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La Pixel Watch 5 lance son gardien de santé dopé à l’IA avant le feu vert de la FDA

Adrian Kessler

La nouvelle montre de Google arrive avec une promesse qui va bien au-delà du comptage de pas : une IA qui surveille votre corps pour détecter ce qui tue en silence. Elle dit qu’elle remarquera si votre respiration s’effondre pendant votre sommeil, signalera la lente progression de la tension artérielle, et vous avertira lorsque votre corps glisse vers le diabète. Le discours est celui d’une vigilance de qualité médicale au poignet. Le hic, c’est que la montre mesure moins que ce que le marketing laisse entendre, et dans le pays où elle vient d’être lancée, la fonctionnalité de sécurité au cœur de ce discours n’est pas autorisée à s’activer.

Commençons par la fonctionnalité que Google met en avant : la détection des urgences respiratoires. La montre lit la saturation en oxygène, recherche une baisse sévère et persistante, et peut appeler les secours si vous êtes inconscient. Google la présente comme une première dans l’industrie pour une montre, et dans certaines parties de l’Europe, elle fonctionne, approuvée sous un marquage CE. Aux États-Unis, ce n’est pas le cas. Google indique que cette fonctionnalité n’a pas été approuvée ni évaluée par la Food and Drug Administration. Les acheteurs américains reçoivent le capteur et le logiciel, mais pas la fonctionnalité autour de laquelle le lancement a été construit.

Les fonctions de tendances santé reposent sur le même tour de passe-passe sémantique. La Pixel Watch 5 ne prend pas de mesure de tension artérielle. Elle agrège votre pouls et vos schémas de mouvement, les passe dans un algorithme propriétaire, et renvoie un seul point de tendance une fois par mois. La résistance à l’insuline n’est pas non plus un test de glycémie ; un modèle d’IA analyse environ un mois de rythme cardiaque, de sommeil et de mouvement, et estime l’efficacité avec laquelle votre corps gère l’énergie. Ce sont peut-être des signaux utiles. Mais la tension artérielle et la résistance à l’insuline sont des termes cliniques, et la montre les déduit plutôt que de les mesurer, une distinction que l’interface adoucit et que le marketing ignore.

Lisez les petits caractères de Google, et l’écart est clairement énoncé. Ces fonctionnalités ne sont pas destinées à diagnostiquer, traiter, guérir ou prévenir une quelconque condition médicale. Elles ne doivent pas être utilisées à des fins médicales. Elles ne remplacent pas un outil de diagnostic. Chaque affirmation d’utilité pour la santé est suivie d’une phrase qui retire l’autorité médicale que le nom de la fonction venait d’emprunter. La précision, ajoute Google, dépend de votre IMC, de votre flux sanguin, de votre pigmentation cutanée et de vos tatouages, le genre d’avertissement qui compte le plus pour les personnes les moins susceptibles de le lire.

Les chiffres qui sous-tendent cette confiance proviennent des propres tests de Google. La classification du sommeil est 15 % plus précise, le GPS deux fois plus précis dans des conditions difficiles, mieux qu’une Apple Watch ou une Garmin, le tout mesuré par Google et encore vérifié par aucun laboratoire indépendant ni organisme de régulation. Les journalistes qui l’ont portée ont remarqué la faille. Un journaliste d’Engadget s’est demandé comment un simple tracker de pas et de fréquence cardiaque pouvait dire si quelqu’un est insulinorésistant ou hypertendu. C’est la bonne question, et le lancement n’y a pas répondu.

C’est l’aspect qui devrait inquiéter Google plus que les comparaisons de spécifications. L’homologation dont elle a besoin échappe à son contrôle. En Europe, un marquage CE et des régulateurs coopératifs permettent à la fonction de sécurité d’être commercialisée ; aux États-Unis, la même fonction attend l’avis de la FDA tandis que les relevés de tendances santé sont déployés derrière des clauses de non-responsabilité conçues pour tenir la responsabilité à distance. Cette posture tient jusqu’à ce qu’elle ne tienne plus, jusqu’à ce qu’une urgence respiratoire manquée, ou une tendance de tension artérielle faussement rassurante, place l’écart entre le marketing et l’homologation devant un régulateur ou un tribunal. La montre, vendue comme un appareil premium et arrivant en magasin dans les semaines à venir, vend une réassurance qu’elle vous a dit par écrit de ne pas croire.

La phrase la plus honnête de tout le lancement est la clause de non-responsabilité. C’est aussi celle que Google a écrite en plus petits caractères.

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