Musiciens

Rita Ora, la chanteuse qui a attaqué Roc Nation en justice et établi un record en treize singles

Penelope H. Fritz
Rita Ora
Rita Ora
Naissance26 novembre 1990
Pristina, Kosovo
ProfessionChanteuse, actrice et présentatrice de télévision
RécompensesMOBO Award – Meilleur Nouvel Artiste u00b7 Bambi Award – Musique Internationale u00b7 MTV EMA Power of Music Award u00b7 MTV Video Music Award – Vidu00e9o Danse u00b7 Global Awards – Meilleur Pop u00b7 Brits Billion Award

L’arithmétique du pop britannique recèle une anomalie que l’industrie n’a jamais tout à fait résolue. Rita Ora possède treize singles dans le top dix britannique — plus que toute autre artiste féminine solo dans l’histoire de ce classement — et son nom n’apparaît presque jamais dans les conversations sur ce que la musique britannique a produit au XXIe siècle. Non pas parce que les chiffres font défaut. Mais parce que la question de ce qu’il convient d’en faire est restée, de manière constante, plus commode à différer qu’à affronter.

Elle est née Rita Sahatçiu à Pristina, au Kosovo, dans une famille qui a quitté le pays alors qu’elle avait à peine un an, fuyant la persécution des Albanais qui allait finir par remodeler les Balkans. Sa mère est devenue psychiatre ; son père a ouvert un pub à Notting Hill, à Londres. Ce foyer entretenait un rapport singulier avec la culture et la transmission : son grand-père maternel avait été consul albanais en Russie ; son grand-père paternel était réalisateur de cinéma et metteur en scène de théâtre. Quand la famille a adapté son patronyme albanais, elle y a ajouté « Ora » — le mot albanais pour « temps » — afin de faciliter la prononciation. Elle a étudié à la Sylvia Young Theatre School de Londres et signé à dix-huit ans avec le label de Jay-Z, Roc Nation.

Ses débuts ont été autoritaires plutôt que prudents. Son premier single en solo, « R.I.P. », en collaboration avec Tinie Tempah, s’est hissé directement à la première place des charts britanniques ; « How We Do (Party) » l’a suivi aussitôt. Elle est devenue la seule artiste — homme ou femme — à placer quatre singles consécutifs dans le top dix britannique au cours d’une même année civile. L’album Ora est entré directement à la tête du classement des albums. Les statistiques qui auraient arrêté n’importe quel journaliste musical dans son élan, attachées à un autre nom, ont été reçues comme des données de contexte.

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Ce qui a suivi est plus facile à décrire par catégories que dans une narration continue. Cinéma : trois apparitions dans la saga Cinquante nuances de Grey dans le rôle de Mia Grey ; la Dr. Ann Laurent aux côtés de Ryan Reynolds dans Détective Pikachu ; la Reine de Cœur dans Descendants: The Rise of Red de Disney+. Télévision : jurée de The X Factor UK et coach de The Voice UK la même année, puis trois saisons comme coach de The Voice Australia et trois présentations des MTV Europe Music Awards. Collaborations mode avec Adidas, Calvin Klein et Primark. Ambassadrice de l’UNICEF au Royaume-Uni. L’ambition était totale ; la reconnaissance critique, sélective.

Son deuxième album, Phoenix, a paru en 2018 — six ans après le premier, pour des raisons étrangères à tout blocage créatif. En 2015, Ora a intenté une action en justice contre Roc Nation en invoquant la loi californienne des sept ans, arguant que le label l’avait empêchée de publier de la musique tout en maintenant son emprise contractuelle. L’affaire s’est réglée en 2016. Elle a signé avec Atlantic Records. L’épisode illustrait, de manière saisissante, les mécanismes du pouvoir dans l’industrie musicale — et c’était, chose notable, un procès qu’elle a remporté. Phoenix a produit « Let You Love Me », qui lui a valu ce treizième top dix et a brisé un record vieux de trente ans. Son troisième album, You & I, a débuté à la sixième place des charts britanniques en 2023. Un quatrième album est confirmé pour 2026, accompagné de sa première tournée complète depuis Phoenix.

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Le procès offrait à la presse musicale un cadre d’analyse précis pour parler d’Ora, qu’elle n’a pourtant jamais appliqué avec cohérence : voilà une artiste qui avait identifié les termes de sa propre exploitation, les avait nommés devant un tribunal californien et en était sortie victorieuse. Ce qui a bénéficié d’une couverture plus soutenue à cette période, c’est le manquement aux restrictions sanitaires liées au Covid en novembre 2020 — un dîner d’anniversaire dans un restaurant londinien au retour d’un tournage à l’étranger, sanctionné par une amende de dix mille livres sterling. La disproportion entre cette couverture et celle accordée à son treizième single de rang dans le top dix constitue, à ce stade, un fait en soi. La narration autour de Rita Ora n’a jamais trouvé de forme stable. Ce qu’elle a systématiquement évité, c’est la conclusion évidente : treize singles dans le top dix ne représentent pas un phénomène en attente d’explication, mais une carrière en plein fonctionnement, délibéré et cohérent, dont l’industrie a fixé les règles et que l’artiste a non seulement respectées, mais dépassées.

La portée de ce qu’elle construit en parallèle suggère que le record musical n’a jamais été qu’une partie du tableau. Un documentaire mettant en scène huit années d’images tournées par elle-même doit paraître aux côtés du quatrième album. Elle reprendra le rôle de la Reine de Cœur dans Descendants: Wicked Wonderland et prêtera sa voix à un personnage principal de ViQueens, un film d’animation dans un univers viking attendu fin 2026. Elle a épousé le réalisateur néo-zélandais Taika Waititi — qui a signé la mise en scène du clip de son single « All Natural » — en août 2022 et réside à Los Angeles. Elle possède la double nationalité britannique et kosovare et a été nommée ambassadrice honoraire du Kosovo. Elle est ambassadrice de l’UNICEF au Royaume-Uni.

Le quatrième album, une tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande, et un documentaire couvrant huit années : à 35 ans, Rita Ora s’engage dans un projet de documentation. Reste à savoir si la conversation culturelle finira par rattraper l’arithmétique — c’est, à ce stade, la seule question qui demeure.

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