Cinéma

Disco Inferno : un film d’horreur étincelant qui s’éteint trop vite

Susan Hill
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Les stroboscopes de la discothèque la plus courue de Los Angeles battent comme un cœur tandis que Mel (Soni Bringas) et Brandon (Stephen Ruffin) dansent à l’unisson, emportés par le rythme de Disco Inferno. Réalisé par Matthew Castellanos, ce court métrage d’horreur Netflix, baigné de néons, mêle l’hédonisme de la piste de danse à la présence glaçante d’une force bien plus sinistre. La caméra s’attarde sur la peau luisante de sueur du couple et les costumes scintillants des autres danseurs, mais le véritable drame se joue dans l’ombre : une force maléfique a été invoquée, et elle convoite leur enfant à naître.

Disco Inferno est un film d’horreur enveloppé de nostalgie disco, une expérience qui brouille les genres et ressemble à un rêve fiévreux. Le point de départ intrigue : Mel et Brandon se préparent à enflammer la piste de la boîte de nuit la plus branchée de Los Angeles, mais ils ont involontairement invoqué une entité malveillante qui menace leur bébé à naître. Le décor — une église transformée en discothèque — regorge de possibilités symboliques, mais la mise en scène de Castellanos peine à en exploiter toute la richesse. Le film ressemble à une bande-annonce alléchante pour un projet plus long, regorgeant de concepts prometteurs et de personnages en pleine transition, sans toutefois disposer de la densité narrative nécessaire pour porter un long métrage.

Bringas et Ruffin sont les piliers émotionnels de Disco Inferno. Leur alchimie est électrique et ancre les éléments surnaturels dans une relation humaine crédible. La prestation de Bringas dans le rôle de Mel mérite tout particulièrement d’être soulignée. Elle incarne l’enthousiasme et la vulnérabilité d’une jeune femme à l’aube de la maternité ; son bonheur de danser avec Brandon contraste vivement avec l’angoisse grandissante de sentir qu’une présence les observe depuis l’ombre. Brandon, interprété par Ruffin, est tout aussi convaincant : son dévouement envers Mel transparaît dans chacun de ses gestes protecteurs et dans chacun de ses regards inquiets.

La conception sonore est l’un des principaux atouts du film. Les basses martelantes et la musique dominée par les synthétiseurs créent une atmosphère enveloppante, la musique battant tout du long comme un second cœur. La bande originale ne se contente pas d’accompagner l’action : elle fait avancer le récit, intensifie la tension et renforce le sentiment qu’un désastre est imminent. Tous les choix sonores ne font cependant pas mouche. La bougie en images de synthèse — un ajout qui semble inutile — constitue un faux pas flagrant. Elle détonne dans un film d’horreur par ailleurs ancré dans le réel et rappelle de manière distrayante qu’il ne s’agit, après tout, que d’un court métrage.

Disco Inferno cherche à se tailler une place à part en mêlant horreur et esthétique disco, et le pari est parfois brillamment réussi. Le contraste entre l’univers étincelant et trépidant de la discothèque et la menace surnaturelle crée une dynamique captivante. L’exécution reste toutefois inégale. Le rythme connaît quelques ratés, et la brièveté du film donne à certaines étapes du récit un caractère précipité. Le climax, en particulier, pâtit de cette hâte. La confrontation, qui devrait glacer le sang, paraît abrupte et décevante, comme si Castellanos n’avait pas su choisir entre les ressorts du thriller surnaturel et le décor disco.

C’est dans son dénouement que Disco Inferno se montre le plus défaillant. Le film laisse le spectateur avec davantage de questions que de réponses : on a l’impression d’un arrêt brutal plutôt que d’une conclusion satisfaisante. Cette absence de résolution gâche le potentiel du film et laisse songeur quant à ce qu’il aurait pu accomplir avec un peu plus de développement et de finition. Sa courte durée ne fait qu’aggraver le problème : le temps manque tout simplement pour explorer pleinement les personnages ou la situation dans laquelle ils se trouvent.

Les comparaisons avec d’autres films d’horreur situés dans des lieux singuliers — l’hôtel hanté de Shining ou l’inquiétante demeure familiale d’Hérédité — font ressortir ce qu’aurait pu être Disco Inferno. Le décor de la discothèque offre un cadre inédit à un récit surnaturel, mais Castellanos ne tire pas pleinement parti de cette occasion. Le film donne le sentiment d’être passé à côté d’une exploration de la face sombre de l’hédonisme, de cette manière dont le plaisir sans limites peut faire naître quelque chose de monstrueux.

L’originalité du concept de Disco Inferno ne fait aucun doute. Le mariage de l’horreur et de l’esthétique disco est un choix audacieux, qui le distingue des thrillers surnaturels plus conventionnels. Mais cette originalité ne suffit pas à porter le film à elle seule. L’exécution laisse à désirer sur des points essentiels, et le spectateur ressort avec une idée de ce qui aurait pu être plutôt que de ce qui est.

Disco Inferno s’adresse aux amateurs d’horreur en quête de nouveauté, loin des histoires habituelles de maisons hantées et des codes du slasher. Il plaira aussi aux passionnés de disco qui apprécient la musique et la culture de cette époque. En revanche, il risque de décevoir ceux qui attendent une intrigue solidement construite ou une exploration aboutie de ses thèmes. Sa courte durée et son rythme précipité lui donnent davantage l’allure d’une preuve de concept que d’un récit complet.

Au bout du compte, Disco Inferno est une expérience de mélange des genres captivante, mais imparfaite. Le film compte de beaux moments — notamment grâce à ses interprètes et à sa conception sonore —, mais ceux-ci sont éclipsés par ses faiblesses structurelles et son dénouement abrupt.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

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