Musique

Kelsey Lu et Jack Antonoff: So Help Me God parie sur le baroque intime

Alice Lange

Lu était déjà passée par les sessions pour Solange, Florence + The Machine et Blood Orange avant que Blood ne la positionne à l’avant-garde d’un pop expérimental que le mainstream n’avait pas encore cartographié. So Help Me God arrive sur Dirty Hit non comme un retour stratégique mais comme une déclaration: dix morceaux qui s’ouvrent avec « Reaper », huit minutes de baroque co-produites avec Jack Antonoff, un nom que l’on associe d’ordinaire aux sommets des charts américains.

L’association avec Antonoff est le premier point de friction du disque. Son registre habituel, la précision pop de Taylor Swift, la profondeur sonore de Lana Del Rey, semble loin de l’espace qu’habite Lu depuis ses débuts. Mais So Help Me God transforme cette tension en matière première: la précision de production au service d’une intimité qui ne cherche pas à se rendre plus accessible.

YouTube video

La structure de l’album est cinématographique dans un sens précis: couches denses mais non encombrées, avec des saxophones, un piano et des cordes autour d’un battement électronique discret. « Running to Pain » explore ce que Lu identifie comme des cycles relationnels addictifs, le retour compulsif à ce qui fait mal. « Better Than That », avec Sampha, est la chronique de la décision d’en sortir. L’enchaînement est délibéré d’une façon qui récompense la patience.

Le titre mérite qu’on s’y attarde. Lu a grandi dans une famille de Témoins de Jéhovah, a quitté cette communauté, et a construit une pratique artistique autour de ces ruptures. « So Help Me God » est la formule du serment laïque: ce qu’on dit pour lier une promesse à ses conséquences. Lu en fait le titre d’un album sur la reconstruction après un effondrement qui n’a pas de ligne d’arrivée nette. La tension entre l’écho religieux et l’usage séculier n’est pas fortuite; elle est architecturale.

Le scepticisme porte sur la portée, non sur la qualité. L’album n’est pas disponible sur Spotify. Last.fm enregistre un nombre d’auditeurs modeste pour une artiste de ce niveau de reconnaissance critique et de cette qualité de collaborateurs. Le travail de Lu a toujours occupé l’intersection entre pratique artistique et pop, et So Help Me God prolonge cette position sans chercher à la déplacer. Les auditeurs en dehors du monde expérimental devront trouver leur chemin.

La critique a répondu avec un enthousiasme quasi unanime: The Skinny lui attribue 5/5 et la définit comme « une célébration stupéfiante de la complexité de l’existence. » « Cutting Off the Head of a Ghost » ferme le disque d’une façon qui suggère que Lu en a fini avec le matériau.

So Help Me God est disponible maintenant sur Dirty Hit. La tournée nord-américaine se poursuit cet été, et les concerts révèleront vite si Lu a trouvé le moyen d’interpréter à cette échelle un disque d’une telle intimité.

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.