Cinéma

Elena Knows : la quête vacillante d’une mère pour découvrir la vérité

Alice Lange
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Le premier plan d’Elena Knows s’attarde sur les mains marquées par le temps de Mercedes Morán, tremblantes sous l’effet de la maladie de Parkinson, tandis qu’elles feuillettent un album photo. Cette image donne le ton du drame d’Anahí Berneri : une histoire racontée par les gestes et les silences, où le moindre tremblement du corps d’Elena en dit long. La caméra ne se contente pas de nous montrer le déclin physique d’Elena ; elle nous fait ressentir le poids de sa maladie, la façon dont celle-ci entrave ses mouvements tout en nourrissant sa détermination.

Adapté du roman de Claudia Piñeiro, Elena Knows suit le personnage éponyme incarné par Morán, une femme dont la fille Rita est morte dans des circonstances suspectes. À mesure que sa maladie progresse, Elena se met en tête de découvrir la vérité sur la mort de Rita et interroge tous ceux qui pourraient l’éclairer, des prêtres à ses anciens camarades d’école. La structure du film est atypique : le récit passe du passé au présent tandis qu’Elena reconstitue des fragments de la vie de Rita. Ce choix narratif n’est pas un simple artifice ; il reflète l’état d’esprit fragmenté d’Elena, ses souvenirs et ses soupçons s’entrechoquant avec une intensité brute et sans filtre.

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La mise en scène de Berneri excelle à restituer l’intensité étouffante de l’enquête d’Elena. Morán livre une performance impressionnante, faisant de son jeu physique une véritable leçon d’émotion exprimée par des mouvements limités. Dans une scène particulièrement déchirante, Elena confronte Pablo (Marcos Ferrante), le petit ami de Rita, sur son lieu de travail. La façon dont le corps de Morán se crispe tandis qu’elle lance ses accusations — la voix assurée, mais les mains tremblantes — donne à voir une colère parfaitement contenue. C’est une interprétation qui exige toute notre attention, et Morán ne relâche jamais son emprise.

La photographie est elle aussi saisissante : la caméra s’attarde souvent sur le visage d’Elena, soulignant l’expressivité du regard de Morán et les infimes variations de son expression. Dans un plan marquant, Elena est assise seule dans une pièce faiblement éclairée, le visage à moitié dans l’ombre, les yeux fixés sur une photo de Rita. La lumière ne se contente pas de créer une atmosphère ; elle souligne la dualité du chagrin d’Elena, entre sa détermination affichée et son désespoir intime.

Le film n’est pourtant pas exempt de défauts. Le rythme trébuche parfois, en particulier dans la partie centrale, où l’enquête d’Elena semble tourner en rond. Certains personnages secondaires, comme Rita, interprétée par Érica Rivas, ou la version plus jeune du personnage, incarnée par Miranda de la Serna, manquent de relief et tiennent davantage de figures énigmatiques que de personnes pleinement incarnées. Et si la narration non linéaire se révèle d’abord captivante, elle brouille parfois le récit et rend certains éléments essentiels de l’intrigue difficiles à suivre.

C’est dans son exploration de l’amour maternel et du deuil qu’Elena Knows brille véritablement. La quête acharnée de justice menée par Elena ne vise pas seulement à résoudre un mystère ; elle cherche aussi à préserver l’héritage de sa fille. La performance de Morán donne toute sa force à ce cœur émotionnel et rend la douleur d’Elena palpable, même dans les moments les plus calmes du film. Dans une scène particulièrement bouleversante, Elena se rend sur la tombe de Rita et murmure des excuses à sa fille, la voix brisée. Cet instant de vulnérabilité à l’état brut perce la tension du film et nous rappelle que, sous sa carapace d’acier, Elena est une mère qui a tout perdu.

Le film aborde également les questions de foi et de morale, notamment à travers le personnage du père Juan (Marcos Montes). Les esquives du prêtre et son ambiguïté morale ajoutent une nouvelle dimension à l’histoire, en soulevant des questions de complicité et de rédemption. Cette intrigue secondaire semble toutefois parfois insuffisamment développée, et l’on aurait aimé voir ces thèmes complexes davantage explorés.

Du point de vue du genre, Elena Knows échappe aux classifications faciles. Le film mêle suspense, drame et étude de personnage pour former un hybride singulier, qui le distingue des thrillers ou des drames familiaux plus conventionnels. Cette originalité est à la fois sa force et sa faiblesse : elle lui permet de sortir du lot, mais risque aussi de dérouter les spectateurs en quête d’un récit plus linéaire.

Elena Knows est un film qui demande patience et attention. Ce n’est pas un visionnage facile, et il n’a pas vocation à l’être. Mais celles et ceux qui accepteront de s’investir dans sa narration atypique et dans l’extraordinaire interprétation de Morán y trouveront une expérience profondément gratifiante. La mise en scène de Berneri, tout en nuances et en atmosphère, donne vie à un univers habité et authentique.

Au bout du compte, Elena Knows est un drame captivant, porté par son interprète principale et la mise en scène atmosphérique de Berneri. C’est un film sur la perte, l’amour et tout ce qu’une mère est prête à faire pour protéger son enfant — même après la mort.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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