Acteurs

Sutatta Udomsilp, l’actrice thaïlandaise qui a survécu à ses propres scandales

Penelope H. Fritz
Ajoutez-nous sur Google
Sutatta Udomsilp
Sutatta Udomsilp
Photo: THHeadline / CC BY 3.0, via Wikimedia Commons
Naissance5 juin 1997
Bangkok
ProfessionActrice
RécompensesPrix Suphannahong du Meilleur Actrice dans un Second Rôle (Ladda Land) · Prix Kom Chad Luek de Meilleure Actrice dans un Second Rôle (Ladda Land)

Dans l’une de ses nouvelles séries, Sutatta Udomsilp incarne Prim, une actrice de premier plan dont la carrière est sur le point de s’effondrer à la suite d’un scandale. Désespérée, Prim plaisante devant un sanctuaire aux esprits abandonné : elle voudrait partir dans un endroit où personne ne la connaît, et promet aux esprits des milliers de figurines de zèbres. À son réveil, elle se retrouve dans le royaume d’Ayutthaya. Le point de départ est léger : une comédie romantique découpée en courts épisodes verticaux, conçus pour les écrans de téléphone. Mais avec PunPun dans le rôle — le surnom que lui donnent les téléspectateurs thaïlandais depuis qu’elle était enfant et apparaissait dans des publicités —, l’histoire prend une autre dimension. Peu d’actrices thaïlandaises de sa génération ont été aussi célèbres, ou aussi sévèrement jugées, avant même d’avoir l’âge de voter.

Au milieu d’une filmographie bien remplie, la question n’est plus de savoir si elle sait jouer. Un jury national y a répondu alors qu’elle avait quatorze ans. Reste à savoir si le public regarde désormais d’abord son travail, ou s’il voit encore la jeune fille des premières pages des journaux.

Udomsilp a grandi à Bangkok, benjamine d’une fratrie de trois enfants, et posait déjà pour des publicités à l’âge de quatre ans. Elle a étudié à la Kasetsart University Laboratory School puis à la Ruamrudee International School, sans interrompre ses études pendant les années les plus mouvementées de sa carrière : elle a obtenu avec mention un diplôme en arts de la communication à Chulalongkorn University, puis un master en médecine anti-âge et régénérative à Dhurakij Pundit University. Née le 5 juin 1997, elle avait treize ans lorsque GTH, le studio à l’origine de la plupart des succès commerciaux thaïlandais de la décennie, lui a confié le rôle de Nan, la fille d’une famille qui emménage dans un lotissement hanté, dans le film d’horreur de Sophon Sakdaphisit Laddaland.

Sorti en 2011, le film s’est placé en tête du box-office thaïlandais dès sa première semaine. Pour son interprétation de Nan, elle a remporté le Suphannahong National Film Award de la meilleure actrice dans un second rôle, ainsi que le Kom Chad Luek dans la même catégorie. GTH l’a gardée dans son giron. Elle a joué dans un segment de l’anthologie célébrant l’anniversaire du studio, Seven Something, puis incarné Meen dans Last Summer, une histoire de fantômes adolescents dont le titre thaï se traduit par « Cet été-là, je suis morte ». Son rôle le plus marquant est venu avec Hormones: The Series : elle y jouait Toei dans une série pour adolescents qui abordait l’adolescence avec une franchise jusque-là absente de la télévision thaïlandaise, et des moyens de production généralement réservés au cinéma. En 2015, May Who?, comédie romantique mettant en scène une lycéenne qui envoie des décharges électriques dès que ses émotions s’emballent, lui a offert son premier grand rôle principal. Ce sera aussi le dernier film distribué par GTH avant la dissolution du studio.

