Cinéma

All-Time High : l’histoire d’amour d’un escroc qui finit vraiment par vous voler le cœur

Alice Lange
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Le premier plan d’All-Time High montre en gros plan les doigts de Youssef Bouahzizi (Nassim Lyes), qui battent avec dextérité un jeu de cartes, tandis que son regard passe d’un pigeon à l’autre dans un casino parisien. La caméra s’attarde sur le mouvement de chaque carte, sur le léger tremblement de ses mains — signe révélateur que même le plus habile des escrocs a quelque chose à cacher. La scène donne le ton : ce film parle d’arnaque et de sentiments, où chaque regard et chaque geste pèsent leur poids de tromperie ou de désir.

Cette comédie romantique de Julien Royal, sortie en 2023, suit Youssef, un escroc aux abois qui croise la route de Stéphanie (Zoé Marchal), une millionnaire de la crypto qui a plus d’argent que de jugeote. Le point de départ est simple, mais efficace : un arnaqueur rencontre quelqu’un à sa mesure, et une question demeure — qui mène l’autre en bateau ? Royal joue à fond l’absurdité de la richesse moderne, et notamment l’essor des cryptomonnaies, qui rend la fortune de Stéphanie à la fois ridicule et étrangement crédible. Le film ne se contente pas de tourner en dérision la quête de l’enrichissement rapide : il en fait une arme, transformant la volatilité des monnaies numériques en métaphore de l’amour lui-même — quelque chose qui peut s’évaporer en un instant si l’on n’y prend pas garde.

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La grande réussite d’All-Time High, c’est l’alchimie entre Lyes et Marchal. Leur duo crépite de tension et d’une chaleur inattendue, surtout lors de leurs premières rencontres, quand Youssef tente de la séduire pour entrer dans sa vie. Dans une scène, les deux personnages partagent un verre au bar d’un toit-terrasse, les lumières de la ville scintillant derrière eux tandis qu’ils s’envoient des piques et échangent des regards complices. Marchal se distingue dans le rôle de Stéphanie : elle mêle énergie nerveuse et vulnérabilité, donnant à son personnage une vraie épaisseur, bien au-delà de celle d’une simple victime. Le scénario lui donne de la profondeur, notamment dans les scènes où elle se débat avec ses propres doutes sur l’amour et la confiance. Lorsqu’elle avoue à Youssef qu’elle n’a jamais été aimée pour ce qu’elle est, mais toujours pour son argent, Marchal livre avec justesse un moment d’une sincérité à vif.

Lyes est à la hauteur, avec un Youssef plein de charme, mais aussi traversé par des remords sincères qui l’empêchent de se réduire à un méchant sans nuance. Dans une scène particulièrement touchante, Youssef rend visite à une vieille femme qui l’a élevé après la mort de sa mère. Leur conversation est brève, mais Lyes fait passer beaucoup en quelques répliques : ses regrets, son désir de rédemption et la peur de ne jamais sortir du cercle de la tromperie. Son jeu est tout en retenue, mais ancre le film dans une vérité émotionnelle.

L’originalité du film tient à sa volonté de déjouer les attentes. Contrairement à nombre de comédies romantiques où l’escroc est le seul à tirer les ficelles, All-Time High entretient le doute jusqu’au bout. Royal insuffle de l’humour dans des situations à haut risque, comme un braquage chaotique dans un casino ou une poursuite tendue en bateau sur la Seine, qui donnent au récit du rythme et de l’imprévu. Les scènes de combat, peu nombreuses, sont bien chorégraphiées et visuellement dynamiques, ajoutant une autre dimension à ce mélange des genres. Une séquence se déroule dans une boîte de nuit, où Youssef et sa bande montent une arnaque autour de montres volées : un moment chaotique et mené tambour battant, tout droit sorti d’une pâle imitation d’Ocean’s Eleven, mais avec une touche résolument française.

Mais All-Time High n’est pas exempt de défauts. Le rythme se relâche dans le deuxième acte, où une intrigue secondaire autour de la bande de criminels de Youssef — avec Adrien Essamir dans le rôle de « Papillon » et Hakim Jemili jouant son propre rôle — manque de consistance. Ces personnages ont peu à faire, hormis apporter un ressort comique ou créer ponctuellement de la tension, ce qui réduit leur impact. En somme, ils ne servent qu’à faire avancer l’intrigue et n’ont pas de véritables enjeux émotionnels qui leur soient propres. Par ailleurs, certaines blagues reposent trop sur des références culturelles françaises qui risquent de ne pas parler au public international, ce qui leur donne un tour excluant plutôt qu’universel.

La fin est l’élément qui divisera le plus. Sans rien dévoiler, Royal choisit un retournement à la fois satisfaisant et légèrement artificiel. Il conclut proprement la romance centrale, mais risque de sacrifier la complexité de Stéphanie au profit d’une résolution bien ficelée, digne du cinéma. Le rebondissement apporte une réponse à la question centrale — qui mène l’autre en bateau ? — mais simplifie aussi une réflexion jusque-là nuancée sur la confiance et la tromperie.

Malgré ses imperfections, All-Time High propose une variation rafraîchissante sur la comédie romantique. La mise en scène de Royal maintient un rythme soutenu et les interprètes donnent au film son ancrage dans le réel. La photographie est soignée, avec une palette qui passe des néons de la vie nocturne parisienne aux teintes plus sourdes des moments où Youssef retrouve les pieds sur terre. La bande originale est elle aussi remarquable : elle mêle des tubes de la pop française à des morceaux instrumentaux qui accentuent la tension sans couvrir les dialogues.

À qui s’adresse le film ? Les amateurs de comédies romantiques apprécieront l’alchimie entre Lyes et Marchal, tandis que les fans de films de braquage se régaleront des arnaques astucieuses et des scènes d’action bien menées. Ceux qui cherchent davantage de matière pourraient trouver le deuxième acte un peu long, mais la qualité de l’interprétation et l’originalité du point de départ valent qu’on reste jusqu’au bout.

All-Time High ne révolutionnera peut-être pas la comédie romantique, mais c’est un film audacieux et divertissant qui prouve que le cinéma français a encore plus d’un tour dans son sac.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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