Télévision

The Legend of Vox Machina, saison 4 sur Prime Video : la partie de jeu de rôle devenue épopée animée

Née d'une campagne de Donjons & Dragons jouée en direct, l'animation pour adultes du studio Titmouse revient pour une quatrième saison qui élargit le monde d'Exandria et l'assombrit.
Jun Satō

The Legend of Vox Machina a toujours eu l’air de bien plus que ce qu’elle était sur le papier. Tout est parti d’une table de jeu, une campagne de Donjons & Dragons diffusée en direct par des comédiens de doublage qui improvisaient un continent, et le studio Titmouse a transformé ces séances en un monde dessiné à la main : forêts d’encre, forteresses éclairées à la torche, dragons peints dans des couleurs profondes. La fantasy animée pour adultes revient sur Prime Video pour une quatrième saison, et l’écran se remplit de bien plus de monde que la table n’en a jamais décrit à voix haute.

Vox Machina, ce sont des mercenaires : une bande d’inadaptés davantage attirés par l’or et la bière bon marché que par l’idée de sauver qui que ce soit, et qui se retrouvent pourtant, encore et encore, seuls entre le royaume et ce qui veut le réduire en cendres. La série les filme comme un véritable groupe, des corps qui se battent, boivent et pleurent dans le même plan, chacun doté d’une silhouette reconnaissable au premier regard. En trois saisons, ce premier grand récit les a menés d’une cité hantée à un ciel saturé de dragons, et le monde autour d’eux n’a cessé de s’épaissir.

YouTube video

L’originalité tient à son origine. Ce n’est pas une œuvre conçue pour la télévision puis adaptée d’un jeu : c’est l’inverse. Critical Role est d’abord une partie de jeu de rôle jouée en ligne, et la série en conserve la logique, digressive, centrée sur les personnages, prête à consacrer une scène entière à une blague ou à une blessure. Le projet est né d’une campagne de financement participatif qui demandait aux fans de payer un seul épisode spécial et qui est devenue la plus importante de son genre, de quoi transformer un objet unique en commande de plusieurs saisons. Amazon a pris le relais sans que la série perde la voix de la table dont elle est issue.

Les voix appartiennent à celles et ceux qui ont inventé les personnages. Laura Bailey prête la sienne à la rôdeuse Vex’ahlia, Taliesin Jaffe au pistolero Percy, Ashley Johnson à la prêtresse Pike, Liam O’Brien au roublard Vax’ildan et Marisha Ray à la druidesse Keyleth : les mêmes joueurs de Critical Role qui ont fait exister ces héros en direct lisent désormais un scénario bâti à partir de leur propre improvisation. C’est le moteur singulier de la série. Les dialogues ont le rythme de gens qui se connaissent depuis des années, parce que, hors champ, c’est le cas.

La couleur est le premier argument. Titmouse anime Exandria en aplats presque picturaux, verts éteints, intérieurs orange de bougie, bleu froid d’un sort qui tourne mal, avant de laisser la violence surgir dans un rouge saturé. Les combats sont chorégraphiés comme des morceaux de bravoure mais cadrés comme des illustrations, et le studio fondé par Chris Prynoski n’a aucune gêne avec le médium : le sang tombe sur la neige et la caméra ne détourne pas le regard. C’est de l’animation pour des adultes à qui l’on a répété, enfants, que la forme ne leur était pas destinée.

La quatrième saison élargit encore la toile : plus de géographie d’Exandria, plus de ses dieux et de ses monstres. Et la saga s’assombrit par choix. Ce qui avait commencé comme l’histoire de mercenaires en quête d’argent facile leur a demandé, saison après saison, de devenir des protecteurs, puis quelque chose de plus lourd encore. La comédie demeure ; elle partage seulement le cadre, désormais, avec le deuil et le sacrifice.

La quatrième saison arrive sur Prime Video le 3 juin, et elle porte la question que la série a toujours posée à voix basse : un monde rêvé à haute voix autour d’une table peut-il continuer de paraître composé, peint, mis en musique, dessiné, à mesure qu’il grandit jusqu’à devenir une épopée de quatre saisons ? Jusqu’ici, la réponse tient dans les images. Les forêts restent encrées à la main, les dragons gardent leur poids, le sang reste rouge, et sous tout cela on entend encore la table. Les dés ont quitté le champ. On les entend toujours rouler.

Discussion

Il y a 0 commentaire.