Séries

Le Garçon du dernier rang : le thriller coréen de Netflix où un professeur se laisse piéger par les écrits de son élève

Un professeur de lettres qui n'écrit plus trouve son prochain roman dans le cahier d'un élève
Jun Satō

Un professeur de littérature fait face à des rangs d’élèves qui ne le surprennent plus. Il a été romancier ; il ne l’est plus, et il a appris à déguiser ce silence en exigence. Un cahier arrive alors jusqu’à son bureau, depuis le dernier rang, écrit par un garçon qui observe bien plus qu’il ne parle, et les phrases y sont vivantes comme les siennes ne le sont plus depuis des années. Il lit jusqu’au bout. Puis il réclame la page suivante.

YouTube video

« Le Garçon du dernier rang » est une mini-série coréenne en six épisodes bâtie sur cet échange minuscule et dangereux. Heo Mun-oh, joué par Choi Min-sik, propose au garçon des cours particuliers et appelle cela enseigner ; en réalité, il commande une histoire et s’en nourrit. L’élève, Lee Kang (Choi Hyun-wook), continue d’écrire comment il s’introduit dans la maison d’un camarade, et le professeur continue de corriger, de relancer, de demander la suite, jusqu’à ce que la question de savoir qui se sert de qui n’ait plus de réponse nette.

Le réalisateur Kim Kyu-tae filme la salle de classe comme un théâtre. Le dernier rang devient un balcon, le bureau une scène, et le regard suit la même direction que la caméra. Quand Lee Kang raconte son entrée dans le salon d’une autre famille, la scène imaginée et la scène réelle partagent le même cadre : lire et s’introduire deviennent le même geste, à deux distances. Le stylo rouge dans la main de Mun-oh est le seul effet spécial que la série s’autorise.

Choi Min-sik a déjà incarné l’obsession, mais rarement aussi bas. Chez Mun-oh, pas de colère, seulement un appétit tenu sous un calme de professeur qui le rend plus difficile à regarder. Il écoute le garçon comme on écoute sa propre faim. Choi Hyun-wook donne à Lee Kang une immobilité plate et attentive, un écran vierge sur lequel l’aîné projette le travail qu’il ne parvient plus à produire.

La source est une pièce de l’Espagnol Juan Mayorga, jouée depuis vingt ans à travers l’Europe et déjà passée au cinéma avec « Dans la maison », de François Ozon. La prémisse survit à toutes les traductions parce que la tentation est universelle : un maître au talent éteint croise un élève dont le talent brûle. La Corée en aiguise le tranchant, dans une culture où l’autorité du professeur sur l’élève frôle l’absolu, et les leçons secrètes finissent par ressembler à une lente annexion.

Notes from the Last Row Choi Hyun-wook as Lee Kang in Notes from the Last Row. Cr. Yu Ara/Netflix © 2026

La série arrive ainsi au cœur d’un débat que la littérature mène avec elle-même, sur l’autofiction et le prix qu’il y a à transformer des personnes réelles en pages. Mun-oh n’invente rien ; il prélève. Yunjin Kim, en Ahn Eun-joo, son épouse, remarque son enthousiasme retrouvé bien avant d’en comprendre la source, et devient ce second regard qui demande si l’on peut admirer un texte et avoir la nausée de sa provenance en même temps. Huh Joon-ho et Jin Kyung complètent un cercle d’adultes qui veulent tous que le garçon continue de produire.

La série refuse de tracer la ligne à votre place : où s’arrête la lecture d’une vie et où commence son vol, et si un écrivain qui a besoin du chapitre suivant peut s’autoriser une fin. « Le Garçon du dernier rang » compte six épisodes et arrive sur Netflix le 26 juin 2026, en coréen sous-titré, réalisé par Kim Kyu-tae d’après un scénario de Jang Myung-woo.

Distribution

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.