Cinéma

Takashi Shimizu (Ju-On) confie sa malédiction à un whodunit dans ‘The Village of Eight Gravestones’

Camille Lefèvre
Ajoutez-nous sur Google

Un détective existe pour rétablir l’ordre ; un fantôme existe pour le refuser. The Village of Eight Gravestones oppose ces deux impulsions et les laisse se corroder, envoyant le plus célèbre limier littéraire du Japon dans un hameau de montagne où les morts tiennent une comptabilité plus longue que les vivants. Takashi Shimizu, le cinéaste qui a appris à toute une génération qu’une malédiction se propage comme une contagion, a accepté la mission, et la friction entre ses instincts et sa source est la raison même de regarder.

Le matériau est celui de Seishi Yokomizo, l’un des mystères baroques construits autour de Kosuke Kindaichi, l’enquêteur négligé et bègue qui anime des dizaines de romans de l’auteur. Son moteur est un whodunit. Un héritage, un village reculé, une série de meurtres apparemment impossibles, une solution qui attend d’être assemblée. La grammaire de Shimizu, en revanche, est la rétention des solutions, une terreur qui n’a ni auteur ni remède. Lui confier une intrigue tenue de s’expliquer est soit une erreur de calcul, soit le pari le plus intéressant du cinéma de genre japonais cette saison.

YouTube video

Le casting se lit comme un argument sur le ton. L’acteur de kabuki Matsuya Onoe incarne Kindaichi, apportant un corps entraîné et théâtral à un personnage habituellement défini par une réserve piteuse, un choix qui incline le détective vers la performance plutôt que la pure déduction. Kindaichi est moins une personne qu’une institution, ressuscité génération après génération par le cinéma japonais, et chaque acteur qui prend le rôle prend aussi une position sur la part à jouer et celle à simplement habiter. Tomoya Oku est Tatsuya Ikawa, l’étudiant sans but qui apprend qu’il est l’héritier de la fortune maudite du village et devient à la fois suspect et proie. Mayu Hotta joue la veuve Miyako, la source d’ambiguïté la plus lisible du film. Autour d’eux, Shimizu empile des figures dédoublées, avec Reiko Takashima et Kenichi Takitoh tenant chacun deux rôles, concrétisant l’obsession de l’histoire pour les jumeaux enfouis et les lignées miroirs.

Shimizu a bâti sa réputation sur les films Ju-On, où la hantise était moins un monstre qu’une architecture, une maison, un geste et un son qui infectaient quiconque passait par là. Ses films d’horreur villageois ultérieurs ont étendu cette logique à des communautés entières, de sorte qu’un tableau planté dans un village littéralement hanté ressemble, sur le papier, à un retour aux sources. Pourtant, il a décrit celui-ci comme une aventure fantastique-romantique étrange plutôt qu’une pure machine à effrayer, ce qui signale un attrait pour le registre gothique et solidement intrigué de Yokomizo, loin de la terreur sans contact qui a fait sa réputation.

Les premières images traduisent la même tension en une seule image : une figure couronnée de bougies allumées et cuirassée comme un guerrier, avançant à travers les fleurs sous un ciel nocturne meurtri. C’est une composition purement shimizuienne, folklorique et frontale, le cadre lui-même une menace. Mais elle appartient à une histoire qui exigera finalement un plan de qui se tenait où et quand. La manière dont Shimizu coupe entre les deux grammaires, le tableau qui veut s’attarder et le mystère qui veut avancer, est le problème formel que le film se pose.

La légende sous-jacente est plus vieille que tous ses détectives. Il y a des siècles, raconte l’histoire, huit samouraïs en fuite furent accueillis par le village puis massacrés pour leur or, et leur malédiction refait surface dès que la communauté devient complaisante. Les meurtres modernes arrivent comme sur commande avec le retour de Tatsuya. C’est une histoire de fantômes nationale, adaptée à l’écran plus d’une fois, notamment dans une version des années 1970 dont l’hystérie de malédiction villageoise s’est incrustée dans la mémoire pop japonaise. Shimizu ne découvre pas ce matériau. Il répond à des films antérieurs, ce qui élève les enjeux de l’utilité de sa version.

C’est là que réside le doute. Un film de malédiction prospère sur l’inexpliqué ; un mystère de Kindaichi est obligé de tout expliquer dans son dernier acte, et les deux appétits ont tendance à s’annuler. Rien dans le package annoncé ne permet de savoir si la terreur de Shimizu survivra au moment où le détective aligne les suspects et nomme le meurtrier, ou si le surnaturel n’est qu’une décoration sur une machine rationnelle. La première mondiale a eu lieu dans un festival de genre, devant un public préparé à l’horreur, et ce cadrage pourrait surestimer la hantise dans ce qui est, structurellement, une énigme de salon transportée à la montagne. Un titre célèbre garantit la reconnaissance, pas la nécessité.

Matsuya Onoe as detective Kosuke Kindaichi in Takashi Shimizu The Village of Eight Gravestones 2026
Matsuya Onoe in The Village of Eight Gravestones (2026)

Onoe et Oku mènent un ensemble profond qui inclut Hotta, Takashima et Takitoh, aux côtés de Masanobu Takashima et Kiyohiko Shibukawa. Shimizu réalise d’après son propre scénario, adaptant Yokomizo sous les bannières Kadokawa et Shochiku. Le film dure 114 minutes et est classé mystère-horreur.

The Village of Eight Gravestones a eu sa première mondiale au Festival international du film Fantasia à Montréal en juillet et sort dans tout le Japon le 18 septembre, distribué par Shochiku. Aucune sortie en salles au-delà du circuit des festivals n’a été confirmée ailleurs au moment de la rédaction.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.