Cinéma

The Guilty — un huis clos téléphonique tendu porté par un seul homme à bout de nerfs

Martha O'Hara

Joe Baylor est convoqué devant une commission d’enquête interne pour un motif que le film ne dévoile que progressivement. En attendant, il est affecté à un centre d’appels d’urgence 911, lors de la pire nuit de la saison des incendies en Californie, et traite des appels que d’autres agents règleraient en quelques minutes. Puis survient l’appel d’une femme qui parle par bribes codées, manifestement pas seule dans la voiture en mouvement où elle se trouve. À partir de ce point de départ — assez succinct pour tenir sur un carnet —, le film bâtit quatre-vingt-dix minutes de crise en vase clos.

YouTube video

Antoine Fuqua, dont la filmographie va du procédural sombre de Training Day au cinéma d’action calibré pour les franchises, a tourné le film en onze jours pendant le gel des productions dû à la COVID-19, fin 2020. Ce calendrier comprimé ne se remarque pas à l’écran ; si quoi que ce soit, cette rapidité affûte la concentration du film. The Guilty est un remake du film danois Den skyldige de Gustav Möller, qui avait validé le concept — un répartiteur, un téléphone, une fracture morale — à Sundance. Nic Pizzolatto, avec des révisions non créditées signées Jake Gyllenhaal lui-même, l’a adapté pour Los Angeles.

Ce que le film conquiert, il le conquiert par l’interprétation. Jake Gyllenhaal est pour ainsi dire la seule personne visible à l’écran pendant toute la durée ; la femme enlevée (Riley Keough), un contact policier (Ethan Hawke), un suspect (Peter Sarsgaard) et les autres n’existent que sous forme de voix à l’autre bout du fil. Gyllenhaal joue contre des enregistrements, privé de l’habituel jeu de réponses qu’offre la présence physique d’un autre acteur, et la pression intérieure soutenue qu’il génère au fil de ces quatre-vingt-dix minutes constitue le véritable argument de la production.

Fuqua et le chef opérateur Maz Mawhoob maintiennent une grammaire visuelle délibérément resserrée — gros plans sur le bureau du standard, sur le câble du casque, sur les mains de Baylor à mesure que les appels s’accumulent. Le travail sonore porte le poids que l’image ne peut assumer : grésillement des lignes téléphoniques, bourdonnement ambiant du centre d’urgence, chaos étouffé des incendies au-dehors. Pour un film d’une telle modestie d’ampleur, la texture audio est considérable.

La limite assumée se situe dans le scénario. Le texte de Nic Pizzolatto ajoute une lourdeur explicative dont l’original, plus resserré, de Möller n’avait pas besoin. Le passé de Baylor est exposé dans des dialogues qui font moins confiance au spectateur que la structure du film ne le devrait, et les révélations du dernier acte — que la version danoise laissait s’accumuler dans le non-dit — sont ici énoncées à voix haute. Le film réclame un investissement émotionnel envers son protagoniste qu’il n’a pas tout à fait mérité au moment où il le réclame.

The Guilty est un thriller en vase clos regardable et efficacement réalisé — un test raisonnable de ce qu’une seule interprétation peut soutenir et une démonstration solide de l’efficacité de son format. En tant que remake, il ne parvient pas à sortir de l’ombre de ce qu’il refait, mais, sur son propre terrain, il tient la route. Sur Netflix.

Réalisation

Antoine Fuqua

Antoine Fuqua

Distribution

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.