Cinéma

Mona Lisa and the Blood Moon : des images saisissantes qui éclipsent un récit fragile

Veronica Loop
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Le premier plan de Mona Lisa and the Blood Moon est saisissant : Mona Lisa Lee, incarnée par Jeon Jong-seo, fixe la caméra d’un regard chargé de colère contenue et fait voler en éclats, par télékinésie, la fenêtre d’un asile. Cette scène donne le ton du cauchemar baigné de néons d’Ana Lily Amirpour, un film qui excelle par son style, mais peine à convaincre sur le fond.

Connue pour son travail visuellement marquant (A Girl Walks Home Alone at Night), Amirpour façonne une nouvelle fois un univers saturé d’atmosphère. La Nouvelle-Orléans devient un personnage à part entière, avec ses bas-fonds crasseux qui vibrent au son de la bande originale dominée par les synthétiseurs, signée Daniele Luppi et Bottin. Les néons de la ville se reflètent sur les rues détrempées, composant un paysage de rêve sulfureux, à la fois séduisant et inquiétant. Le travail de conception des décors est minutieux, de l’asile étouffant au club de strip-tease miteux où se produit Bonnie Belle, le personnage de Kate Hudson.

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L’esthétique du film évoque clairement les œuvres précédentes d’Amirpour, mais Mona Lisa and the Blood Moon s’aventure dans des territoires plus sombres. Le silence inquiétant de son premier film cède ici la place à une cacophonie de bruits et de chaos, en écho au tourment intérieur de Mona Lisa. Malgré son éclat visuel, le film peine toutefois à donner des assises solides à son récit. Le parcours de Mona Lisa — de patiente évadée d’un établissement psychiatrique à protectrice malgré elle d’un jeune garçon — manque de poids émotionnel. Le rythme est inégal, alternant entre des moments de tension troublante et des scènes qui s’étirent et donnent l’impression de faire du remplissage. Le mystère central — ce que Mona Lisa désire ou cherche exactement — reste frustrant d’opacité. Même ses pouvoirs psychokinétiques, aussi impressionnants soient-ils à l’écran (notamment lorsqu’elle pousse l’agent Harold à se tirer une balle dans le genou), obéissent à des règles floues et ne semblent pas avoir de véritables conséquences.

Les interprétations sont inégales. Jeon Jong-seo livre une prestation discrètement captivante dans le rôle de Mona Lisa, exprimant beaucoup avec très peu de dialogues. Son intensité silencieuse constitue le principal point d’ancrage émotionnel du film, même si le scénario ne lui donne pas suffisamment de matière. Sa capacité à faire passer tant de choses sans un mot rappelle Tilda Swinton dans Only Lovers Left Alive, autre film qui privilégie le récit atmosphérique à l’exposition.

Kate Hudson, de son côté, en fait des tonnes dans le rôle de Bonnie Belle, danseuse de strip-tease au grand cœur et douée pour s’attirer des ennuis. Si Hudson apporte de l’énergie au personnage, l’évolution de Bonnie Belle reste peu développée. Son amitié avec Mona Lisa s’interrompt brusquement, sans avoir été suffisamment préparée, et le personnage ressemble davantage à un ressort scénaristique qu’à une personne pleinement incarnée. C’est dommage : Kate Hudson a déjà prouvé qu’elle pouvait livrer des interprétations nuancées (Almost Famous) et aurait mérité ici un rôle plus substantiel.

Craig Robinson s’en sort mieux dans le rôle de l’agent Harold, incarnant un policier épuisé qui poursuit Mona Lisa avec un mélange de détermination et de désespoir. Sa prestation apporte une dimension humaine à un personnage qui aurait pu n’être qu’un antagoniste unidimensionnel. Evan Whitten, dans le rôle de Charlie, le fils de Bonnie, est étonnamment convaincant et ancre les éléments les plus fantastiques du film dans une émotion authentique. Ses scènes avec Jeon Jong-seo comptent parmi les plus touchantes, offrant un aperçu de la chaleur et de la proximité dont Mona Lisa a tant besoin.

La plus grande force du film — et son talon d’Achille — tient à son refus de se conformer aux attentes du genre. Amirpour mêle mystère, fantastique et thriller avec une telle légèreté que le résultat paraît souvent manquer de direction. On se retrouve devant un film visuellement saisissant, mais à la dérive sur le plan du récit. On ne peut s’empêcher de souhaiter davantage de cohésion, ou au moins une idée plus claire de ce qu’il cherche à raconter.

Sur le plan thématique, Mona Lisa and the Blood Moon explore les notions d’appartenance et d’altérité. Mona Lisa est une étrangère dans chacun des lieux où elle passe, de l’asile aux rues de la Nouvelle-Orléans. Sa quête d’une place dans le monde trouve un écho, mais la narration fragmentée du film empêche ces thèmes de s’assembler pleinement. La mise en scène d’Amirpour est audacieuse et sans concession, mais le scénario aurait gagné à être resserré au montage.

La bande originale mérite une mention particulière. La musique composée par Daniele Luppi, associée aux morceaux de Bottin, crée une atmosphère immersive qui renforce la dimension onirique du film. Elle accompagne l’action sans jamais prendre le dessus, preuve du savoir-faire d’Amirpour derrière la caméra.

Au bout du compte, Mona Lisa and the Blood Moon est un régal pour les yeux, mais une énigme pour l’esprit. Le film demande patience et implication, et récompense les spectateurs par des images saisissantes et de véritables moments d’émotion. Ses faiblesses narratives l’empêchent cependant d’exploiter tout son potentiel.

Mona Lisa and the Blood Moon s’adresse aux amateurs de cinéma atmosphérique que l’ambiguïté ne rebute pas. Ce n’est pas un film pour ceux qui recherchent un récit limpide ou des réponses sans équivoque. La vision d’Amirpour est indéniablement singulière, mais aussi frustrante par son irrégularité.

Le film a été présenté en première mondiale à la 78e Mostra de Venise, le 5 septembre 2021, avant de sortir aux États-Unis le 18 novembre 2022, distribué par Saban Films.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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