Cinéma

«RuPaul’s Drag Race» renouvelée pour une saison 19 sur MTV, «All Stars 12» sur Paramount+ : une franchise, deux abonnements

Liv Altman

L’annonce de ce renouvellement est rédigée pour être lue comme un couronnement : le programme phare, son aftershow et les deux déclinaisons All Stars reviennent tous, une institution vieille de deux décennies qui salue depuis un char de parade. World of Wonder y voit « un mouvement mondial extraordinaire » et, au regard des chiffres, l’expression n’est pas usurpée. Mais il est plus utile de lire un renouvellement comme une carte — l’image de l’endroit où une émission a choisi de vivre. Et ce que celui-ci entérine discrètement, c’est que RuPaul’s Drag Race ne vit plus en un seul lieu.

Durant la majeure partie de son existence, la franchise n’avait qu’une destination. On allait sur une chaîne, on y trouvait les queens, et l’affaire était réglée. Le retour que tout le monde célèbre trace au contraire une frontière en plein milieu : le vaisseau amiral d’un côté, son spin-off le plus prestigieux de l’autre, chacun derrière une porte différente avec sa propre clé. Le mot « renouvelé » travaille discrètement à faire passer une division pour des retrouvailles.

Voici sa véritable configuration. RuPaul’s Drag Race revient pour une saison 19 sur MTV, avec son compagnon confessionnal Untucked. All Stars revient pour une douzième saison — accompagnée de son propre Untucked — mais en exclusivité sur la plateforme Paramount+, entièrement hors du circuit linéaire. Le programme phare est le moteur d’audience de MTV ; l’édition réunissant les gagnantes est l’appât à abonnements de Paramount+. Même marque, deux modèles économiques et, pour qui veut suivre l’intégralité de la franchise, deux factures.

Cette séparation n’a rien d’anecdotique ; c’est la stratégie. Le spin-off vedette est précisément celui qui reste hors du câble, parce qu’un catalogue apprécié doté d’une base de fans dévouée est exactement le type de produit qu’une plateforme met en avant pour justifier un abonnement mensuel. Le propre message de remerciement de World of Wonder mentionne « nos partenaires chez MTV et Paramount+ » — la fracture est inscrite dans la phrase corporate. Ce qui ressemble à l’abondance pour un fan est, vu depuis une salle de conseil, un dispositif bien ordonné d’orientation de la demande.

La trajectoire rend la manœuvre lisible. L’émission a débuté sur Logo, une chaîne câblée de niche que presque personne ne recevait, avant de gravir progressivement des échelons vers des diffuseurs plus importants, pour finalement atterrir sur MTV — chaque déménagement constituant un barreau de plus sur l’échelle de la visibilité. Toute son histoire est celle d’une distribution grimée en récit culturel. La franchise n’a pas seulement survécu au paysage télévisuel qui l’a vue naître ; elle a continué à se déplacer là où migrait son public, et ce public est désormais éparpillé entre le câble et le streaming. Ce renouvellement sur deux plateformes ne trahit pas cette trajectoire. Il en est l’aboutissement logique, quoique légèrement cynique.

Et le programme phare continue d’apporter ce qui compte à un réseau linéaire. La saison 18 a offert à MTV le lancement le mieux noté de l’histoire de la franchise, avec environ 0,697 million de téléspectateurs en direct — une véritable rareté pour le câble à la frontière de la fiction au cours de cette décennie, et la raison pour laquelle le vaisseau amiral reste sur MTV tandis que All Stars part sur l’application. L’émission dont aucune chaîne ne voulait en 2009 est désormais celle autour de laquelle une marque de diffusion organise son hiver.

Rien de tout cela ne change le calcul concret pour la personne qui regarde depuis chez elle. Une couronne dans cette émission vaut deux cent mille dollars pour la gagnante ; suivre le chemin qui y mène vous coûte désormais deux abonnements. Si vous avez MTV, la nouvelle saison arrive comme elle l’a toujours fait. Si vous avez coupé le cordon, le programme phare exige une offre de télévision en direct et All Stars exige Paramount+ — les saisons plus anciennes figurent déjà dans ce catalogue, mais la promotion actuelle relève d’une démarche différente, et plus coûteuse.

MTV n’a pas fixé de date de première diffusion, et personne ne devrait considérer la rumeur d’un « début 2027 » comme autre chose qu’un schéma que la chaîne suit depuis quelques années. Ce qui est confirmé, c’est la géographie : les queens reviennent, et elles reviennent à deux adresses différentes. La franchise a passé dix-sept ans à apprendre à ses fans à la trouver partout. Elle s’apprête à découvrir combien d’entre eux paieront pour être à deux endroits à la fois.

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