Séries

City of Blood sur Disney+ : Philipp Kadelbach fait de Berlin une ville où le sang tient lieu de monnaie

Camille Lefèvre

Deux sœurs, séparées dans leur enfance, se retrouvent dans un Berlin qui a appris à fixer le prix de la vie humaine au litre. C’est le pari que fait Philipp Kadelbach avec City of Blood, un thriller dystopique en huit épisodes dans lequel les vampires ne se cachent plus dans l’ombre. Ils dirigent le crime organisé qui fait tourner la ville, et ils convoitent la seule chose que le crime ne peut pas simplement acheter : le pouvoir politique.

YouTube video

Le postulat évoque l’horreur gothique, mais la série est construite comme une économie politique avec des crocs. City of Blood est adaptée de Berlinoir, le roman graphique allemand de l’illustrateur Reinhard Kleist et du scénariste Tobias O. Meissner, et elle est diffusée sur Disney+ à l’international et sur Hulu aux États-Unis. Lea Drinda incarne Bea Hoffmann et Soma Pysall joue sa sœur Phoebe Kaya ; leurs retrouvailles sont la mèche qui allume l’intrigue.

Kadelbach n’est pas un réalisateur de genre de métier, ce qui rend le choix intéressant. Il s’est fait un nom avec Generation War, le drame historique qui débattait de la manière dont les Allemands ordinaires se comportaient dans une machine conçue pour les consumer, et il a ensuite réalisé l’adaptation allemande de Parfum. La dystopie vampirique semble être un virage, mais son véritable sujet n’a pas changé : ce que deviennent les gens quand le système autour d’eux fonctionne à l’appétit.

Le monde qu’il construit avec sa co-créatrice Elena Lyubarskaya est stratifié par conception. Une minorité privilégiée vit sous un dôme entièrement climatisé tandis que le reste de la ville, dévasté par l’effondrement climatique, est livré à la corruption et à la violence. Dans cet arrangement, le vampirisme cesse d’être une malédiction pour devenir un modèle économique. Le sang est de l’argent, la rareté est orchestrée, et les prédateurs siègent au sommet du marché plutôt que de rôder à ses marges. La question que la bande-annonce ne cesse de tourner est celle que le titre implique : qui est le plus grand danger ici, les humains ou les vampires ?

Ce postulat se lit comme une allégorie avant même qu’un croc ne soit montré. Un dôme climatisé pour quelques-uns tandis que la majorité est laissée à la chaleur, c’est l’adaptation climatique triée par la richesse, dessinée en une image nette. Faire du sang la monnaie transforme un motif d’horreur familier en une déclaration sur l’extraction : la valeur monte, le corps est la matière première, et les gens au sommet ont arrangé les règles pour que leur appétit se lise comme une gouvernance. Le vampire, dans cette version, est moins une créature qu’une classe.

Il y a aussi une mémoire plus longue à l’œuvre. Le vampire a, en un sens, reçu sa grammaire cinématographique sur les écrans allemands, dans le Nosferatu de Murnau, tourné dans le Berlin angoissé des années de Weimar. Un siècle plus tard, City of Blood ramène la figure dans la même ville et en vide le romantisme. Elle appartient moins à la tradition du séducteur venu de l’extérieur qu’à celle dystopique que Dark et 1899 ont transformée en genre le plus exportable d’Allemagne, où l’horreur est une structure que l’on ne peut pas quitter plutôt qu’une créature que l’on peut distancer.

La source en roman graphique donne à la série une colonne vertébrale qui manque souvent aux concepts de salle d’écrivains. Berlinoir arrive avec une imagination politique spécifique déjà attachée, et l’adaptation garde son idée centrale intacte : une métropole où le pouvoir a un appétit et où la citoyenneté est une question de ce que vaut votre sang. C’est l’ancre qui empêche la série de devenir un monstre de la semaine et la dirige vers l’allégorie. Cela s’inscrit aussi dans un schéma européen plus large, où les comics et les romans graphiques sont devenus la route la plus fiable du continent vers une propriété intellectuelle de genre qu’un studio peut construire à grande échelle.

Le casting signale une ambition de prestige plutôt que du pulp. Aux côtés de Drinda et Pysall, la distribution rassemble un banc profond d’acteurs de cinéma allemands, dont Lars Eidinger, Jördis Triebel, Dagmar Manzel et Melika Foroutan, avec Franz Hartwig dans le rôle de Johan Moderson. Cette profondeur de casting compte : elle vous dit que la production veut être lue comme un drame sérieux qui a des vampires, pas l’inverse. Eidinger en particulier apporte une certaine autorité de cinéma d’art et d’essai de son travail sur scène et à l’écran qu’un simple film de créatures n’aurait aucune utilité.

L’échelle est inhabituelle pour la télévision allemande. City of Blood a été produite par Amusement Park Film, la société berlinoise derrière À l’Ouest, rien de nouveau, l’adaptation de 2022 qui a remporté quatre Oscars, et elle a été tournée en environ 110 jours, avec Prague et d’autres villes tchèques en remplacement de la capitale en ruines. C’est de la puissance de film de cinéma appliquée à un genre auquel le prestige allemand s’engage rarement à ce budget, et elle est dépensée pour une histoire délibérément ancrée dans une ville allemande plutôt que dans une dystopie sans lieu.

Pour Disney+, le pari est tout aussi marqué. Un pilier de genre en huit épisodes en langue allemande placé sur une plateforme mondiale est un signal sur l’endroit où les streamers attendent maintenant leur prochaine vague de drames exportables : des talents locaux, proches des festivals, créant des œuvres à l’échelle de franchises. Dark a prouvé qu’une série allemande pouvait voyager dans sa propre langue ; City of Blood teste si une dystopie vampirique maison peut faire de même sur l’étagère la plus grande possible.

Ce que la série se fixe, ce n’est pas la question de savoir si les sœurs survivent, mais ce qu’une réunion peut restaurer dans une ville qui a déjà trié ses habitants entre les protégés et les jetables. Si le sang est une monnaie, la parenté est la seule chose que le marché n’a pas encore compris comment évaluer. City of Blood semble surtout intéressée par la question de savoir si cela reste vrai une fois que les sœurs sont tirées au centre d’une guerre qu’aucune d’elles n’a choisie.

City of Blood sera lancée le 16 septembre 2026, en streaming sur Disney+ sur les marchés internationaux et sur Hulu aux États-Unis. La série limitée en langue allemande compte huit épisodes, réalisée par Philipp Kadelbach et créée avec Elena Lyubarskaya, adaptée du roman graphique Berlinoir de Reinhard Kleist et Tobias O. Meissner.

Étiquettes: , , , , ,

Discussion

Il y a 0 commentaire.