Cybersécurité

Sept laboratoires d’IA chinois ont aspiré 151 millions de conversations Claude en secret

Adrian Kessler

Sept entreprises chinoises d’intelligence artificielle ont passé des mois à nourrir leurs propres modèles avec des réponses volées à Claude, et Anthropic vient de les nommer une par une. Les laboratoires — Alibaba, DeepSeek, Moonshot AI, Xiaomi, Zhipu, MiniMax et SenseTime — ont utilisé des réseaux de comptes frauduleux pour acheminer les conversations de leurs utilisateurs vers Claude, collecter les réponses et les employer à l’entraînement de modèles concurrents moins coûteux. Ce procédé s’appelle la distillation, et à l’échelle documentée par Anthropic, il s’agit de la plus vaste opération non autorisée d’entraînement d’IA jamais rendue publique.

Alibaba a mené la plus grande campagne. Entre mai et juillet 2026, son opération a enregistré 151 millions d’échanges avec Claude via plus de 3 500 comptes frauduleux, avec un pic d’environ 3 millions de conversations volées par jour. Moonshot AI — la société derrière l’assistant Kimi utilisé par des dizaines de millions de personnes — a réalisé 23 millions d’échanges et redirigé environ 300 000 sessions actives de ses propres clients vers Claude via un réseau proxy de 5 380 faux comptes. DeepSeek a enregistré 12,1 millions d’échanges en 14 jours. Zhipu, Xiaomi, MiniMax et SenseTime ont ajouté des centaines de milliers d’échanges supplémentaires, SenseTime ayant même pris la mesure inhabituelle d’acheter des transcriptions Claude directement auprès de vendeurs de données tiers.

Le volume est frappant, mais le contenu compte davantage. Anthropic a déclaré que les échanges volés incluaient des informations sensibles provenant d’utilisateurs individuels, de grandes multinationales et d’organisations affiliées à des États. La distillation traite par conception les sorties d’IA comme du matériel d’entraînement anonyme, mais il ne s’agissait pas de sessions anonymisées. C’étaient des conversations en direct issues de Kimi, de Xiaomi AI et d’autres applications chinoises, transmises à Claude en temps réel, avant d’être réinjectées dans les pipelines d’entraînement des laboratoires.

La technique fonctionne parce que les sorties d’un modèle plus performant peuvent apprendre à un modèle plus petit à reproduire le même raisonnement — la même logique qu’un étudiant applique en étudiant les solutions détaillées d’un professeur. Les laboratoires externalisaient la partie la plus difficile du développement de l’IA vers Claude et ses utilisateurs, sans payer et sans le divulguer. Anthropic affirme avoir détecté les campagnes à partir de février 2026, les plus grandes opérations s’étant déroulées jusqu’en juillet.

Aucune des sept entreprises n’a publiquement répondu au récit d’Anthropic. Ce silence est notable : la distillation est une technique standard dans la recherche en IA, mais la mener à l’échelle industrielle en utilisant des comptes frauduleux, en violation des conditions d’utilisation d’un concurrent, avec les données personnelles en direct des utilisateurs attachées, dépasse tout ce que l’industrie avait documenté jusqu’à présent.

Anthropic a pris des mesures pour colmater la brèche. L’entreprise interdit les comptes revendeurs provenant de régions où son service n’est pas officiellement pris en charge, notamment la Chine, la Russie et l’Iran. Elle a également mis à jour Claude pour qu’il résume son raisonnement interne avant de fournir une réponse finale — un changement destiné à rendre les traces brutes de raisonnement plus difficiles à reproduire pour les concurrents. Un nouveau système appelé « preserved thinking » chiffre ces traces afin qu’elles ne puissent pas être extraites par manipulation des invites.

Les contre-mesures traitent le vecteur d’attaque technique mais laissent une question plus difficile en suspens. Quiconque a utilisé Kimi, l’assistant IA de Xiaomi ou les autres applications concernées pendant la période documentée a peut-être vu ses conversations capturées et traitées via Claude à son insu. Anthropic n’a pas dit si elle informerait les utilisateurs concernés, et les laboratoires chinois ne se sont pas engagés à divulguer cette pratique à leurs propres clients.

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