Documentaires

MOURINHO sur Netflix : les joueurs répondent enfin à l’homme qui s’était barricadé derrière un mur

Jack T. Taylor

José Mourinho passe un quart de siècle à faire en sorte que la caméra le cadre, lui, et non le jeu. Cette course le long de la touche d’Old Trafford, le soir où son FC Porto élimine Manchester United. Le sprint sur la pelouse du Camp Nou après que son Inter a étouffé le Barça. Les conférences de presse qui prenaient l’avantage de l’adversaire pour le lui renvoyer en grief. Rien de tout cela n’était de l’humeur. Tout était calcul : un entraîneur qui dresse un mur autour de ses joueurs et met le reste du monde au défi de s’y fracasser.

YouTube video

Un documentaire en trois parties part maintenant à la recherche de l’homme derrière ces calculs, et il arrive avec une quantité inhabituelle de lui à l’image. Tourné sur deux ans, il confie son sujet aux seuls capables de dire si le Special One était un personnage ou une personne : les joueurs qui l’ont suivi et les rivaux qui le voulaient dehors.

La série vient de l’équipe de Beckham. John Battsek, deux fois oscarisé, la produit ; Joe Pearlman la réalise. Cette filiation compte, car le style maison n’est pas le résumé des buts : c’est l’attente patiente de l’instant où un homme qui contrôle son image depuis toujours oublie de jouer un rôle.

Ce que le film possède, à la place d’un aveu, c’est une liste de témoins qui ressemble à une composition d’équipe étalée sur deux décennies. Sir Alex Ferguson, le rival qui l’a battu et respecté malgré tout. John Terry, Frank Lampard, Claude Makélélé et Didier Drogba, du Chelsea qu’il a transformé en forteresse. Iker Casillas et Marcelo, des années madrilènes qui ont fendu un vestiaire. Zlatan Ibrahimović, Samuel Eto’o et Javier Zanetti, de l’Inter qui a tout raflé en une saison.

La méthode

La thèse s’assemble sans que personne n’ait à la formuler. Le génie de Mourinho n’a jamais été seulement tactique : il était psychologique, et tourné vers l’intérieur. Il fabriquait des ennemis parce qu’un vestiaire assiégé court plus fort et plus longtemps, et pardonne tout à son entraîneur. Les provocations qui lui valaient amendes et sanctions étaient, vues de l’intérieur, un ciment.

L’histoire commence là où la légende est née : un ancien interprète mène un Porto sans prestige au-dessus de clubs bien plus riches jusqu’à la Coupe d’Europe, puis s’élance. De là viendront des titres de champion dans quatre pays et une seconde Ligue des champions avec l’Inter. Le calme n’a jamais été le produit ; la friction, si.

MOURINHO est une série limitée en trois parties, produite par Battsek et Miles Coleman pour Ventureland et réalisée par Pearlman. Netflix la met en ligne dans le monde entier le 11 août, alors que son sujet est de retour au Real Madrid, en plein troisième acte. Ce qui vaut le détour, ce sont les coutures : ces secondes où Ferguson ou Casillas décrivent un homme que le personnage a été bâti pour dissimuler.

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.