Cinéma

Courir à travers le chaos : un film de rallye qui ne tient pas la route

Veronica Loop
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Le plan d’ouverture de « Les (Presque) Légendes » est une course en ralenti à travers les rues vibrantes de Bahía Colorada, la caméra fixée sur le capot d’une Suzuki Swift cabossée. C’est une explosion immédiate d’énergie, qui donne le ton du premier long-métrage chaotique de Ricardo Castro Velázquez. Le film suit deux demi-frères éloignés, Romeo (Benny Emmanuel) et Preciado (Harold Azuara), qui se retrouvent pour réaliser le rêve de leur père défunt : gagner un rallye automobile rythmé par la musique banda.

La réalisation de Velázquez est audacieuse mais inégale. Il a un sens du visuel, notamment dans les séquences de course, où il utilise des mouvements de caméra dynamiques et des coupes rapides pour transmettre vitesse et adrénaline. L’esthétique du film s’inspire des classiques du cinéma mexicain, mêlant les paysages sauvages du Sinaloa aux rues néon des villes. Cependant, Velázquez peine à maintenir une tonalité cohérente. Les passages entre action trépidante, interludes musicaux et drame familial peuvent sembler abrupts, comme si le film essayait de tout faire à la fois.

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Le scénario, coécrit par Velázquez, Beto Gómez, María Torres et Enrique Vázquez, est à la fois la force et le talon d’Achille du film. Le concept central – une histoire de fraternité, d’héritage et de rédemption – est captivant. La relation entre Romeo et Preciado est riche en histoire, et leur deuil partagé de la mort de leur père offre un cœur émotionnel puissant. Les scénaristes excellent dans les moments d’intimité authentique entre les frères, comme leur dispute dans le cimetière mécanique où les rancunes passées éclatent au grand jour. Cependant, le script souffre d’un excès de sous-intrigues. Les enchevêtrements amoureux, le passé trouble de Preciado et les arcs narratifs des personnages secondaires semblent souvent ajoutés à la hâte, diluant la focalisation sur le parcours des frères.

L’originalité du film réside dans sa fusion de genres. Le mélange de comédie, musique et action est rafraîchissant, offrant une approche unique du road movie. Les interludes musicaux banda sont visuellement inventifs, avec des transitions créatives et une chorégraphie vibrante. Cependant, ces numéros musicaux perturbent souvent le rythme narratif, créant une expérience de visionnage décousue.

Les performances sont ce qui rend « Les (Presque) Légendes » véritablement brillant. Benny Emmanuel livre une interprétation remarquable en tant que Romeo, incarnant avec aisance son charme imprudent et sa vulnérabilité sous-jacente. Harold Azuara est tout aussi convaincant dans le rôle de Preciado, apportant une intensité silencieuse qui ancre les moments émotionnels du film. La chimie entre Emmanuel et Azuara est palpable, faisant de leur dynamique fraternelle le cœur du film.

La distribution secondaire est inégale. Nora Velázquez en tant que Connie vole la vedette avec son esprit et sa chaleur naturels, tandis qu’Esmeralda Soto en Dively et Diego Sandoval en Tino apportent des moments d’humour et de tendresse. Cependant, certains personnages secondaires, comme Guillermo Quintanilla en Valentín et Dagoberto Gama en Don Tasio, semblent sous-développés malgré leur potentiel.

Les thèmes du film sur la famille, l’héritage et la rédemption sont intemporels et universels. Le voyage des frères pour honorer la mémoire de leur père résonne profondément, offrant une exploration poignante de la perte et des liens qui nous unissent. Cependant, ces thèmes se perdent parfois dans le rythme effréné du film et ses acrobaties de genres.

« Les (Presque) Légendes » est un film qui plaira surtout aux amateurs de mélanges de genres et de récits centrés sur les personnages. Les fans du cinéma mexicain apprécieront la représentation vibrante de la vie rurale et l’hommage aux classiques des road movies. Cependant, ceux qui cherchent une narration bien construite pourraient trouver la structure erratique du film frustrante.

En termes de comparaisons, « Les (Presque) Légendes » partage certaines caractéristiques avec des films comme « Y tu mamá también » dans son exploration des paysages mexicains et des thèmes fraternels. Cependant, il lui manque l’intensité et la profondeur émotionnelle de ce classique. Il ressemble davantage à un cousin énergique, bien que déséquilibré.

L’inexpérience de Velázquez en tant que réalisateur conduit parfois à une incohérence tonale et des problèmes de rythme. La structure du film est lâche, avec des scènes et des sous-intrigues qui ne servent pas toujours la narration centrale. Ce manque de focus peut donner au film un sentiment d’errance, malgré son énergie indéniable et son charme.

La photographie de Velázquez est l’un des éléments marquants du film. L’utilisation de la lumière naturelle et des couleurs vives donne vie aux paysages mexicains, créant un décor visuellement époustouflant pour l’histoire. Cependant, le montage pourrait être plus serré, car certaines scènes semblent précipitées ou sous-développées.

Le design sonore et la musique sont également des aspects notables du film. Les interludes musicaux banda apportent une saveur unique à la narration, se fondant harmonieusement avec les séquences d’action. Cependant, la bande-son couvre parfois les dialogues, rendant certains passages difficiles à suivre.

En conclusion, « Les (Presque) Légendes » est un premier film vivant, bien que déséquilibré. L’ambition de Velázquez est évidente dans chaque plan, mais son inexpérience en tant que réalisateur conduit parfois à des problèmes d’incohérence tonale et de rythme. Le mélange de comédie, musique et action offre une approche unique du road movie, mais sa structure erratique et l’excès de sous-intrigues peuvent le rendre décousu.

« Les (Presque) Légendes » est un film qui plaira surtout aux amateurs de mélanges de genres et de récits centrés sur les personnages. Les fans du cinéma mexicain apprécieront la représentation vibrante de la vie rurale et son hommage aux classiques des road movies.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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