Séries

« Comme un rat » sur Netflix : Ryu Jun-yeol traqué par l’homme qui lui a volé jusqu’à son empreinte

Liv Altman

Il existe une panique sans esbroufe. Un homme pose le pouce sur son téléphone et le téléphone ne le reconnaît plus. Il tape le mot de passe qu’il utilise depuis des années et l’écran le refuse. Aucune porte fracturée, aucune vitre brisée : la mécanique de sa vie a simplement cessé d’admettre qu’il est bien celui qu’il prétend être. C’est dans cette arithmétique silencieuse de l’effacement que se loge Comme un rat, une peur plus froide que celle d’un intrus masqué.

YouTube video

Comme un rat est un thriller sud-coréen bâti en dix épisodes autour d’un moi qui s’efface. Je Moon-jae est un romancier qui écrit sous pseudonyme et n’a pas quitté son appartement depuis longtemps, déjà à demi effacé par choix. Puis l’effacement devient subi : son empreinte ne répond plus, ses comptes se verrouillent, son argent et son nom lui glissent entre les doigts, et quelque part dans la ville un inconnu qui se fait appeler le Rat entreprend d’occuper la vie qui fut la sienne. Le point de départ remonte à un vieux conte coréen où un rat, en mangeant les rognures d’ongle d’un homme, en prend le visage ; la série garde la superstition et la redirige vers les preuves modernes de l’identité : le capteur d’empreinte, le champ du mot de passe, le solde bancaire.

La tension naît d’une distribution qui renverse le vieux rapport du chasseur et de la proie. Ryu Jun-yeol incarne Moon-jae, le traqué qui n’a plus rien pour prouver qu’il est lui-même. Sol Kyung-gu joue Noja, un usurier qui a jadis poursuivi Moon-jae pour une dette et devient le seul à vouloir l’aider à récupérer son identité. Celui qui voulait sa peau devient celui qui atteste qu’il existe. De l’autre côté de la loi, le détective de Lee Kyoo-hyung file la même proie sur une piste qui vire au trop personnel.

Kim Hong-sun réalise, et le nom fixe le registre. On lui doit Money Heist: Korea et une longue série de thrillers de genre saturés de tension ; un cinéaste qui resserre la machine du suspense au lieu de lui adresser un clin d’œil. Il ne stylise pas la panique, il la laisse s’accumuler : la carte refusée, le visage que le système ne reconnaît pas, l’appel qui ne passe pas. Comme un rat s’inscrit dans une lignée que la télévision coréenne affine depuis dix ans — la paranoïa de Forgotten, la cruauté d’une vie réécrite par un autre qui remonte à Oldboy, la vague des thrillers webtoon-Netflix de Bloodhounds et Sweet Home — et en actualise l’objet du vol : non plus la mémoire ni la liberté, mais les identifiants, cet accès devenu, sans bruit, l’âme.

Si le conte mord encore, c’est que nous nous sommes rendus plus faciles à voler. Un visage est désormais un identifiant ; un pouce, une signature. Le moi qu’attestaient autrefois les voisins et la paperasse, c’est une base de données qui l’atteste, et une base de données, cela se modifie. La Corée, où le téléphone est à la fois portefeuille, carte d’identité et clé du domicile, est le décor idéal de ce cauchemar, mais l’angoisse voyage : le calvaire de Moon-jae est une histoire d’horreur sur l’infrastructure même à laquelle nous avons fait confiance ce matin sans y penser.

Mousetrap
Mousetrap Sul Kyung-gu as Noja in Mousetrap. Cr. Yoo Eun-mi/Netflix © 2026

Sous la traque, une question que la récupération du nom ne tranchera peut-être pas. Si chaque registre, chaque appareil, chaque institution peut être amené à dire que Moon-jae est l’imposteur et le Rat, l’authentique, que reste-t-il pour prouver le contraire — et combien du moi qu’il défend survit s’il lui faut, pour le reprendre, devenir aussi impitoyable que celui qui le lui a pris ? Comme un rat laisse cette porte ouverte : c’est ce qui sépare un thriller sur un crime d’un thriller sur une peur.

Adaptée du webtoon Field Mouse de Ludvico et forte de dix épisodes, la série réunit Ryu Jun-yeol, Sol Kyung-gu et Lee Kyoo-hyung sous la direction de Kim Hong-sun. Comme un rat arrive sur Netflix le 28 août 2026.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.