À ce moment-là, une autre histoire avait pris le pas sur sa filmographie. En juillet 2013, alors qu’elle avait seize ans, des photos circulant en ligne ont semblé la montrer en train de consommer de la drogue. Son père, Surasak Udomsilp, a déclaré aux journalistes qu’elle avait reconnu avoir pris de la méthamphétamine pour maigrir et qu’il allait la retirer du milieu du spectacle ; quelques jours plus tard, lors d’une deuxième conférence de presse où il tentait de présenter l’épisode sous un autre jour, il s’est contredit devant les journalistes. En 2015, une vidéo publiée par l’actrice, où des membres de la distribution de Hormones chantaient et dansaient dans un train au Japon, a déclenché une vive indignation dans le pays. Après ses excuses, GTH l’a suspendue pendant six mois. Un an plus tard, une publication insultante sur Instagram visant une autre actrice lui a de nouveau coûté cher. Elle a présenté des excuses publiques et quitté Nadao Bangkok, l’agence artistique liée à GTH qu’elle avait rejointe en 2014.

Deux versions simplistes de sa carrière méritent d’être rectifiées. Les récapitulatifs en anglais la présentent souvent comme lauréate du Suphannahong pour Last Summer ; or, le palmarès de la cérémonie indique qu’elle était nommée dans la catégorie meilleure actrice et qu’elle a perdu face à Patcha Poonpiriya, récompensée pour Mary Is Happy, Mary Is Happy. Le prix national du cinéma qu’elle a remporté, elle l’a reçu enfant. La seconde version s’arrête en 2016, comme si les scandales avaient fermé la porte. Ils en ont plutôt changé la forme. Depuis May Who?, elle a rarement tenu le premier rôle dans un long métrage. Elle est passée à la télévision et au streaming, aux anthologies et aux distributions chorales. Dans Faces of Anne de Kongdej Jaturanrasmee et Rasiguet Sookkarn, elle fait partie des nombreuses actrices qui se relaient pour incarner la même femme, une inconnue dont le visage change sans cesse sur une île qu’elle ne peut quitter. Ce n’est pas la trajectoire que laissait présager l’enfant primée. C’est celle d’une actrice qui se construit après la disparition du studio qui l’a révélée.

C’est à la télévision qu’elle a rebâti sa réputation. Secret Seven, Wolf et One Night Steal l’ont maintenue à l’écran. Bangkok Love Stories: Plead, le drame d’Ekachai Uekrongtham situé dans le quartier chinois et diffusé sur GMM 25, lui a valu une nomination au prix de la meilleure actrice aux Asian Television Awards 2019. En 2021, Netflix a mis en ligne The Whole Truth, le film d’horreur de Wisit Sasanatieng sur deux frères et sœurs et un trou dans le mur de la maison de leurs grands-parents, dans lequel Udomsilp joue Pim. En 2024, GMMTV a lancé Ploy’s Yearbook, puis Jet Lag, une sitcom située dans l’univers du personnel navigant commercial où elle interprète Tidgif et dont la première saison compte 48 épisodes.

Cette année est la plus chargée de sa carrière. Jet Lag est revenu pour une deuxième saison en avril. The Miracle of 9,999 Zebras, une série de 33 épisodes courts où elle partage l’affiche avec August Wachirawit, est arrivée en mai. En juillet, Monomax a commencé à diffuser My Sexy Shadow, une série de Master One Video qui la réunit pour la première fois avec Ken Phupoom. Le 28 août, Disney+ a lancé Still Water, une série policière en sept épisodes située dans une petite ville paisible en apparence. Elle y joue Pin, une jeune femme qui ne renonce pas à retrouver sa sœur disparue, aux côtés de Chippy Sirin Preediyanon.

Pin et Prim sont des choix de rôles singuliers pour une actrice au parcours comme le sien. L’une pose des questions dans une ville qui préférerait qu’on les laisse de côté. L’autre est une vedette frappée par un scandale qui regagne sa place grâce à une quantité absurde de travail patient et répétitif, un zèbre après l’autre. La suite de son programme : le deuxième volet de Zomvivor, la série de zombies de Domundi pour Netflix, qui la compte parmi ses acteurs principaux, mais dont la date de sortie n’a pas encore été annoncée. Pour une actrice dont le premier prix est arrivé avant que son adolescence ne devienne une affaire publique, le pari reste le même depuis dix ans : à force d’un travail solide et régulier, on finit par imposer l’histoire que les gens racontent à son sujet.

Étiquettes: , , , , ,

Ajoutez-nous sur Google

Discussion

Il y a 0 commentaire.