Musique

Muse relancent leur saga cosmique avec un dixième album sans nostalgie

Alice Lange

Muse n’ont jamais eu peur d’en faire trop. Ce qui distingue The Wow! Signal, leur dixième album studio, c’est qu’ils n’en font pas assez pour satisfaire ceux qui s’attendaient à une aventure encore plus ample — mais juste assez pour ceux qui espéraient un retour aux fondamentaux. Dix titres, quarante-cinq minutes, et une ambition que la bande de Matt Bellamy n’avait pas affichée avec autant de clarté depuis Black Holes and Revelations.

Le titre de l’album est emprunté au signal SETI le plus fort jamais enregistré comme possible provenance extraterrestre — une brève impulsion radio captée par un radiotélescope de l’Ohio que les astronomes n’ont jamais pu expliquer. Cette indétermination est au cœur de la démarche musicale : Muse ne signent pas un album de nostalgie, mais une tentative de retrouver le registre ambitieux qui a fait leur réputation, sans se contenter de le reproduire à l’identique.

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La première piste qui convainc est Nightshift Superstar, le single d’ouverture. La ligne de basse de Chris Wolstenholme impose immédiatement le tempo : un groove physique, quelque part entre Justice et Daft Punk, mais identifiable comme du Muse dès la première mesure. Le fausset de Bellamy y prend place avec une aisance caractéristique. La comparaison avec Supermassive Black Hole est inévitable — et Nightshift Superstar la supporte sans peine, en se montrant plus brut et moins complaisant que son aîné.

Tout n’est pas à ce niveau. The Sickness In You & I et Unravelling offrent la texture habituelle du groupe sans la surprise qui rend les meilleurs titres de l’album si percutants. Le duo avec Ellie Goulding, Hush, hésite entre calcul commercial et expérience sincère, sans trancher. Les auditeurs qui espéraient une rupture radicale y verront les limites d’un groupe qui, même sur un bon album, reste fidèle à ses habitudes.

Mais c’est dans le triptyque central — Hexagons, Cryogen, Space Debris — que l’album révèle sa vraie nature. Ces titres accumulent atmosphère et complexité avec une conviction qui rappelle ce que Muse faisait au temps de leurs albums les plus ambitieux. Ce ne sont pas des redites : c’est le groupe qui honore ses propres exigences, au lieu de les contourner.

The Wow! Signal démontre qu’un groupe de rock de stade peut encore justifier ce statut par la qualité musicale, pas seulement par l’échelle de ses concerts. Pour un dixième album, c’est un argument solide — et pour la scène rock en général, un signal plus encourageant que le titre ne le laisse entendre.

The Wow! Signal est sorti fin juin via Warner Records et le label de la formation, Helium-3. Aucune date de tournée n’a été annoncée pour l’instant.

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