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Un rouleau de cour traduit en porcelaine: le chef-d’œuvre au cœur de la vente Ai Lian Tang chez Christie’s

Lisbeth Thalberg

Il existe une catégorie d’objet impérial qui refuse de se laisser enfermer dans un seul médium. Le vase hu yangcai aux ‘cent cerfs’ qui figure dans la prochaine vente de Christie’s a commencé, en un sens, comme une peinture de cour : un grand rouleau représentant la chasse automnale de l’Empereur Qianlong, exécuté à l’encre et au pigment sur papier, assemblant une composition panoramique de cerfs évoluant parmi des pins, des bambous et des torrents de montagne. La décision de transcrire cette image sur la surface convexe d’une pièce de porcelaine—en préservant la profondeur spatiale, la précision de l’émail, le sentiment d’un paysage qui recule—est le tour de force que représente ce vase. Ce n’est pas une poterie ornée d’une scène de chasse. C’est un rouleau qui a appris à se tenir debout.

Ce vase est la pièce maîtresse de ‘The Ai Lian Tang Collection—Gems of the Imperial Capital’, la deuxième vente dédiée de Christie’s aux œuvres de cette collection privée. Là où le premier chapitre, célébré plus tôt cette année, retraçait 800 ans de céramique chinoise, le rassemblement d’octobre prend la ville elle-même pour cadre : trente objets liés à Pékin et à la cour impériale, couvrant la porcelaine, le jade, la laque et d’autres œuvres sur plus de six siècles de vie dynastique sous les Yuan, Ming et Qing.

Qianlong-period lacquer handwarmer with landscapes, Qing Dynasty imperial craftsmanship
Image: Daderot / Peabody Essex Museum / Wikimedia Commons (CC0)

La période Qianlong a produit certaines des pièces techniquement les plus ambitieuses du répertoire impérial, et ce vase en fait incontestablement partie. La palette yangcai—émaux peints sur une base cuite—exigeait une précision à chaque étape. La logique spatiale d’une composition en rouleau, conçue pour être lue de gauche à droite en progression horizontale, devait être repérée sur une surface convexe sans perdre la profondeur qui fait l’autorité de l’œuvre. Les cerfs ne peuplent pas simplement le vase ; ils reculent et surgissent à travers un paysage stratifié. L’œuvre porte aussi l’imagerie propice qui structurait la culture visuelle Qing—les cerfs comme emblèmes de longévité, de prospérité et de vertu—traduisant le rituel de cour en un objet qui survive à toute cérémonie.

Aussi exceptionnel que soit le vase, les vingt-neuf autres lots résistent à n’être qu’une toile de fond. La vision du collectionneur, telle que la sélection la révèle, ne s’est pas limitée à une seule dynastie ou un seul médium. La sculpture en jade, la laque impériale et les objets de lettrs côtoient les céramiques, retracant les échanges culturels qui ont donné à Pékin impérial son caractère singulier : une ville qui, pendant plus de six siècles, a attiré le meilleur artisanat de tout l’empire et lui a conféré un cadre de cour. Ensemble, ces objets dessinent un monde cosmopolite où dévotion religieuse, idéaux lettrés et mécénat se sont nourris l’un l’autre de manières visibles dans les choix matériels—la technique, la finition, le registre symbolique—de chaque pièce.

La vente s’inscrit dans le programme du quarantième anniversaire de Christie’s en Asie, une année d’événements phares dans toute la région célébrant quatre décennies de présence de la maison à Hong Kong. Elle fait suite à la première vente dédiée de la Ai Lian Tang Collection, qui avait suscité un intérêt international significatif pour la profondeur de cet ensemble privé, et confirme la collection comme l’un des programmes d’acquisition les plus déterminants de l’art chinois de ces dernières décennies.

Les présentations publiques des lots circuleront avant la vente à Hong Kong : Pékin dès le 13 septembre, Shanghai dès le 19 septembre, Taipei dès le 17 octobre et Hong Kong dès le 22 octobre. La vente aux enchères aura lieu le 29 octobre au siège de Christie’s Asia Pacific, The Henderson, Central.

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