Cinéma

Jeepers Creepers: Reborn : la nostalgie prend le pas sur les frissons

Veronica Loop
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La première image de Jeepers Creepers: Reborn s’attarde sur le visage de Sydney Craven, qui serre contre elle un étrange artefact, le souffle visible dans l’air glacé. Ses yeux s’écarquillent, entre peur et fascination : un instant qui devrait entraîner le spectateur dans l’univers inquiétant du film. Pourtant, en quelques minutes, la tension se dissipe comme la brume sous le soleil de midi. Réalisé par Timo Vuorensola (Iron Sky), ce reboot de la série d’horreur culte de Victor Salva est un échec frustrant, un film qui gâche son potentiel à presque chaque détour.

Fidèle à la mythologie des premiers films Jeepers Creepers, Reborn suit Laine (Craven) et Chase (Imran Adams), un couple venu assister au festival Horror Hound, dans la campagne louisianaise. Laine commence à avoir des prémonitions liées à la légende urbaine du « Creeper », une créature monstrueuse qui se réveille tous les 23 ans pour se nourrir d’êtres humains. Le film tente de moderniser la franchise en installant son horreur dans le cadre d’une convention, mais cette approche méta se retourne contre lui. Au lieu d’enrichir la mythologie ou de renforcer les frissons, elle donne l’impression de vouloir exploiter maladroitement la nostalgie, sans rien apporter de substantiel.

Dans ce reboot de 2022, la mise en scène de Vuorensola ne retrouve pas l’angoisse qui s’installe peu à peu et faisait la force des films originaux de Salva. Le Creeper, interprété par Jarreau Benjamin, est dévoilé beaucoup trop tôt — dans les dix premières minutes — et ne retrouve jamais le mystère inquiétant de ses incarnations précédentes. Le jeu de Benjamin manque de relief et de ce charisme menaçant qui avait fait de la créature une icône mémorable de l’horreur. Le recours aux effets numériques ne fait qu’aggraver le problème : les effets pratiques, qui donnaient au Creeper original son charme grotesque, cèdent la place à des retouches numériques peu convaincantes. Même à l’écran, la créature ne suscite ni peur ni fascination.

Le scénario de Sean-Michael Argo manque de cohérence. Les prémonitions et les pouvoirs surnaturels de Laine sont introduits sans jamais être vraiment développés, si bien que son évolution paraît inachevée. La prestation d’Adams dans le rôle de Chase ne se distingue pas davantage : il campe le faire-valoir enthousiaste typique d’un film d’horreur, sans profondeur ni nuances. Les seconds rôles ne font guère mieux. Dee Wallace et Gary Graham apparaissent brièvement dans la peau d’organisateurs du festival, mais leurs personnages sont si peu développés qu’ils semblent tenir lieu de simple ajout, plutôt que de contribuer véritablement au récit.

Le cadre d’une convention consacrée à l’horreur compte parmi les rares atouts du film. L’idée de mêler la passion des fans, bien réelle, à une terreur surnaturelle avait du potentiel, mais Reborn ne sait pas l’exploiter. Les scènes du festival sont décevantes et manquent autant de tension atmosphérique que de mises à mort inventives, qui auraient pu les rendre mémorables. À la place, le film s’en remet à des clichés éculés : courses-poursuites dans des bâtiments abandonnés, sursauts faciles et dernier acte précipité, loin d’avoir l’ampleur d’un véritable dénouement.

La production contribue elle aussi à entamer la crédibilité du film. Tourné avec ce qui semble être un budget modeste, Reborn pâtit de décors qui font bon marché et d’une photographie sans inspiration. Le festival d’horreur est sous-exploité, et peu d’efforts sont faits pour donner au spectateur le sentiment d’y être ou pour rendre le cadre authentique. La bande originale est tout aussi oubliable : elle ne parvient ni à installer la tension ni à enrichir une atmosphère déjà bien fragile.

Malgré ces défauts, Jeepers Creepers: Reborn connaît quelques brefs instants de réussite. Une scène où Laine a une prémonition en touchant un artefact parvient à mettre mal à l’aise, et le dernier acte réserve quelques courses-poursuites tendues. Ces rares éclairs de maîtrise ne suffisent toutefois pas à sauver le film de sa médiocrité générale.

Les thèmes du film sont tout aussi confus. Alors que les premiers Jeepers Creepers exploraient le mal, la rédemption et le surnaturel, Reborn réduit ces idées à de vagues allusions et à une mythologie bricolée. Les motivations du Creeper restent obscures, et la tentative de rattacher la grossesse de Laine au récit surnaturel paraît forcée plutôt que porteuse de sens.

Jeepers Creepers: Reborn est une décevante contribution au cinéma d’horreur : le film ne parvient pas à retrouver l’esprit des précédents opus et n’offre guère d’originalité ni d’innovation.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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