Séries

The Green Glove Gang : une comédie de braquage pour seniors qui s’essouffle

Veronica Loop
Ajoutez-nous sur Google

La scène d’ouverture de The Green Glove Gang est un petit chef-d’œuvre de tension et d’humour noir : trois femmes âgées, chacune avec un gant vert glissé dans sa poche comme une signature de cambrioleuse, cafouillent lors d’un braquage qui tourne mal. Le point de départ promet son lot de mauvais coups, et cette série policière polonaise tient ses promesses — du moins au début.

Écrite par Anna Novak-Zemplińska, Artur Gołębiowski, Bartosz Kozera, Daria Drzewiecka, Hanna Węsierska et Joanna Hartwig-Skalska, The Green Glove Gang suit Zuzanna Zemplińska (Magdalena Kuta), Kinga Jarecka (Małgorzata Potocka) et Alicja Skowron (Anna Romantowska), qui échappent à la police en se cachant dans une maison de retraite. La dynamique du trio constitue la colonne vertébrale de la série : Zuzanna, la meneuse au grand cœur ; Kinga, la cynique imprévisible ; et Alicja, la conscience morale récalcitrante. Leur alchimie fait des étincelles, surtout lorsqu’elles se chamaillent sur la marche à suivre ou se remémorent leurs exploits passés.

YouTube video

La série est particulièrement réussie dans ses premiers épisodes, qui tirent à la fois humour et émotion de l’absurdité de ces trois septuagénaires se faisant passer pour des résidentes en situation de handicap afin de ne pas se faire repérer. Le cadre de la maison de retraite permet d’alterner traits d’esprit mordants et moments touchants : les femmes se rapprochent des autres pensionnaires tout en découvrant les sinistres secrets de l’établissement. Magdalena Kuta, en particulier, vole la vedette grâce à son jeu physique et à sa profondeur émotionnelle ; elle fait de Zuzanna un personnage auquel on s’attache malgré ses penchants criminels.

La distribution est solide, avec notamment Mirosław Zbrojewicz dans le rôle d’Alfred, l’énigmatique gardien de la maison de retraite, et Karolina Rzepa dans celui de Katarzyna Gujska, l’inspectrice tenace qui les traque. Les seconds rôles donnent de l’épaisseur au récit, qu’il s’agisse de Beata Bandurska en Marzena, une autre résidente à la langue bien pendue, ou de Józef Duriasz en Jan, dont la présence discrète dissimule une vérité plus sombre.

La réalisation est dans l’ensemble maîtrisée, avec quelques séquences marquantes qui mettent en valeur les qualités de la série. La photographie souligne souvent le contraste entre la vie criminelle et rugueuse du gang et l’univers aseptisé, aux teintes pastel, de la maison de retraite. Il en ressort une tension visuelle qui fait écho aux thèmes du vieillissement et de la rébellion.

La série donne le meilleur d’elle-même lorsqu’elle joue la carte de la comédie, notamment dans les scènes où les femmes tentent de s’adapter aux absurdités de leur nouvel environnement. Un moment particulièrement réussi montre Zuzanna feignant un problème de mobilité tout en préparant son prochain coup : une scène qui résume parfaitement l’équilibre entre humour et émotion. L’écriture est la plus affûtée lorsqu’elle se concentre sur les relations entre les personnages, laissant leur personnalité s’exprimer à travers des dialogues pleins d’esprit et de véritables élans d’émotion.

Mais The Green Glove Gang trébuche lorsqu’elle tente de garder l’équilibre sur son fil tonal. L’intrigue criminelle manque de développement : les braquages et les dissimulations passent souvent au second plan derrière les intrigues dignes d’un feuilleton qui agitent la maison de retraite. La distribution a beau être solide, la série peine à maintenir son élan lorsqu’elle s’enfonce trop dans le mélodrame.

Au fil de la saison, le rythme devient irrégulier et certains épisodes donnent l’impression de meubler plutôt que de faire progresser l’intrigue. La révélation du sombre secret de la maison de retraite est intrigante, mais trop peu exploitée : les investigations des femmes méritaient des retombées plus importantes. La série manque également de clarté quant à ses objectifs à long terme et perd parfois de vue son intrigue principale au profit de péripéties épisodiques.

La série doit ses principaux atouts à ses moments centrés sur les personnages et à son humour noir, qui la distinguent des autres comédies policières. Elle partage certains traits avec des films comme Ocean’s Eleven et des séries comme Only Murders in the Building, mais se taille une place à part en mettant en scène des personnages plus âgés. Elle aborde aussi le vieillissement, les regrets et la quête d’un sens à donner à sa vie, une profondeur qui l’élève au-dessus de la simple farce.

Au bout du compte, The Green Glove Gang est une série attachante mais imparfaite, qui s’appuie trop sur son point de départ insolite sans s’engager pleinement ni dans le polar ni dans la comédie.

Distribution

Photos : The Movie Database (TMDB)

Étiquettes: , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.