Cinéma

Luther: The Fallen Sun : l’intensité brute d’Idris Elba porte un thriller indépendant imparfait mais captivant

Martin Cid
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L’étreinte glaciale du lac gelé autour du corps de John Luther constitue l’ultime épreuve, brutale, de l’engagement physique d’Idris Elba dans Luther: The Fallen Sun. Le film de Jamie Payne entraîne son protagoniste dans une succession d’épreuves viscérales, chacune faisant monter la pression pour le détective déchu. Inspiré de la série de la BBC créée par Neil Cross, ce long métrage indépendant voit Luther s’évader de prison pour traquer un cyberpsychopathe qui a fait de Londres son terrain de jeu.

Pour les amateurs de la série télévisée, Luther: The Fallen Sun retrouve un mélange familier de polar sombre et d’ambiguïté morale. Idris Elba reprend le rôle du détective éponyme avec cette même intensité tourmentée qui a rendu le personnage culte. Sa performance est la colonne vertébrale du film : elle donne du poids aux émotions, même dans ses moments les plus extravagants. Quand Luther promet à Corinne Aldrich (Hattie Morahan) qu’il retrouvera le meurtrier de son fils, le désespoir à l’état brut dans la voix d’Elba fait sentir l’enjeu. La séquence de l’évasion, où Luther prend de vitesse les gardes et son ancien associé Dennis McCabe (Vincent Regan), démontre combien Elba sait faire passer une volonté inflexible par le seul langage du corps.

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Le film peine toutefois à trouver l’équilibre entre ses excès de ton. La mise en scène de Payne cultive le grotesque : David Robey (Andy Serkis) se sert des technologies de surveillance pour manipuler et tuer des civils. La séquence d’ouverture, où Robey contraint ses victimes à se suicider en public en les faisant chanter, est glaçante et efficace. Mais le passage du polar âpre au grand spectacle d’action déroute. Le dénouement situé en Norvège, impressionnant visuellement, bascule dans l’absurde avec son dispositif de séances de torture retransmises en direct. Ce choix sape la tension installée jusque-là et réduit la menace de Robey à une caricature du cyberpsychopathe.

Odette Raine, incarnée par Cynthia Erivo, tient tête à Luther, mais son parcours — de poursuivante à alliée réticente — manque de profondeur. Erivo prête au rôle une détermination de fer, mais les motivations de Raine et son cheminement émotionnel restent insuffisamment développés. Son changement d’avis, nécessaire au récit, manque de nuances pour paraître crédible. Martin Schenk, l’ancien supérieur de Luther joué par Dermot Crowley, s’en sort mieux et apporte une présence solide au milieu du chaos. Même son personnage semble toutefois relégué au second plan au profit des scènes d’action.

Le rythme constitue un autre problème. Avec une durée qui frôle les deux heures, Luther: The Fallen Sun peine à maintenir son élan. Les scènes où Luther se remet sur pied à Londres, censées apporter une forme de résolution, ralentissent le récit. La fin abrupte, qui laisse entrevoir un possible poste au MI5 pour Luther, paraît plaquée et peu méritée. Le dénouement, où des plongeurs de la police et Schenk viennent au secours de Luther, ne procure pas l’émotion nécessaire pour justifier la durée du film.

Malgré ces défauts, Luther: The Fallen Sun offre suffisamment de séquences à l’adrénaline pour tenir le public en haleine. La mise en scène de Payne frappe par son sens de l’image, notamment lors de la course-poursuite dans le métro londonien et de l’affrontement dans le manoir norvégien. La performance d’Elba porte le film, même lorsque le scénario vacille. L’exploration de thèmes comme la rédemption et la justice lui apporte une certaine profondeur, quoique de façon inégale.

Pour les amateurs de la série, Luther: The Fallen Sun offre un retour satisfaisant en terrain connu. En revanche, les spectateurs moins familiers de l’univers risquent d’être rebutés par ses brusques changements de ton et ses problèmes de rythme. L’idée du cyberpsychopathe est intrigante, mais elle est sous-exploitée et Robey finit par ressembler à un méchant unidimensionnel. Le film tire sa force de sa brutalité sans concession et de la présence magnétique d’Elba, mais cela ne suffit pas à lui faire dépasser ses défauts.

Au bout du compte, Luther: The Fallen Sun est un film en demi-teinte. Il tient ses promesses en matière d’action et d’atmosphère, mais trébuche dans le développement des personnages et le rythme. La mise en scène de Payne est visuellement impressionnante, mais les ruptures de ton et les thèmes insuffisamment creusés empêchent le film d’atteindre les sommets.

La réflexion du film sur la rédemption est l’un de ses aspects les plus convaincants. Le parcours de Luther, du détective déchu au justicier, est traversé de dilemmes moraux. Sa promesse à Corinne Aldrich est un moteur tout au long du récit et met en lumière son besoin de se racheter. Le rythme précipité empêche toutefois ces thèmes d’être pleinement développés. La proposition d’un poste au MI5 à la fin ressemble à un raccourci narratif qui esquive les questions de fond sur l’avenir de Luther.

La comparaison avec la série télévisée est inévitable, et Luther: The Fallen Sun en tire à la fois profit et pâtit. Les fans apprécieront de retrouver Elba dans le rôle qui l’a rendu célèbre, et le ton plus sombre du film s’accorde bien à l’esthétique âpre de la série. Mais le format indépendant limite le développement des personnages qui faisait tout l’intérêt de la série. Les seconds rôles, malgré le talent des interprètes, manquent de profondeur et de temps à l’écran pour laisser une impression durable.

Sur le plan technique, le film est solide sans être remarquable. La photographie restitue efficacement les bas-fonds sordides de Londres comme la beauté austère des paysages norvégiens. La musique accompagne bien les scènes d’action et intensifie la tension dans les moments clés. Ces éléments servent le film, mais ne le hissent pas au rang des œuvres véritablement mémorables.

Luther: The Fallen Sun s’adresse aux inconditionnels de la série et aux amateurs de polars âpres agrémentés d’une bonne dose d’action brutale. Ce n’est pas un film pour les âmes sensibles ni pour ceux qui recherchent une étude nuancée des personnages. Sa violence sans concession et son ambiguïté morale en font une expérience qui divisera, mais ses qualités tiennent à son approche sans compromis du récit.

En conclusion, Luther: The Fallen Sun est un ajout imparfait mais divertissant à la franchise Luther. La performance d’Idris Elba est le principal atout du film et porte le récit à travers ses passages à vide.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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