshaw capte la dimension physique du jeu avec une intensité presque poétique. La bande originale, composée par DJ Drama, mêle hip-hop et R&B dans un ensemble dynamique qui renforce l’énergie du film. C’est dans des scènes comme les matchs de streetball à haut risque à Los Angeles que le film donne le meilleur de lui-même, mettant en valeur le talent brut et la complicité de Harlow et Walls.

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Le récit peine toutefois à être à la hauteur de la virtuosité visuelle du film. Écrit par Kenya Barris et Doug Hall, le scénario manque de cohésion et n’a ni l’esprit acéré ni la portée sociale qui rendaient l’original si captivant. La réflexion du premier film sur la race, les classes sociales et le genre se réduit ici à des références superficielles, sans la profondeur ni les nuances qui lui avaient permis de toucher le public. Les relations entre les personnages, et notamment l’amitié entre Jeremy et Kamal, ne sont pas assez développées. Si Harlow et Walls affichent une complicité indéniable sur le terrain, leurs échanges en dehors manquent souvent de naturel et de conviction.

Le casting secondaire est inégal. Lance Reddick livre une prestation solide dans le rôle de Benji, mentor de Jeremy et Kamal, auquel il apporte une certaine gravité. Teyana Taylor et Laura Harrier sont charmantes dans les rôles d’Imani et de Tatiana, mais leurs personnages sont trop peu exploités. Les tentatives d’humour tombent souvent à plat, reposant sur des clichés éculés et des personnages sans épaisseur.

Le rythme pose également problème. Le film semble parfois précipité, passant à toute allure d’une scène spectaculaire à l’autre sans laisser de place à l’émotion ni au développement des personnages. Le dénouement, visuellement impressionnant, n’a ni le poids narratif ni l’intensité émotionnelle qui lui permettraient de pleinement convaincre.

Sur le fond, White Men Can’t Jump (2023) tente d’aborder les questions de race, d’identité et de rédemption, mais ne va finalement assez loin sur aucun de ces sujets. L’original traitait ces thèmes avec nuance et invitait à la réflexion ; ce remake se contente de les effleurer. Une occasion manquée, d’autant plus que ces débats n’ont jamais été aussi pertinents qu’aujourd’hui.

Le film peine aussi à trouver le ton juste. Il voudrait être à la fois une comédie et un drame, mais ne s’engage jamais pleinement dans l’un ou l’autre registre. L’humour est souvent gênant, tandis que les scènes dramatiques manquent de l’écho émotionnel nécessaire pour vraiment marquer. Cette incohérence de ton empêche de s’attacher aux personnages et de s’investir dans leur parcours.

En comparaison, le film original de 1992 avait une intention et une direction claires. Cette histoire centrée sur ses personnages faisait du basket la toile de fond d’une exploration de thèmes plus profonds. À l’inverse, le remake ressemble à une succession de morceaux de bravoure assemblés sans véritable fil narratif. C’est regrettable, car le potentiel était là. Avec un casting et un réalisateur aussi talentueux, White Men Can’t Jump (2023) aurait pu être un film à part.

Le film souffre aussi d’un manque d’originalité. Il cherche à actualiser l’histoire pour un public contemporain, mais donne souvent l’impression d’être une copie conforme de l’original. Les personnages, l’intrigue et même certains dialogues ont un air de déjà-vu troublant. On croirait que les cinéastes, trop soucieux de rendre hommage au premier film, ont oublié de s’approprier l’histoire.

Cela dit, White Men Can’t Jump (2023) compte aussi de vrais moments de grâce. Les séquences de basket sont incontestablement palpitantes, et la complicité entre Harlow et Walls est manifeste. Une scène, où les deux personnages s’affrontent dans un un-contre-un à haut risque, est particulièrement prenante. Elle témoigne du sens visuel du film et de l’engagement physique des acteurs.

Le film bénéficie également de son casting secondaire. Lance Reddick, en particulier, apporte une vraie gravité à son rôle de Benji. Son interprétation, tout en retenue, est efficace et donne de l’épaisseur à des personnages qui en manquent par ailleurs. Teyana Taylor et Laura Harrier se distinguent elles aussi, insufflant charme et présence à leurs rôles respectifs.

Malgré ses défauts, White Men Can’t Jump (2023) ne manque pas de qualités. Le film est visuellement éblouissant, porté par des séquences de basket palpitantes et un casting talentueux. Mais un scénario faible, des personnages insuffisamment développés et un manque d’originalité le desservent. Il rappelle combien l’exercice du remake est délicat : il faut trouver un équilibre subtil entre hommage à l’œuvre originale et apport de quelque chose de neuf. White Men Can’t Jump (2023) n’y parvient pas.

En définitive, White Men Can’t Jump (2023) est un film qui fait de son mieux, mais reste en deçà de son potentiel. C’est un régal pour les yeux, porté par quelques interprétations remarquables, mais desservi par un scénario faible et des personnages peu développés.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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