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Les conseils contradictoires de Chu : une comédie sexuelle qui trébuche dans la vraie vie

Veronica Loop
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Dès la scène d’ouverture de Let’s Talk About CHU (2024), le ton est donné avec une franchise qui surprend : Chu Ai (Chan Tzu-hsuan), vidéaste à temps partiel, parle ouvertement de sexe face caméra, avec assurance et sans filtre. Mais une fois la caméra éteinte, elle se montre beaucoup moins à l’aise sur ces mêmes sujets dans sa vie personnelle, révélant un décalage qui devient le principal ressort de la série. Ce contraste intrigue, mais pose aussi problème : il résume à lui seul les forces et les faiblesses de la série.

Imaginée par Wu Mei-chih, la série est un drame familial qui se fait passer pour une comédie sexuelle. On y suit Chu Ai dans des relations qui dépassent largement la seule dimension physique. Le principe est simple : Ai anime le jour un vlog d’éducation sexuelle, mais peine à mettre ses propres conseils en pratique dans la vraie vie. C’est dans cette dualité que la série trouve son équilibre, en explorant le désir, la découverte de soi et les complexités des relations contemporaines.

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La distribution chorale est le principal atout de la série. Chan Tzu-hsuan livre une interprétation qui mêle vulnérabilité et esprit, faisant de Chu Ai une héroïne attachante. L’alchimie avec Kai Ko, qui incarne Ping-ke, son ami avec avantages, est électrisante et ancre la série dans des moments de véritable humour et de tension. Leur relation, nuancée, rend bien les tiraillements d’un lien fondé sur l’intimité physique, mais dépourvu de profondeur émotionnelle.

La famille Chu constitue l’ossature du récit, chacun de ses membres se débattant avec ses propres désirs et attentes. L’interprétation de Kimi Hsia dans le rôle de Chu Wei, la sœur d’Ai, se distingue par sa retenue poignante. Les efforts de Wei pour composer avec l’intimité conjugale qui s’étiole avec son mari (Umin Boya) donnent à la série une profondeur émotionnelle supplémentaire. Les scènes entre Hsia et Umin Boya sont particulièrement réussies : elles saisissent les subtilités d’une relation mise à l’épreuve par une différence d’âge et des attentes divergentes.

Wu Chien-ho apporte une dimension supplémentaire à la série dans le rôle d’A-yu, un directeur de casino à la morale ambiguë. Son personnage fait contrepoint aux idées progressistes d’Ai et incarne l’exploration des valeurs traditionnelles et modernes qui traverse la série. Miao Ke-li, dans le rôle de la mère conservatrice d’Ai, offre à la dynamique familiale un contrepoint nécessaire. Le choc entre les convictions traditionnelles de la mère et l’ouverture d’esprit d’Ai donne lieu à certains des moments les plus prenants de la série.

L’exploration du sexe et de l’amour proposée par la série est à la fois dans l’air du temps et intemporelle. Elle parlera aux spectateurs qui ont grandi à l’ère de la liberté de parole numérique, mais continuent de se heurter aux complexités des relations humaines. Le vlog de Chu Ai sert de métaphore à la condition moderne : nous pouvons parler ouvertement de sexe, mais le comprendre reste une autre affaire.

La réalisatrice Huang Jie-yu traite le sujet avec une efficacité générale, en particulier dans les scènes les plus intimes. La caméra adopte souvent un style naturaliste, avec des plans à l’épaule et des gros plans qui soulignent la spontanéité des interprétations. Le rythme manque toutefois parfois de régularité : certains épisodes expédient les temps forts émotionnels, tandis que d’autres s’attardent trop sur des intrigues secondaires qui n’aboutissent pas.

Souvent incisive, la comédie flirte parfois avec le malaise, notamment dans les scènes impliquant le père d’Ai. Le fait de le reléguer sur un tabouret à la table du dîner est censé faire rire, mais l’effet paraît plutôt appuyé. Ces moments rompent l’équilibre de ton de la série et rendent difficile l’investissement dans les enjeux émotionnels.

La conception sonore et la musique, notamment le thème « Redbreast » de JUD, renforcent les temps forts émotionnels de la série. L’intégration de la bande originale aurait toutefois pu être plus fluide : certains motifs musicaux semblent trop souvent repris et détournent l’attention du drame au lieu de le servir.

Au bout du compte, Let’s Talk About CHU propose une exploration imparfaite, mais prenante, du désir et de la découverte de soi. La série touchera surtout les spectateurs qui apprécient les dynamiques familiales complexes et sont prêts à passer outre ses irrégularités de ton. Ses principales qualités tiennent à ses interprétations et à sa volonté d’aborder sans détour des sujets tabous.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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